Black Roses

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Du genre à dire tout et son contraire, le brave John Fasano. Un coup il fait du chanteur de heavy metal Jon Mikl Thor le sauveur de l’humanité dans Rock’n Roll Nightmare (1987), qui le voyait foutre des coups de coude au Démon ; un coup c’est ce même heavy metal la cause de tous les maux de la jeunesse américaine. Black Roses (1988), le film de chevet de Christine Boutin ? Pas loin, pas loin…

 

Eh non, jeunes gens, le fantastique n’a attendu ni Deathgasm (2015) ni The Devil’s Candy (2015 aussi) pour se laisser pousser les cheveux et endosser les vestes à patch pleines de logos illisibles, le cinéma horrifique des années 80 ayant été particulièrement sujet à une invasion de riffs en acier. La faute en bonne partie à John Fasano, qui lorsqu’il ne réalisait pas Rock’n Roll Nightmare et Black Roses scénarisait Zombie Nightmare (1987), cimetière plutôt agité où l’on se décroche la colonne vertébrale sur du Girlschool et du Motörhead. De quoi laisser penser que Fasano était du genre à faire du air guitar en se levant le matin, à faire les metal horns aux petites vieilles en train d’attendre leur bus et à taper du pied sur du Slayer plutôt que sur du Helmut Lotti. Un des nôtres, quoi. Enfin, ça c’était avant Black Roses, qu’il réalise en 1987 et qui, sur le papier, s’inscrit largement dans la mouvance de l’épouvante rockeuse, puisqu’il est ici question d’un groupe, Black Roses justement, débarquant dans une petite bourgade si tranquille que les flics ne portent même pas d’arme à leur ceinture. Une venue forcément bien vue par les ados locaux, ravis d’avoir enfin un peu d’animation avec les concerts prévus… et pour le plus grand déplaisir de leurs parents, inquiets de voir leurs rejetons délaisser Beethoven pour ces sales tatoués tout juste bons à gueuler comme des gnous enrhumés. Alors, un peu comme Tipper Gore dans les mêmes eighties, la femme du vieux Al ayant mené une campagne contre le heavy metal, les vieilles bigotes du coin s’insurgent et enchaînent les réunions de parents pour les mettre en garde : le diable arrive et va bientôt s’immiscer dans les virginales oreilles de leurs petits. Et tout ça devant un maire désabusé essayant de leur faire comprendre que les Beatles étaient eux aussi perçus comme de dangereux criminels à leurs débuts. Et pour le bon prof à moustache qu’est Matt Moorhouse (John Martin, spécialiste de la petite lucarne), il n’y a pas de quoi baliser et il faut bien que jeunesse se passe : tant mieux si les gosses trouvent de quoi évacuer leur trop-plein d’énergie !

 

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Si l’on se base sur Rock’n Roll Nightmare et en imaginant que Fasano, en bon faiseur de B-Movies qu’il est, n’a pas trop cherché à s’éloigner d’une recette qui a plus ou moins fait ses preuves, on se voit donc déjà posés sur une petite bande montrant finalement que les métalleux et leur jeune audience est tout ce qu’il y a de respectable, et que les démons, ils vont plutôt leur botter le cul. Non ? Ben non, justement, et de manière inexplicable, le réalisateur tourne le dos à ses alliés aux nuques longues pour rejoindre le camp des cathos mécontents : Black Roses et son chanteur Damian proviennent en effet des Enfers et comptent bien transformer leur jeune public en un ramassis de suppôts de Satan ! Vicieux jusqu’au bout, ils débutent même leur concert sur une gentille balade capable de tirer des sanglots à Lara Fabian, histoire de rassurer les adultes venus surveiller leurs shows, et qui quittent bien vite la salle une fois persuadés que ces roses noires sont sans épines. Et une fois les vioques le dos tournés, on fait tomber les peignoirs, on dévoile de gros biscotos et des pantalons en cuir, et on fait rugir basses et batteries ! Les effets ne se font d’ailleurs pas attendre : dès le lendemain, les mouflets n’écoutent plus les cours du pauvre Moorhouse, et se mettent même à se coller des mandales durant la récré pour un oui ou pour un non. Et ça empire encore lorsque Damian et ses zikos décident de distribuer des tickets gratuits pour le show du lendemain, nouvelle étape dans le lavage de cerveaux des teenagers, du coup changés en d’atroces délinquants. Et pas des petites frappes qui vous collent un chewing-gum à la cerise sur le falzar, mais de véritables criminels explosant la caboche de leurs parents au revolver, roulant sur leurs pauvres mères avec leurs bagnoles ou draguant les bons pères de famille lors de strip-poker causant des crises cardiaques. Et tout ça quand ça ne défenestre pas les pauvres gens venus les aider… Et ce n’est même pas la peine d’aller jusque devant la scène de Damian pour être vicié, les gosses de 7 ou 8 ans entendant cette satanée musique par la radio se mettant à jeter leurs figurines de Superman au feu pour rendre victorieux les méchants des Maîtres de l’Univers. Rien ne va plus, ma bonne dame…

 

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Heureusement que le bon Matt se dressera devant ces hordes vénérant Iron Maiden, tel le symbole du Bien parti mettre une raclée au Mal, du bon prof cultivé et bien dégagé derrière les oreilles décidé à mettre une fessée à des rustres tout juste bons à beugler des paroles inaudibles sur la mort et Baphomet. Bref, le message est clair et c’est toujours Matt qui va le répandre : bad music, bad news ! Sacré retournement de veste tout de même pour un réalisateur qui, auparavant, avait fait de Jon Mikl Thor un ange fan de heavy metal, tombé du ciel pour empêcher Baphomet de régner sur le monde. Fasano souhaitait-il continuer à errer dans le monde du film de monstre métallique sans forcément se répéter, et jouant donc le jeu du film miroir à Rock’n Roll Nightmare ? A moins qu’il ne jugea plus profitable de se mettre en poche une audience inquiète du succès des Ozzy Osbourne et consorts, alors accusés de pousser les têtes blondes au suicide ? Selon Fasano, il avait surtout reçu une belle enveloppe de 450 000 dollars du réalisateur/producteur James Glickenhaus (The Exterminator) pour tourner un autre heavy metal movie, le premier ayant franchement bien fonctionné pour un petit budget, et s’est tout simplement inspiré des scandales de l’époque. Et lorsqu’on lui demande si Black Roses ne finit pas par répandre une mauvaise image des symphonies sorties des meilleures aciéries, il répond que si les parents se font trucider dans la pelloche, c’est parce qu’ils n’ont pas prêté assez d’attention à leurs gamins, et que le carnage est donc entièrement de leur faute. Mouais… Si l’on veut bien croire que Fasano, malheureusement décédé en 2014, n’avait aucune intention de pointer le metal – qu’il semblait sincèrement aimer – d’un doigt inquisiteur, le résultat à l’écran reste douteux. Et il n’est pas sûr que Christine Boutin, si elle tombait un jour sur Black Roses (les chances sont minces, on est d’accord), se dirait que tout ce barnum est la faute d’adultes pas assez à l’écoute…

 

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Tout simplement parce que ça ne transpire jamais à l’écran, le casting adulte (qui compte un Vincent Pastore visiblement connu pour la série Les Sopranos, me demandez pas je me suis jamais collé devant, et Julie Adams de Creature from the Black Lagoon) étant au contraire plutôt présent dans la vie des gosses. Oui, les vieilles biques râlent un peu vite, mais tout ce beau monde semble toujours demander à la marmaille si le concert s’est bien déroulé, si c’est une bonne idée d’y aller… On est loin des alcoolos à moitié endormis dans leur fauteuil devant le Superbowl ou jamais contraire quand il s’agit de rosser leurs gosses, quand même. Fasano se foire donc en beauté question thématiques, mais cela ne veut bien évidemment pas dire que l’on s’emmerde devant ce gros B, pas forcément shooté avec une grande maîtrise, mais correctement photographié. Et dans lequel on trouve quelques monstres suffisamment craignos pour coller quelques sourires à un public averti, que l’on parle des dégaines des musiciens lorsqu’ils révèlent leur statut de démons, de cette bestiole que l’on croirait sortir d’une bande de Fred Olen Ray vivant visiblement dans les enceintes de Vince Pastore, ou encore de ces ados transformés en zombies ou monstres en plastoc. Le clou du spectacle ? Sans doute la métamorphose finale de Damian, hilare lorsque vient le moment de retirer sa perruque mais peut-être un peu honteux lorsqu’il dévoile sa véritable apparence, celle d’une sale gloumoute en caoutchouc, bien foutue mais incapable de faire frémir un nouveau né. D’ailleurs, c’est à coups de poing ou de raquettes de tennis que notre héros Matt luttera contre ces êtres infernaux, preuve qu’il n’est pas nécessaire de sortir l’artillerie lourde et les tronçonneuses pour punir ces bestioles, imaginées par le pro des sfx Arnold Gargiulo, connu pour son job sur Spookies. Dommage que la fine équipe collent à ces démons de grands yeux risibles, car ça entache quand même le sérieux général et diminue l’effet de leurs tueries, plutôt choquantes dans le principe.

 

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Bref, malgré quelques réserves sur le fond, Black Roses se rattrape à peu près sur la forme, grâce à une bonne gestion de ses attributs de film d’exploitation, en conviant poitrines dénudées et sales monstres. Des ingrédients indispensables du genre que l’on a bien failli ne pas avoir dans l’assiette cela dit, Fasano tournant d’abord un film plus psychologique, avant que son patron, Glickenhaus lui-même, le renvoie tourner des scènes horrifiques supplémentaires. Pas bien grave puisque Fasano avait terminé son film en restant sous le budget alloué, lui permettant d’aller piocher dans les restes pour gonfler un peu un Black Roses jusque-là trop léger. N’empêche que l’affaire ne trouvera sans doute preneur que chez les plus nostalgiques d’entre vous, ceux pour qui les années 80 représentent un indépassable âge d’or. Et éventuellement chez les mélomanes ne jurant que par le heavy metal d’époque, celui de Lizzy Borden ou  Hallow’s Eve, invités à participer à la bande-son. Bien sûr, avec le recul, on peine à voir quel danger pourrait bien répandre cette musique on ne peut plus mélodique, et il aurait été plus judicieux de coller les autrement plus sulfureux Possessed ou Celtic Frost (pour rester dans l’époque) que le sous-Dokken qu’est Black Roses, formation imaginaire composée de zikos bien réels. On parle ici tout de même de Carmine Appice (King Cobra, Cactus, Pink Floyd), Chuck Wright (Quiet Riot), Alex Masi de… ben Masi, et on en passe. Pas trop mal pour une petite Série B, tantôt assez méchante, tantôt risible, surtout connue aux USA pour son boîtier VHS, tout en relief. Mais bon, pas de quoi se lancer dans un headbanging sauvage et vénérer Lucifer toute la soirée, Black Roses tenant moins de l’entrevue avec le démon Chorozon que de la vanne douteuse de Didier Bourdon.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : John Fasano
  • Scénarisation : Cindy Cirile
  • Production : John Fasano
  • Pays : USA
  • Acteurs : John Martin, Sal Viviano, Ken Swofford, Julie Adams
  • Année : 1988

2 comments to Black Roses

  • Roggy  says:

    Même si le film ne semble pas totalement à ton goût, l’équation : Metal + Horreur = Rigs Mordo, fonctionne toujours 🙂

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