Summer of 84

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L’été se termine, et le soleil et les jours chantants s’éclipsent à pas feutrés pour laisser leur place à la grisaille et la bruine. Déjà nostalgiques, nous sommes partis faire un tour dans Summer of 84 (2018), nouvelle offrande du collectif RKSS (Turbo Kid et bien des courts avant ça) et une nouvelle preuve que la mode est aux années 80.

 

Car n’en déplaise à toute un escadron de cinéphiles, pour qui les saintes eighties étaient le premier clou dans le cercueil du septième art, ainsi qu’un voyage sans retour vers les blockbusters désincarnés, la décennie a plus que la cote depuis quelques années déjà. Normal : les cinéastes d’aujourd’hui sont aussi les marmots de l’époque, et un petit fix de nostalgie n’a jamais fait de mal à personne. Profitant sans doute de l’engouement pour la série Stranger Things et plus généralement des fictions avec pour héros des enfants à vélo (le hit Ça le prouve encore), l’équipe de RKSS (François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell ) s’en va donc filmer les grandes vacances de Davey, ado de 15 ans à l’imagination galopante, pour les besoins de Summer of 84. Complotiste au point de croire à la venue de petits hommes verts sur nos terres, le môme devient vite obsédé par les disparations entourant son petit quartier, de plus en plus de teenagers mâles s’étant évaporés dans la nature. Pour Davey, il ne fait aucun doute qu’un tueur en série est à l’oeuvre. Mieux, il sait qui c’est : son voisin policier, Mr. Mackey, coupable d’acheter des sacs de terre, d’avoir une porte fermée au cadenas dans son sous-sol et surtout d’avoir été aperçu par Davey avec un jeune rouquemoute justement porté disparu. Tout s’imbrique trop bien et nul doute que le bonhomme use de son statut de flic populaire pour dissimuler les preuves et empiler les cadavres dans son placard… Comme ils n’ont rien de mieux à faire et que ça ne fait pas de mal à leur coin paumé qu’il se passe enfin quelque-chose, les potes de Davey acceptent de le suivre dans son aventure, faite de surveillances et d’espionnages de plus en plus risqués…

 

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A moins d’être des poussins à peine sortis de leur coquille et d’avoir une culture cinoche s’arrêtant à Harry Potter, deux titres doivent vous venir en tête à l’évocation du pitch de Summer of 84 : Les Banlieusards et Vampire, vous avez dit vampire ?, deux fleurons des années 80 (tiens donc!). Dans le premier, shooté par Joe Dante, Tom Hanks était persuadé que  ses drôles de voisins étaient en fait de sinistres meurtriers, tandis que le second de Tom Holland voyait un horror addict se frotter à son voisin vampire. Et même si vous êtes plutôt de la génération Twilight et que pour vous les bobines des 80’s c’est à peu près aussi vieillot que les films muets, grandes sont les chances que vous vous soyez un beau jour retrouvés devant le fort aimable Paranoiak, dans lequel Shia LaBoeuf doute de la sympathie du David Morse logé à côté de chez lui, effectivement un surineur de prostituées à ses heures perdues. Que du rejeton de Fenêtre sur Cour, tout ça, le vieux Alfred ayant encore une fois définit les grandes lignes de tous les thrillers et bandes à suspens à venir. Et il avait bien compris que l’angoisse pouvait naître de la seule idée que le brave bonhomme tondant sa pelouse chaque dimanche et vous faisant un grand signe de la main puisse planquer sous le tapis d’inavouables secrets… Et même s’en prendre à vous. Summer of 84 part donc avec le désavantage de faire sien un principe déjà usé, en plus de celui de coller par-dessus son pitch peu neuf l’habituelle clique de boutonneux à mi-chemin entre ceux des Goonies et ceux du Breakfast Club. Davey est donc le maigrichon trop geek pour être populaire, Woody le brave gars en surpoids dont la mère est canon, Farraday le bigleux intello qui en sait long sur tout et Eats le rebelle vantard de service, toujours fringué de sa veste en cuir. Point de départ à la date de péremption dépassée depuis 1989 + bande de marmots comme on en voit à chaque coin d’écran depuis quelques années = oeuvrette banale jouant sur la corde sensible des trentenaires et quarantenaires sans rien proposer de plus derrière, à la Manuel de survie à l’apocalypse zombie ? Heureusement, les RKSS sont plus fins que ça et ont d’autres plans en tête.

 

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Ainsi, si tout semble fait pour ne pas trop s’éloigner des grands classiques du genre, et surtout pas de la cour de récré Amblin, en enchaînant notamment les clichés en vigueur (les gosses se vannent sur leurs daronnes, Davey en pince pour la belle blonde d’en face, ont pour quartier général une cabane, ont des problèmes avec leurs parents…), c’est moins pour reprendre à peu de frais une formule efficace que pour prendre à revers le spectateur. Summer of 84, c’est un bon vieux fauteuil dans lequel on est enfoncé avec plaisir, dans lequel on se sent comme la tête posée contre un sein soyeux, et qui en dernière bobine prend un malin plaisir à vous piquer de ses ressorts pointus. Après nous avoir biens endormis en nous laissant croire à un bad neighbor movie comme il en existe tant d’autres (encore un nom au pif ? Allez, Lakeview Terrace avec Samuel L. Jackson!) et que l’on voit venir de loin, les RKSS nous assènent un bon gros coup de massue sur la tronche et nous rappellent qu’avant de vouloir séduire le grand public, ils veulent surtout acquérir le respect des leurs. Soit des gus comme vous et moi nés avec la VHS de La Nuit des Masques dans une main et un skeud de Cindy Lauper dans l’autre. La BO sera donc toujours signée par Le Matos, déjà à l’oeuvre sur Turbo Kid – et bien que réussie, elle fera sans doute soupirer les spectateurs qui en ont un peu marre, pas tout à fait à tort, de la synthpop dans les Séries B actuelles – et quelques scènes tenteront d’invoquer l’âme de John Carpenter, encore et toujours lui. Voir cette séquence tendue où un jeune gus entend des bruits de pas derrière lui, dans une ruelle noire. Ou la fin, qui inverse les jeux dangereux des héros, habitués à faire les Zaroff en culottes courtes lors de chasses à l’homme guère virulentes… si ce n’est pour un climax bien tenu, la réalisation étant ici inspirée dans la majorité des scènes (les escaliers du grenier… brrrrr). On n’en dira pas plus, nous contentant de féliciter Summer of 84 pour sa tendance à nous faire croire qu’on voit déjà la ligne d’arrivée à l’horizon, pour finalement nous faire emprunter des chemins de traverse qui ont le bon goût de ne pas dégainer la carte du twist facile. Un film sacrément puissant donc, qui nous laisse avec le goût amer de la lente fin de l’été et de l’adolescence, tous deux tués par un mois de septembre annonçant déjà les désillusions du monde adulte. On en chialerait presque, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell
  • Scénarisation :  Matt Leslie, Stephen J. Smith
  • Production : Matt Leslie, Michael Flavin, Jameson Parker,…
  • Pays : Canada, USA
  • Acteurs : Graham Verchere, Caleb Emery, Judah Lewis, Rich Sommer
  • Année : 2018

4 comments to Summer of 84

  • Roggy  says:

    J’avais déjà lu un avis positif sur le film chez Adrien. Tu confirmes que le film mérite une petite vision 🙂

  • Nazku Nazku  says:

    J’avais déjà envie de voir ce film (amour éternel pour les 80s) et avec ta critique j’ai encore plus envie de le voir. ^^

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