The Halfway House

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Une Halfway House, c’est une maison de réhabilitation où sont accueillis handicapés physiques, mentaux, dépressifs de toutes sortes et jeunes gens tombés dans la criminalité, dans le but de les réhabituer à une vie sociale et active « classique ». Selon le pro de la Série B qu’est Kennet J. Hall, c’est aussi le repaire d’une divinité cyclopéenne dévorant des gamines à poil, le tout sous l’oeil d’une nonne diabolique campée par l’éternelle Mary Woronov.

 

Vous connaissez le dicton : on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Kenneth J. Hall, l’homme aux sourcils diaboliques, le sait mieux que quiconque, lui qui fut désespéré de voir ses nombreux scénarios (on lui doit les scripts du premier Puppet Master, de Nightmare Sisters, The Tomb ou encore du slasher Le Clown de l’Horreur) ne pas toujours être respectés par les réalisateurs. Pire, comme il le confiait à Damien Granger dans le Mad Movies 172 (à vos archives, les louveteaux!), Hall s’est vu en partie dépossédé de la paternité de Puppet Master par un David Schmoeller selon lui particulièrement attiré par le fric. Et même sur ses propres réalisations comme Evil Spawn et Ghost Writer (pas celui avec Pierce Brosnan hein, ça c’est de Roman Pedoski), le bonhomme n’avait pas toujours le dernier mot, Kenneth se plaignant d’un manque de contrôle castrateur sur ses premiers essais. On comprend donc sa décision, une fois le nouveau millénaire entamé, de créer sa propre structure, la Fright Film Factory, promesse d’une liberté absolue. Comme celle de revenir au bon vieux temps, par exemple, celui des seventies où Roger Corman envahissait les écrans avec ses Women in Prison, de l’exploitation gentiment crapuleuse et visant sous la ceinture. Ca tombe bien, il a un scénario tout prêt posé sur les genoux, nommé God-Eating Monster From Hell, qui ferait un parfait hommage au grindhouse d’antan, avec grosse gloumoute pressée de grignoter de la belette dénudée et tout et tout. Un changement de titre plus tard, The Halfway House sonnant moins « film fait par un horror geek pour des horror geeks », le résultat sort enfin en 2004. Du moins aux states, car chez nous c’est comme d’hab’ pour les productions indépendantes shootées en Californie : on n’en verra jamais la couleur. Et c’est bien dommage.

 

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Alors qu’elle s’adonne aux joies du footing dans des rues malfamées en écoutant de la techno daubée, une blondinette se fait enlever par un mystérieux moine, qui s’en va l’attacher dans une sorte de donjon crasseux. Et ce pour qu’elle serve de dessert à une sale bestiole tentaculaire et cyclopéenne, que nourrit la bonne sœur Cecelia (Woronov), à la tête d’un centre d’aide pour jeunes délinquantes transformé en garde-manger pour pieuvre démoniaque. Peut-être pas pour longtemps cela dit, car la courageuse Larissa (Janet Tracy Keijser, qui débuta sa carrière dans la série Freddy’s Nightmares) est sur la trace de sa disparue soeurette, la dernière sacrifiée par le culte, et compte bien s’infiltrer sur les lieux pour enquêter. Mais en se faisant passer pour une vile loubarde à deux doigts de tomber dans la prostitution et de sniffer de la coke sur des bennes à ordures, ne vient-elle pas de tomber dans la gueule du loup ? Kenneth J. Hall aurait voulu montrer qu’il avait bossé avec David DeCoteau et Fred Olen Ray par le passé qu’il ne s’y serait sans doute pas pris autrement, tant tout Halfway House fait penser aux B-Movies de ses anciens comparses/patrons, voire même à ceux de Brett Piper et Jeff Leroy. Faut dire qu’en jouant la carte du monstre en caoutchouc planqué sous des lieux saints pour peloter des vierges de ses tentacules baladeurs, Hall pouvait mal d’être comparé à Akira Kurosawa. Et puis ces lieux dangereux, où Soeur Cecelia se montre sévère et meurtrière tandis que les filles se tirent les nattes comme dans un bon vieux WIP des familles, évoquent autant les The Big Bird Cage d’antan pour les thématiques et ressorts scénaristiques, qu’un bon Werewolf in a Women Prison pour la plastique générale. Comprendre que le coffre-fort de la production est vide, que la patine visuelle fait très DV (et pour cause…), que la photographie n’est pas toujours très au point, que les acteurs et actrices jouent comme des cakes aux pommes et que les décors, c’est plus du Ed Wood (ouch ces parois rocheuses en carton…) que de la Universal des grands jours. Mais putain, qu’est-ce qu’on s’amuse !

 

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Tout d’abord parce qu’en vrai ami des créatures de cauchemar créées à la main, le bon Kenneth se refuse à tout CGI. Logique puisqu’il fut jadis un façonneur d’effets passé sur Ghoulies, Biohazard, Carnosaur ou Critters, et s’occupa même du design de quelques autres streums sur Jack Frost ou Kraa ! The Sea Monster. Et pas étonnant que ce soit lui qui se charge du cousin éloigné de Yog-Sothoth ici trouvable, sorte de croisement improbable entre un démon du jeu Doom et les fantômes de la série animée Ghostbusters. Du boulot fait avec peu de moyens, certes, mais pour un résultat convaincant et franchement charmant. Conscient qu’il tourne un vrai monster movie, Hall essaie d’ailleurs de le montrer fréquemment, ce qui lui permet d’ailleurs à chaque fois de coller dans les pattes de ce truc-muche d’inspiration Lovecraftienne (la méchante religieuse l’a invoqué en usant du Necronomicon) des nénettes à moitié à oilpé. Que serait d’ailleurs l’exploitation californienne si des bonnasses ne se faisaient pas arracher la tronche par un tueur cintré ou un vil alien ? Dans Halfway House, il y a largement de quoi faire en la matière, d’autant que, bon point, Kenneth n’invite jamais de bimbos siliconées comme peuvent le faire Jim Wynorski et Fred Ray, préférant au contraire les courbes naturelles et les jolis œufs au plat de fifilles pas très bonnes actrices mais toujours sexy. Du cul, il y en aura en suffisance et sans que ça ralentisse l’intrigue d’ailleurs, puisqu’en scénariste intelligent qu’il est, l’auteur mélange les ébats aux débats. Ainsi, c’est en chevauchant un flic pas contraire que Larissa en apprendra plus sur la disparition de sa pauvre frangine. Et c’est au sortir d’un fist-fucking anal que deux gonzesses établiront un plan d’évasion pour quitter les griffes de Soeur Cecelia. Comment joindre l’utile à l’agréable…

 

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Fun, The Halfway House l’est indéniablement, le second degré se cachant à chaque coin de couloir, et les gags, souvent drôles, pleuvent. Deux ennemies se mettent sur la gueule dans leur chambre alors que passe une Mary Woronov spectrale ? Elles font une pause… avant de reprendre une fois la religieuse éloignée… et de refaire une pause quand elle repasse ! Le curé du coin, persuadé d’aider des âmes en peine ? Un gros pervers planquant des mags porno dans ses placards, histoire d’offrir de la lecture à la poupée gonflable qui y séjourne. Et lorsqu’il découvre que la Cecelia en laquelle il croyait tant vénère un démon depuis qu’elle a été violée par une douzaine de crapules (faut dire, ya mieux pour commencer la semaine), il est plus choqué de la voir délaisser ses habits de nonnes pour une tunique de prêtresse satanique que par la présence d’un mini-Dagon dans sa cave. On se marre bien en somme, et quand ça ne nique pas à couilles rabattues ou que ça ne rigole pas en douce, ça décapite du punk, ça éventre du flic au taille-haie et ça coupe des mains à la cisaille. A ce niveau, big up au technicien de surface incarné par Steve Hall (concepteur d’effets aussi, tels ceux de Troll, Eliminators, Zone Troopers ou Metal Storm), lui qui entre deux reniflages de strings s’en va dézinguer tous les curieux dans la joie et l’allégresse. Il y a tout – et plus précisément tout ce qu’on aime – dans The Halfway House, à l’esprit pas très éloigné des films de Don Glut tournés à la même époque (d’ailleurs, Del Howison est remercié en fin de générique : un signe qui ne trompe pas), et de ces bandes qui vous collent un sourire sur la gueule 80 minutes durant. Dans le genre, c’est de la pure masterpiece, et il est bien dommage que l’aventure Fright Film n’ait pas été plus loin, alors qu’étaient prévus Preggers (affaire d’un bébé mutant), Spider People (tout est dans le titre!) et If these Walls could Scream (film de maison hanté pensé comme un hommage à Fulci). Allez Kenneth, reviens aux affaires sérieuses, on a besoin de toi, nous…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kenneth J. Hall
  • Scénarisation : Kenneth J. Hall
  • Production : Ed Polgardy, Kenneth J. Hall
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mary Woronov, Janet Tracy Keijser, Shawn Savage, Athena Demos, Monica Shere
  • Année : 2004

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