Le Monstre Ressuscité

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Ah, le Mexique… Ses pyramides, ses tacos et enchiladas, ses mariachi, ses souris supersoniques… Et ses savants fous à la tronche de traviole vouant une haine féroce à la gent féminine, qui ne fait rien que les repousser pour aller se blottir dans les bras de jeunes bellâtres ! Ouais, le Mexique, ça peut être sacrément bis, aussi.

 

 

 

Les congés, c’est pas pour tout le monde, et certainement pas pour Chano Urueta (1904 – 1979), réalisateur d’un peu moins de 120 films, scénariste d’à peu près la moitié du lot et comédien dans une vingtaine de pelloches. Un homme très occupé entre les années 30 et 70, et qui tourna bien évidemment une bonne poignée d’oeuvres branchées fantastique, sinon on en parlerait pas ici (bah oui!). A son palmarès : quelques Blue Demon (Blue Demon vs. the Satanic Power, Blue Demon: El Demonio Azul,…), La Marque de Satan, La Tête Vivante et le doucement culte Le Baron de la Terreur, entre autres méfaits taillés pour les cinémas de quartier à la moquette tâchée de mayonnaise. Un joli CV dans le genre horrifique, débuté avec le présent Le Monstre Ressuscité, sorti initialement en 1953, ce qui en fait l’un des premiers horror movies né sous le soleil de Mexico, et édité en DVD par Bach Films en 2016. Un premier pas dans le sordide que Chano ne fait pas sans influence, son El monstruo resucitado n’hésitant pas à lorgner sur les copies des voisins Américains. C’est qu’il y a de la Universal dans la triste histoire du Dr. Hermann Ling (José María Linares-Rivas), sorte de fantôme de l’opéra vivant masqué dans son manoir reculé, déprimé à l’idée que son visage difforme l’empêche de se trouver une amoureuse à bécoter. Comme dans les années 50 ils n’avaient ni Meetic ni tous ces sites pour dénicher de l’épouse infidèle prête à se faire prendre dans des hôtels crasseux, notre chirurgien de génie, qui vit entouré de statues de cire de sa création, décide de passer une petite annonce dans les journaux. Annonce à laquelle répond Nora (Miroslava), journaliste désespérée de ne pas trouver de sujet passionnant sur lequel faire un article. Son scoop, elle l’aura bien évidemment en rencontrant l’étrange Hermann…

 

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Si elle s’inquiète au départ de la drôle de vie de ce type refusant de montrer ses traits et dont la baraque est située dans un cimetière, elle finit par être touchée par les malheurs du pauvre Ling, au point qu’elle accepte de l’embrasser sur le front s’il lui montre de quoi il a l’air. Ce qu’il fait dans un élan de positivisme, dévoilant à une Nora nauséeuse sa sale gueule, si boursouflée qu’il semble avoir dormi la tronche enfoncée dans une ruche les six derniers mois. A deux doigts de lui dégobiller dessus, la reporter finit tout de même par lui offrir un doux baiser sur son énoooorme caboche, laissant penser à Hermann qu’il vient enfin de trouver sa moitié. Bien sûr, il déchante vite en l’entendant expliquer à son patron qu’elle vient enfin de trouver un sujet en or qui fera vibrer, et frissonner, tout son lectorat. La colère monte et gronde chez notre freak en blouse blanche, désormais obnubilé par la vengeance, qu’il espère cruelle. Il sait d’ailleurs comment s’y prendre : après avoir été déterrer le cadavre d’un beau gosse, auquel il offre le cerveau d’un homme poilu et mongolien qu’il gardait planqué dans sa cave (ça peut toujours servir…), il hypnotise sa création pour qu’elle réponde à tous ses ordres à la seconde près. Le but ? Que son esclave parte séduire Nora et lui fasse comprendre ce que cela fait de subir une déception amoureuse, mortelle dans ce cas-ci…

 

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En plus de références au légendaires Fantôme de l’Opéra ou Masques de Cire, Urueta part donc faire son marché chez Frankenstein en inversant tout de même les rôles, histoire d’apporter une patte plus personnelle. Cette fois, le monstre sera beau et pas plus méchant que ça, et c’est le docteur qui sera moche comme une vieille hémorroïde et déploiera une haine sans fin pour le monde extérieur. Personnage intéressant et marquant d’ailleurs que celui d’Hermann Ling, touchant dans sa détresse sincère et son besoin d’être aimé, mais inquiétant dans sa folie misanthrope et sa misogynie développée au fil du temps et des déceptions. Une figure cauchemardesque à l’ancienne, pathétique et dont les motivations les plus sinistres sont toujours liées à des peines de coeur, comme il était de coutume dans les années 20 et 30. More human than human, comme le disait Rob Zombie du temps où il avait encore un peu de talent planqué sous la barbe. Et plus gothique ricain que le gothique ricain lui-même, aussi, Le Monstre Ressuscité étant la preuve que Urueta a bien ingurgité vingt ans de films d’épouvante universaliens. Course-poursuite dans un cimetière et sur des docks, découverte de la collection des statues de cire, monstre musicien jouant du piano (sur lequel il a déposé un crâne pour faire joli), laboratoire plein de loupiottes et aux machines crachant des étincelles au moindre coup de levier, ruelles sombres dans lesquelles se baladent de noires silhouettes, être étrangement velu, combat final entre la créature désobéissante et son créateur puni pour ses ambitions divines… Tout est là, rien ne manque, comme si le réalisateur avait voulu compiler le cinéma US des 20 années précédentes en 80 minutes.

 

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Du cliché et rien que du cliché ? Peut-être, mais il y a quelque-chose de confortable dans la bisserie d’Urueta, un côté douillet dans ce gros best-of par ailleurs franchement bien shooté et dans lequel on ressent toute l’expérience du bonhomme, qui avait déjà une sacrée carrière derrière lui en 1953. Tant mieux d’ailleurs que Le Monstre Ressuscité affiche une belle forme, histoire de faire passer la pilule d’un scénario un peu trop bavard et très théâtral, la première bobine se résumant à une longue discussion entre Ling et Nora. Les plus jeunes biberonnés au fantastique rythmé comme un concert de dubstep abandonneront sans doute après quinze minutes ; les mordus du cinoche goth à papy trouveront leur compte à coup sûr. Question DVD, c’est du Bach Films d’avant leur prise d’assaut du marché du Blu-Ray, donc la copie est correcte pour un film de cet âge mais reste sans plus, et le bonus voyant Alain Schlockoff partager ses souvenirs du film n’apporte pas grand-chose. Mais puisque le film se suffit à lui-même, nous saurons nous contenter de cette édition qui a le bon goût d’arborer l’affiche originale en guise de jaquette.

Rigs Mordo

Encore merci à Mister Dave !

 

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  • Réalisation : Chano Urueta
  • Scénarisation : Chano Urueta, Dino Maiuri
  • Production : Sergio Kogan, Abel Salazar
  • Titre original : El monstruo resucitado
  • Pays : Mexique
  • Acteurs : Miroslava, José María Linares-Rivas , Carlos Navarro
  • Année : 1953

2 comments to Le Monstre Ressuscité

  • Roggy  says:

    Malgré visiblement un rythme lent, le film semble sympathique, à l’image de ton selfie sur la deuxième photo 🙂

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