Les Diablesses

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C’est sûr, Jane Birkin n’en était pas à sa première ballade lorsqu’elle se retrouva prise dans la toile d’araignée d’Antonio Margheriti pour les besoins des Diablesses (1973). Sauf que cette fois, pas de romance dans l’air, mais plutôt un mystérieux assassin planqué dans un domaine on ne peut plus gothique, où enquêtera notamment un Serge Gainsbourg pas toujours tendre avec sa Jane. Je t’aime, moi non plus ?

 

Ce n’est pas mentir que de dire qu’Antonio Margheriti n’a jamais vraiment été très intéressé par le giallo, le bonhomme ayant plutôt préféré passer ses années 60 dans les couloirs assombris de vieux châteaux, avec leurs salles de bal où il organise quelques danses macabres avec de vieilles sorcières ensanglantées. Plutôt old-school l’Antonio, et on le devine assez peu impressionné par cette vague d’agités du rasoir passant leurs nuits à arpenter Rome et ses alentours pour y élargir quelques gorges. Trop moderne sans doute, et laissant probablement trop peu de place à la rêverie pour un Anthony M. Dawson – son petit pseudo pour draguer le marché international – ayant toujours apprécié tremper ses petits petons dans les marais du fantastique le plus pur. Du coup, son simili psycho thriller à la mozzarella qu’est censé être La morte negli occhi del gatto, alias Seven Dead in the Cat’s Eye aux states et Les Diablesses chez nous (en vue de faire passer l’ensemble pour un mix entre érotisme et pelloche diabolique), il préfère en faire une petite virée dans l’épouvante classique comme il les apprécie tant.

 

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Jane Birkin, bien évidemment engagée avec son Serge pour profiter de leurs succès chantants, sera donc Corringa, petite Anglaise retournant dans son village d’Ecosse natal pour y retrouver sa mère, justement en visite dans le château de sa tante, la Lady Mary MacGrieff (Françoise Christophe). Si cette dernière vit toujours dans sa luxueuse demeure de pierre, c’est surtout pour sauver les apparences : déjà forcée de vivre avec James (Hiram Keller), son fiston que tous considèrent comme fou à lier, elle doit en plus faire face à de sérieux problèmes financiers. D’où la venue de sa sœur Alicia, la fameuse mère de Corringa, à qui elle aimerait quémander un peu de fonte pour pouvoir séjourner encore un peu dans sa citadelle, qu’elle refuse de vendre. C’est bien évidemment un refus qu’elle subit de la part de sa frangine, qui ne passera néanmoins pas la nuit, étouffée avec son oreiller par un mystérieux assaillant qu’elle sera… A qui la faute ? A Lady Mary, vexée de voir sa frangine lui tourner le dos ? A James, puisqu’on le dit complètement timbré ? Au docteur Franz (Anthony Diffring, The Beast Must Die et Le Cirque des Horreurs), censé soigner James mais surtout intéressé par Mary et sa fortune ? Au bon curé venant livrer quelques sermons à domicile ? Et puis il y a la jolie Suzanne (la sexy Doris Kunstmann, revue dans Funny Games), soi-disant professeur de Français de James mais qui fut surtout engagée pour réveiller le mâle alpha sommeillant en lui. Ou bien serait-ce la faute de ce chat roux, témoin privilégié de chaque meurtre et peut-être moins innocent qu’il n’y paraît ? Et qu’en est-il de ce gorille caché dans les murs du castel, et semblant reluquer Corringa en douce ?

 

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C’est sûr, Margheriti fait des Diablesses un pur whodunit, plutôt bien tenu par ailleurs même si l’on devinera tout de même l’identité du coupable vingt bonnes minutes avant la révélation finale. Mais il est tout aussi clair que ce qui l’intéresse avant tout n’est pas de suivre les pas de Mario Bava et Dario Argento sur les terres du giallo. Oui, ça se donne des coups de rasoir par-ci par-là, et il y a bien sûr un lien de parenté à faire entre le présent film et tous ces La Queue du Scorpion, L’Oiseau au Plumage de Cristal et autres Chats à Neuf QueuesSeven Dead in the Cat’s Eye jouant lui aussi la carte du titre mystérieux se voulant animalier. Mais si Margheriti doit se choisir un voisinage immédiat, il ira plutôt le trouver dans ses travaux précédents, ou chez les petits copains comme Les Amants d’Outre-Tombe, Le Spectre du Professeur Hichcock, voire même dans les adaptations de Poe faites par Roger Corman ou de plus anciens old dark house movies. C’est que la présence du macaque remémore évidemment une épouvante plus ancienne, tandis que les différents attributs horrifiques laissent présager qu’Antonio n’avait pas très envie de quitter le gothique des sixties : magouilles et trahisons dans un coin de cheminée, peintures et sculptures de cauchemar, passages secrets menant à une crypte où repose un cadavre rongé par les rats, cimetière comme de juste brumeux, famille au lourd passif, légendes faites de chimères et de vampires, virées de minuit éclairées à la bougie… Ne manque donc pas grand-chose à ces Diablesses pour rejoindre le campement du goth rital plutôt que celui des gialli, même si c’est plutôt à l’avantage de la bobine de Margheriti de se retrouver dans la fosse aux Frissons de l’Angoisse et Le Tueur à l’Orchidée. Très classique en tant que film gothique (certains diront qu’il l’est trop),  La morte negli occhi del gatto devient tout de suite plus atypique une fois pris pour un giallo.

 

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Et puis il y a bien évidemment ce casting plutôt étonnant, où sont conviés un Gainsbourg à moitié endormi (comme d’hab’) dans le rôle d’un inspecteur démotivé, qui lui va plutôt bien, et une Birkin assez sympathique dans la peau de cette brave jeune fille perdue dans un tourbillon de manigances, toutes plus viles les unes que les autres. Un peu dommage qu’elle se double elle-même, cependant, car il n’est pas toujours aisé de comprendre ses dialogues… Pas bien grave tant que la demoiselle est crédible et que ses péripéties sont agréables à suivre. Ce qui est le cas grâce au savoir-faire d’un Margheriti qui n’apporte rien au schmilblick et ne fait que régurgiter une recette bien connue de tous, c’est sûr, mais qui le fait avec le talent qu’on lui connaît. Si le bonhomme a parfois eu du mal à impliquer le spectateur dans ses jolis ballets gothiques et a pu trébucher à l’occasion (le pénible Contronatura), il prouve ici que même avec le pilotage automatique enclenché il peut se montrer habile. Les jeux de lumière sont généralement du meilleur effet (le final, notamment), le suspense toujours bien tenu (le meurtre du cimetière) et tout nous rappelle ici quel bon artisan du bis le bonhomme était. Si certains en doutent encore, qu’ils passent à la caisse avec le DVD édité par Ciné2Genre en main, ce digipack joli comme tout contenant, en plus de cartes postales, un long bonus de près de 40 minutes lors duquel David Vidéotopsie Didelot revient sur Les Diablesses et tous ses recoins, même les mieux cachés…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Antonio Margheriti
  • Scénarisation : Antonio Margheriti et Giovanni Simonelli
  • Production : Luigi Nannerini
  • Titre Original : La morte negli occhi del gatto
  • Pays : Allemagne, France, Italie
  • Acteurs : Jane Birkin, Hiram Keller, Françoise Christophe, Anton Diffring
  • Année : 1973

Big thanks à David!

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