2e Sous-sol

Category: Films Comments: One comment

P2teaser

Avant d’aller aider Elijah Wood à arracher des tignasses dans le remake de Maniac et de loger de nouveaux fantômes au 112 Ocean Avenue pour le bien d’Amityville : The Awakening, Franck Khalfoun hantait un parking sous-terrain en vue d’y harceler de jolies blondes. On s’y gare ?

 

 

 

C’est un peu le passage obligé pour tout réalisateur embrassant le succès : à un moment où un autre, le cinéaste en question se devra de passer à la production, en vue de mettre le pied à l’étrier à un jeune padawan. Bon, dans le cas d’Alexandre Aja et Franck Khalfoun, il se trouve que le novice est plus âgé que son maître d’une bonne dizaine d’années, le Franck trempant d’ailleurs dans le joyeux monde du septième art depuis un bon moment maintenant. Coïncidence ou pas, c’est sur le plateau du Grand Pardon II, shooté comme chacun sait par le père d’Aja, Alexandre Arcady, que Khalfoun débuta sa carrière d’acteur (on le reverra dans Snowboarder mais aussi, et c’est sans surprise, Haute Tension et Piranha 3D) ainsi que celle d’assistant-réalisateur. De courte durée la carrière, et selon IMDB, seule cette suite du Grand Pardon figure au CV du bonhomme comme assistant. Mais ce fut visiblement bien suffisant pour que Aja et son pote Gregory Levasseur décident de lui confier les rênes d’un scénario, qu’ils ont écrit avec son concours : 2e Sous-Sol. Un petit script pas bien compliqué, gâchant le Noël d’une brave fille en l’envoyant dans les filets d’un gardien de parking psychopathe, si tristounet de passer le réveillon tout seul qu’il décide de kidnapper la pauvre demoiselle. Qu’elle ne se plaigne pas : certes, le mecton est des plus instables et essaye de s’attirer ses faveurs en assassinant un pauvre type avec qui elle avait eu des problèmes auparavant, mais elle aurait pu passer un pire moment devant un bêtisier de TF1, non ?

 

P21

 

Comme tout huis-clos qui se respecte, ce P2 sorti en 2007 sans faire plus de bruit que ça, tente de rameuter des acteurs compétents, sur les épaules desquels reposera le métrage tout entier. Car avec une dizaine de comédiens grand max’ à l’affiche, et un scénar’ à 90 % centré sur  deux ennemis se battant sous le sapin et entre les bagnoles mal garées, mieux vaut avoir l’assurance de disposer d’interprètes compétents dans son panier. Pour jouer la désemparée Angela, bourreau de travail forcée de devenir bourreau de gardien de parking si elle veut se bourrer la gueule au champagne cinq jours plus tard, on réquisitionne Rachel Nichols, tout juste sortie du remake de 2005 d’Amityville. Et pour incarner son adversaire, le dingo Thomas, on va piocher dans le casting du couronné American Beauty pour en extraire le doué Wes Bentley, qui, de l’aveu même de l’acteur, acceptait absolument tout ce qui se proposait à lui pour pouvoir gonfler son compte en banque et dépenser des sommes folles en drogues. Ca a le mérite d’être honnête, même si ce n’est pas très valorisant pour un 2e Sous-sol qui semble dès lors défini comme un projet à seule visée pécuniaire pour Mister Bentley, qui n’en fournit pas moins une belle performance. Contrairement à une Rachel Nichols capable mais qui se coltine un rôle trop banal pour qu’elle puisse lui amener grand-chose (pour résumer, elle chiale au début puis devient badass sur la fin), Bentley s’empare plutôt bien de ce Norman Bates des parcages et joue sur la dualité de ce tueur tantôt flippant, tantôt touchant. Flippant car il est capable d’assassiner qui lui passe sous le nez avec le sourire, et tout cela en assurant qu’il le fait pour rendre service. Touchant car on sent toute la détresse de ce pauvre gars auquel personne ne parle jamais, enfermé dans la pénombre avec des rangées de bagnoles, et souhaitant juste passer un Noël un peu plus joyeux, une fois dans sa vie. Dommage d’ailleurs que le script n’approfondisse pas un peu plus la part tendre/pathétique du personnage, plus intéressant qu’il n’y paraît.

 

P22

 

Mais ce n’est là que le moindre des défauts d’un scénario principalement handicapé par son manque d’initiatives. Trop bien planté dans les pantoufles du survival moderne, il n’essaie jamais d’en sortir, d’expérimenter, d’oser s’engager, ne serait-ce que le temps d’une scène ou deux, sur des terres plus aventureuses. Alors oui, le fait de coller aux basques d’un genre qui a fait ses preuves permet à P2 de gagner une grande efficacité, celle que l’on doit aux recettes perfectionnées essais après essais. Mais si ce n’est une saillie gore bienvenue et plutôt étonnante pour ce qui semblait, de prime abord, être un thriller tous publics (en cela, voir un gus se faire écraser entre un pare-choc et un mur fait vite s’envoler le côté trop sage de l’entreprise…), le reste s’engouffre dans le déjà-vu. Et on ne parle pas de déjà-vu une fois, deux fois, ou même trois fois, mais de déjà-vu cent fois. Avec les flics sourds et aveugles qui font une ronde sans rien remarquer, les passants aux oreilles bouchées ou faisant mine de ne pas entendre les cris d’Angela, le petit stress animalier avec le lâché de bulldog et l’inévitable téléphone qui ne fonctionne pas. La base, mais sans grand-chose autour quoi, faisant de 2e Sous-sol une tentative de plus dans la catégorie des films aux nanas harcelées, genre qui plus est prisé à la même époque avec les sorties avoisinantes d’Eden Lake ou Hunted avec Kim Basinger. Et à ce petit jeu là, Franck Khalfoun ne sort malheureusement pas gagnant, malgré une mise-en-scène très pro, mais là encore un peu trop lambda, le réalisateur ne marquant à aucun moment une empreinte personnelle. Manque donc cet indispensable petit plus que l’on n’arrivera jamais vraiment à définir correctement, mais qui aurait permis à cette Série B tout juste sympa d’accéder à la division supérieure… Pas grave pour Khalfoun, qui fera bien mieux par la suite.

Rigs Mordo

 

P2poster

 

  • Réalisation : Franck Khalfoun
  • Scénarisation : Franck Khalfoun, Alexandre Aja, Gregory Levasseur
  • Production : Alexandre Aja, Gregory Levasseur,…
  • Titre Original : P2
  • Pays : USA, France
  • Acteurs : Rachel Nichols, Wes Bentley, Philip Akin
  • Année : 2007

One comment to 2e Sous-sol

  • Roggy  says:

    C’est vrai que le film est limité à tout les niveaux pour un résultat moyen avec un sentiment de déjà vu.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>