The Strangers 2 : Prey at Night

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Pratiquement dix ans après leurs premiers pas de meurtriers, les trois mabouls déguisés de The Strangers reviennent agiter leurs couteaux sous le nez de nouvelles victimes. Et le tout avec la complicité du méconnu Johannes Roberts, pourtant dans le milieu horrifique depuis un paquet d’années…

 

 

Franchement, The Strangers 2, on n’y croyait pas trop. Prévue très vite après la sortie du très bon home-invasion de Bryan Bertino, dans lequel Liv Tyler tentait d’échapper à un trio d’intrus masqués aux mauvaises intentions, cette séquelle ne cessa d’être repoussée, jusqu’à en devenir une petite arlésienne. Et puis, même si The Strangers volume 1 était une réussite et reçu un bel accueil un peu partout, il ne fut pas un carton retentissant non plus, et on n’a jamais vu fleurir des dizaines et des dizaines de fan-clubs sur le globe. Bref, une suite, personne n’était contre, mais personne ne la réclamait vraiment non plus, le statut de one-shot allant en prime plutôt bien au film de Bertino. Et puis voilà que déboule un beau jour et sans crier gare un trailer de Prey at Night, nouveau chapitre de la saga Strangers, neuf ans (soit une éternité pour un grand public réputé pour avoir la mémoire courte) après l’original. Pas de doute, c’est les fans de la première heure qu’on vise ici, même si on devine que les exécutifs avaient en tête le succès récent du premier American Nightmare et qu’ils n’étaient de toute évidence pas contraires à l’idée de marcher sur ses pas fortunés. A la manœuvre, un certain Johannes Roberts, pas encore un nom qui claque dans les esprits des amoureux du genre, mais un artisan pas né d’hier : Hellbreeder (une mère traque le tueur de son fils) et Darkhunters (histoire d’un chasseur d’âmes ou un truc comme ça) en 2004, Forest of the Damned (des monstres femelles et bisexuelles – c’est ainsi qu’on présente les gloumoutes – attaquent des gus en voyage) en 2005, F (des profs attaqués par leurs élèves après les cours) en 2010, le téléfilm Roadkill (un gros vautour tueur zigouille son monde, The Giant Claw style) en 2011, The Other Side of the Door (une daronne joue avec les esprits pour recauser avec son chiard décédé) en 2016 et, enfin, 47 Meters Down en 2017, son plus gros succès, dans lequel deux plongeuses sont prises au piège dans une cage sous la mer, alors que déboulent des requins. C’est d’ailleurs suite aux bons résultats de ce shark movie (à qui on offrira bientôt une séquelle) que Roberts se vit proposer le projet Prey at Night, à la base pas trop le genre de came qu’il sniffe avec la bave aux lèvres : les slashers et autres home-invasion, le réalisateur avoue que c’est pas vraiment son trip. D’ailleurs, c’est la perspective de transformer un peu le script, signé par un Bertino sur le retour et Ben Ketai (réalisateur de  30 Days of Night: Dark Days et de la mini-série qui suivit), qui motive Roberts à sortir les lames des tiroirs, voyant en Strangers 2 l’opportunité de rendre hommage à John Carpenter. Et, surprise, ce n’est pas forcément Halloween que le bonhomme a dans le collimateur.

 

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Bien sûr, de par son statut de pelloche mettant en scène des zigotos cachant leur visage et dézinguant tout le casting à l’arme blanche, Prey at Night rejoint forcément les rangs des descendants de La Nuit des Masques. Et l’amour que Roberts porte à Big John induit que la gestion qu’il a de son suspense rappelle forcément celle du papa de L’Antre de la Folie, dont il tente comme de juste de subtiliser le style. Mais bien qu’envoyant une petite tribu dans un camping perdu dans les bois pour qu’ils s’y fassent massacrer par le trio sanglant du premier film, sujet très Michael Myersien dans l’âme, le réalisateur nous prend à revers et part plutôt piocher dans Fog (le brouillard est de presque tous les plans et les meurtriers aiment s’y planquer) et Christine (le tueur masculin avec un sac sur la tête course ses victimes en voiture). Toujours rassurant de savoir qu’un jeune loup (si l’on peut appeler Johannes ainsi) connaît ses classiques et tente de donner un style old-school, et donc confortable par nature, à ses méfaits. Mais il serait peut-être salvateur pour le cinoche horrifique des années 2010 d’aller se chercher des références autre que John Carpenter, tellement cité depuis quelques années qu’une uniformisation dommageable finit par se faire, à l’image de celle des années 2000 où tous les faiseurs en herbe tentaient de devenir les nouveaux Tobe Hooper. D’ailleurs, tant qu’il y est, Roberts y va de son petit hommage à Massacre à la Tronçonneuse en fin de bobine, et chipe même une scène au premier Scream. Carpenter, Hooper, Craven… Tout le monde est là quoi, et ne manque finalement que Romero pour avoir toute la famille complète des divinités du fantastique, vénérées par tous et toutes. Bien compréhensible, mais changer d’idole ne ferait pas de mal parfois, non ?

 

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Un côté un peu trop fanboy ressort donc de ce Strangers 2 brossant forcément le mordu des années 80 dans le sens du poil (hits eighties dans les radios, bande-son au synthé, par ailleurs excellente, dans les esgourdes), et aveuglant Roberts sur la bêtise de l’ensemble. Peut-être un peu mou aux yeux de certains, le premier volet avait pour lui des personnages aux réactions crédibles, sonnant toujours naturelles. Pas de ça ici, au point que Prey at Night est toujours à deux doigts de tomber dans la parodie involontaire, et que l’on en vient à penser aux Stab, films fictifs de la saga Scream que vont voir les différents protagonistes pour prendre leur dose de clichés. Ils arrivent ici par pack de six, avec des victimes qui font un max de bruit pour bien se faire repérer par leurs assaillants, le débile muni d’un flingue qu’il n’utilise jamais, l’obligatoire séparation pour faciliter le travail des bourreaux, la cocotte qui court en ligne droite alors qu’elle a une bagnole au cul, l’oubli des téléphones portables pour bien laisser le temps aux psychos de les démolir et, last but not least, la petite famille américaine à problème tout ce qu’il y a de plus typique. Avec le père un peu bêta sur les bords qui fait de son mieux, la mère forcée de porter la culotte vu que Monsieur est trop gentil, le fiston sportif et moqueur et, c’est un grand classique, la gothopouf que personne ne peut comprendre et qui pense que porter un t-shirt des Ramones fait d’elle une true punk des quartiers crades de Londres. Bertino, pour rappel au clavier sur les deux films, nous avait habitué à mieux, et nous déçoit carrément lorsqu’il se fend de scènes forcées, comme la réconciliation entre le frère et la sœur, avec souvenirs de famille pour se réconforter et tout le toutim. Pouah ! Ne comptez d’ailleurs pas sur les comédiens pour relever la sauce, car jamais vraiment justes, ils semblent toujours hésiter entre les pleurs et le rire…

 

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Ne quittez pas vos sièges trop tôt, cependant, car bien que parsemé de défauts franchement gênants, au point de provoquer parfois l’hilarité, The Strangers 2 garde un intérêt certain sur le strict plan visuel. Si Roberts ne semble pas toujours savoir où il va, hésitant notamment sur le tour à donner à ses vilains (un coup ils sont des figures fantastiques et quasiment immortelles, un autre il les démasque ou filme leurs regards pour en faire ressortir l’humanité), il sait où placer une caméra et emballe quelques belles séquences. Comme cette bataille sanglante dans la piscine, au décorum aussi lumineux que la violence est sèche, ou l’arrivée de cette carlingue en feu, ridicule dans le principe, mais flattant franchement la rétine. Et puis, quelle belle ambiance, brumeuse et inquiétante, d’un calme n’annonçant rien de bon, à la superbe photographie, plus colorée que celle du premier chapitre. Soigné, ce slasher/survival/home-invasion (biffez la mention inutile, s’il y en a une) l’est indéniablement dans la forme, au point d’être l’un des films d’horreur récents les plus agréables à visionner. Dommage que le scénario en pâtisse et ne soit jamais qu’un maladroit empilage de références, aussi bonnes soient-elles… Reste à voir ce que vous cherchez dans pareille affaire : de la plausibilité et de la rigueur scénaristique, ou de zolies images et des tueurs iconiques ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Johannes Roberts
  • Scénarisation : Bryan Bertino, Ben Ketai
  • Production : Ryan Kavanaugh, Nathan Kahane, Roy Lee, Doug Davison
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bailee Madison, Martin Henderson, Christina Hendricks, Lewis Pullman
  • Année : 2018

4 comments to The Strangers 2 : Prey at Night

  • Roggy  says:

    Pour ma part, je suis moins enthousiaste que toi car j’ai l’impression d’avoir vu ça des milliers de fois.

  • Sékateur  says:

    Je trouve ce film très anecdotique.
    Honnêtement, je ne vois pas l’intérêt de rabâcher de si vieilles recettes. Aucun suspense réel, pas de point de vue différent. Dans le même genre, j’ai beaucoup mieux apprécié “tous les garçons aiment Mandy Lane” car il y avait une atmosphère dépressive assez singulière. Ici, c’est “juste” un slasher teinté de “survival” et point barre. Ok, c’est sympa mais à quoi bon ?

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