Femmes en Cages

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Grâce à Roger Corman et sa folie productrice, les prisons pour femmes poussaient dans les seventies comme des champignons, les grilles jamais vraiment fermées pour accueillir de nouvelles beautés bientôt fanées. Des déesses tombées de leur Olympe pour finir leurs jours dans un trou crasseux, dirigé par une Pam Grier on ne peut plus sadique…

 

Chez Corman, il est bien rare qu’un essai cinématographie ne soit pas suivi de petits frères dans la foulée. Ainsi, puisque le très chouette The Big Doll House (1971) avait tout du succès assuré, le nabab n’a pas attendu pour donner le feu vert à une nouvelle visite dans les milieux carcéraux philippins. Women in Cages, alias Femmes en Cages chez nous, sort donc la même année et reprend le même principe : de jolies demoiselles vont se retrouver dans des cachots dégueulasses, mangeant avec rats et cafards, entre deux séances de travail forcé ou de cruelles punitions. Pas de Jack Hill assis sur le siège du réalisateur cette fois, le gaillard étant déjà occupé à construire un nouveau pénitencier pour le bien de The Big Bird Cage (1972), mais Gerardo de Leon. Réalisateur local (il est né à Manille le 12 septembre 1913), le Gerry dispose d’un profil à même d’intéresser le vieux Roger : en plus de vivre sur place et d’être dès lors capable de se faire comprendre des locaux, la barrière des langues étant en toute logique abattue, il a déjà réalisé plus de 75 films à cette époque. Avec une carrière débutée à la fin des années 30, de Leon eut tout le temps de maîtriser son art et d’apprendre à tourner plus vite que son ombre, offrant au public jusqu’à sept films par an quand il a la forme. Une recrue de choix pour un Corman attendant toujours de ses soldats qu’ils gagnent la guerre en une semaine et avec un chargeur à moitié vide… Co-auteur, avec Eddie Romero, des cultes Brides of Blood et Mad Doctor of Blood Island, Gerry rentre donc dans la maison d’arrêt avec Pam Grier au bras, la panthère noire du cinoche d’exploitation étant bien évidemment priée de faire acte de présence. Mais histoire de donner un bon coup de machette dans la monotonie, il est décidé de ne pas lui redonner un rôle de prisonnière et de lui faire porter le costume d’une matonne à la cruauté sans limite…

 

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Elle sera donc Alabama, cheftaine d’un bagne situé en pleine jungle, où s’amassent les choupettes coupables de meurtres, vols ou trafic de drogues. Comme de coutume, Women in Cages concentre ses efforts sur quatre d’entre elles, aux caractères variés : la naïve Jeff (Jennifer Gan, Naked Angels), foutues derrière les barreaux parce qu’elle fut trahie par son trafiquant de petit-ami ; la dure à cuire et toute en sarcasmes Sandy (Judith Brown, déjà dans The Big Doll House) ; Stoke, la blonde camée jusqu’aux os et jamais contraire lorsqu’il s’agit de trahir son monde (Roberta Collins, Big Doll House également et Death Race 2000) ; et enfin Theresa (Sofia Moran, incarnation philippine de Catwoman dans le tout sauf officiel Batwoman and Robin de 72 ! ), jalouse cocotte tombée amoureuse de la rude Alabama. Ca peut se comprendre : si elle traîne toutes les détenues mal élevées dans un donjon contenant son lot d’instruments de torture (y compris un échafaud, des fois qu’il faudrait raccourcir quelqu’un d’une bonne tête), elle récompense également les plus jolies filles sous sa coupe en les amenant dans son lit et en leur offrant quelques privilèges… Tout du moins lorsqu’elle ne s’est pas encore lassée de ce qu’elle appelle « ses amies », ces copinage éphémères ne durant que le temps de le dire, jusqu’à ce qu’Alabama ne trouve pas de muse plus fraîche dont elle désire parcourir les courbes. Alors que les matonnes ordinaires veulent maintenir le calme dans ces murs gris et cradingues, Pam Grier favorise le chaos, s’amusant à jouer de la jalousie de Theresa pour la monter contre ses codétenues.

 

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Et histoire de compliquer encore un peu les choses, Rudy (Charlie Davao, à l’affiche des bien chtarbés Zuma et The Killing of Satan, dans lequel il incarne le cornu en personne), le salopiaud ayant envoyé la pauvre Jeff en cabane à sa place, décide que celle-ci doit mourir, de peur qu’elle jacte un peu trop sur son commerce de poudreuse. Ca ne risque d’ailleurs pas, son amante étant si stupide et si pétrie d’amour qu’elle ne se rend pas compte qu’elle s’est faite avoir en beauté par son prince pas très charmant… Reste que pour assurer ses arrières, il demande à une Stoke capable de tuer père et mère pour une petite piquouse de liquider Jeff. Autant dire qu’entre une brunette offrant des coups de couteau à qui regarde avec envie Alabama, cette dernière et ses horribles sévices, et une blondinette tentant de vous assassiner dans votre sommeil en vous balançant serpents et sandwich empoisonnés à la gueule, Jeff a tôt fait de songer à une évasion. Plus facile à dire qu’à faire, car entre la garde armée de la zonzon et les violents traqueurs généralement envoyés pour récupérer les malpolies ayant pris la poudre d’escampette, la mort semble assurée pour la fine équipe.

 

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Pas de doute, Tonton Corman avait refilé à de Leon et ses scénaristes un cahier des charges à respecter, voire même une copie des tables de la loi du genre à reproduire. Au menu : directrice tortionnaire, établissement triste et lavé une fois tous les dix ans, animosité entre les prisonnières, maltraitances de tous types et, surtout, les obligatoires scènes sous la douche. C’est qu’il serait dommage de ne jamais profiter des charmes d’un casting à 95 % féminin… En quoi Women in Cages se différencie-t-il du tout-venant du Women in Prison, dès lors ? Et pourquoi un spectateur déjà passé par les cachots de The Big Doll House devrait vérifier si ces geôles sont plus agréables ? Tout simplement parce qu’en comparaison de ce fameux Big Doll House, certes loin de la ballade à Disneyland mais tout de même en possession d’un peu de bonne humeur via la bonhomie de ce bon vieux Sid Haig, Femmes en Cages ne cesse de creuser vers une noirceur totale. Certes, il y a ici tous les ingrédients du bon petit film d’exploitation d’époque ; mais non ce n’est pas pour se perdre dans un tourbillon de fun et d’action. Si quelques pruneaux seront bien tirés et que ces dames s’arracheront les cheveux ici et là, le propos sera plus malsain que la moyenne, pour ne pas dire désespéré. Ainsi, lorsque la vie à la dure dispensée par la prison sera terminée pour nos héroïnes, elles risqueront d’être capturées et de devenir des prostituées sur un paquebot changé en bordel des mers. Eh oui, lorsqu’on sort d’un enfer, on rentre dans un autre dans l’univers de Women in Cages, qui se termine d’ailleurs sur le regard vide de tout espoir de l’une des filles, besognée par un vieux client poisseux. Pas très drôle, voire même un petit choc. Gerry de Leon se refuse donc à tout angélisme, et si les choses se finiront bien pour certaines protagonistes, d’autres subiront des sorts peu enviables, à l’image d’Alabama (attention, ça va spoiler) qui ne sera pas reconnue par ses fameux traqueurs (à moins que…) et finira violée et noyée par ses anciens hommes de main. (fin des spoilers)

 

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Soyez-en certains : si Femmes en Cages n’avait pas été une Série B sortie des entrepôts Corman et fut torché par un réalisateur coté, il serait probablement devenu un vrai classique du cinoche carcéral. Certes, quelques bévues techniques posent problème, comme une prise de son parfois catastrophique (le doublage des Philippins en particulier) et un montage par instant si abrupt qu’on a la sensation d’être installé dans la Delorean de MacFly pour faire des sauts dans le temps. Mais ces petits détails mis de côté, on ne peut que s’agenouiller devant ce vrai film grindhouse, à la fois drame saisissant et B-Movie de grande qualité : on ne s’y fait pas chier, tout ce que l’on est en droit d’y trouver est dans le panier et il y a même cette petite dose de folie bienvenue via la salle de tortures d’Alabama. Le meilleur des deux mondes dans un seul et même mitard, quoi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Gerardo de Leon
  • Scénarisation : David Osterhout, James H. Watkins
  • Production : Roger Corman, Ben Balatbat, Cirio H. Santiago
  • Titre original : Women in Cages
  • Pays : USA, Philippines
  • Acteurs : Pam Grier, Roberta Collins, Jennifer Gan, Judith Brown
  • Année : 1971

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