Hercule L’Invincible

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En direct de Grèce, Hercule sauve une nouvelle fois son monde dans Hercule L’Invincible (1964), deuxième galette à sortir des fourneaux de chez Artus Films, avec Hercule contre les Fils du Soleil (1964 itou). Huilez vos muscles, préparez les altères, sortez le déodorant, car il va y avoir du sport.

 

 

Vous savez comment sont les gens : vous leur donnez un doigt et ils vous prennent le bras. Ainsi, à peine Hercule (Dan Vadis, pas le plus charismatique de sa division mais au sourire avenant) vient-il de terrasser un lion qu’un peuple reculé lui demande d’aller régler son compte à un cruel dragon vivant dans la montagne. Et s’il peut ramener sa plus petite dent, talisman capable d’exaucer des vœux, c’est encore mieux. Des ingrats tout ça, durement punis une fois le demi-Dieu parti à la chasse au lézard, puisque des hordes ennemies menées par Ken Clark profitent de son absence temporaire pour ravager le village et kidnapper tout le monde. Et tout ça pour ramener leurs prisonniers dans une cité souterraine où séjournent les Deimos, cannibales dévorant les plus forts et les plus belles pour absorber force et beauté. Bien sûr, en découvrant le drame, Hercule accourt d’autant plus vite qu’il compte bien récupérer Teica (la slave Spela Rozin), dont il est tombé amoureux. Un vrai récit d’Heroic Fantasy finalement, Hercule L’Invincible tournant le dos au péplum réaliste ou d’inspiration purement mythologique pour faire sa petite tambouille à lui. Oui, ça va piocher quelques idées dans les mythes olympiens, le nom Deimos provenant d’ailleurs du fils d’Arès et Aphrodite, et faisant office de symbole de la terreur. Mais ça va aussi traîner ses sandalettes dans des recoins plus fantaisistes, d’inspiration moins locale, au point que Ercole L’Invincibile pourrait prétendre au statut de pendant ciné des Livres dont vous êtes le Héros.

 

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Ceux qui ont déjà empoigné l’un de ces petits bouquins, qui ne cessent de vous faire naviguer d’un bout à l’autre de leurs pages au gré des portes ouvertes ou des chemins choisis, auront donc deviné ce qu’il en est de l’unique film d’Alvaro Mancori. Ici, tout est prétexte à enchaîner les péripéties, tout retournement de scénario (et il y en a globalement peu) ne servant qu’à créer de nouveaux dangers pour Hercule, rebaptisé Ursus dans la version française (la valse des prénoms était une habitude dans le genre, et un Samson italien pouvant fort bien devenir un Maciste allemand). Seule semble compter l’action pour Mancori, qui ne recourt jamais aux longs discours et n’est pas d’ailleurs pas contraire à se fendre d’un bon quart d’heure quasiment muet, montrant son héros tout en biscotos traverser une nature hostile et manquer la mort à chaque nouveau pas. Alvaro n’est peut-être pas le plus grand conteur du siècle, et ses personnages sonnent pour la plupart totalement creux, mais il sait y faire lorsqu’il s’agit d’emballer une petite bisserie dynamique et n’autorisant aucune sieste. Pas un hasard d’ailleurs si la seule scène voyant Hercule tenter de piquer un somme voit arriver quelques soldats, que le fils de Zeus devra corriger en renonçant à son repos. Ca file comme un seul homme donc, et à peine le lion remis à sa place que Hercule part s’entretenir dans une grotte avec une sorcière, affronte l’horreur dragonique, s’en va vers la cité des Deimos, cogne un ours sur un tronc d’arbre, joue à cache-cache avec les guerriers adverses, manque d’être écartelé par des éléphants et finit par pousser des cavaliers dans une mer de magma…

 

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De l’énergie, Hercule l’Invincible en a à revendre, même si Mister Alvaro se montre plus à son aise dans les passages plus atmosphériques que dans les foires aux empoignes. Non pas qu’il se casse la gueule en la matière, les combats sont au contraire bien découpés, aux chorégraphies plus inventives que de coutume et profitent d’un Dan Vadis se donnant sans retenue. Reste que les plus beaux moments sont ceux, plus contemplatifs (bien que le mot soit fort pour une bobine de cet ordre) montrant Hercule et son sidekick Babar traverser une rivière de lave pour atteindre le domaine des Deimos, piégé de la première brindille à la dernière branche de bouleau. Ou encore la découverte du domaine caverneux des kidnappeurs, véritable labyrinthe aux nombreux escaliers, aux teintes à la fois cramoisies et décolorées. Beau boulot d’ailleurs que celui fait par les décorateurs, sans doute obligés de composer avec de la petite monnaie sans que cela les empêche de créer un monde complet, les tunnels des Deimos, si on les devine fabriqués à partir des trois mêmes murs que l’on déplace ici ou là, ne semblent pas répétitifs. Sacré taf visuel donc, et certains effets de transparences sont si réussis qu’une légende urbaine veut que Mario Bava himself soit passé sur le plateau. Pas surprenant à la vue de ces plans montrant des guerroyeurs passer au travers des flammes, ou encore ceux permettant à des chevaux de traverser au loin un pont miniature. Du travail d’orfèvre qui sent en effet l’implication du maître italien… Sans que l’on aille jusqu’à dire que le père des Trois Visages de la Peur soit à l’origine du meilleur de Hercule l’Invincible, Mancori faisant montre d’une sacrée maîtrise pour un premier (et dernier) essai. On la sent, son expérience de chef op’ sur de nombreuses productions du même tonneau, tant son péplum profite d’une superbe photographie et d’une mise en scène efficace et dénuée d’esbroufe.

 

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Pas mal, et même plus que ça, pour un petit bis apparu alors que le genre vivait ses dernières heures, et l’on ne regrettera que quelques stockshots mal insérés (le combat contre le dragon provient des Travaux d’Hercule, sorti en 58, et ça se voit). Même le pauvre Babar, goinfre incompétent que se traîne Hercule du début à la fin, se montre plutôt sympathique, non seulement car il apporte une légèreté bienvenue mais en plus parce que, bien traité par un scénar’ de Mancori lui-même, il finit par prouver son utilité lors d’une conclusion volcanique et épique. Dommage que le réalisateur ait décidé de tourner le dos à la mise en scène, pour se reconvertir en gérant d’un studio qui fit visiblement les belles heures du western sans le sou. Tant mieux pour les cowboys, mais tant pis pour nous, car on en aurait bien repris une louchée, tant cette soupe à la mandale s’avale toute seule, au point de faire figure de petit modèle du cinéma populaire, vaillant et généreux. Pour ne rien gâcher, Artus fournit un DVD à l’image flatteuse, et quelques entrevues intéressantes fleurissent dans les suppléments : que l’on parle de l’obligatoire Alain Petit toujours prêt à décortiquer le casting, d’un Michel Eloy faisant le point sur les échanges de noms entre les costauds de l’Antiquité ou d’un Howard Ross venu partager ses souvenirs d’époque. Parfait pour compléter un divertissement hautement recommandé !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Alvaro Mancori
  • Scénarisation : Alvaro Mancori
  • Production : Alvaro Mancori
  • Titre Original : Ercole l’invincibile
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Dan Vadis, Ken Clark, Spela Rozin, Maria Fiore
  • Année : 1964

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