King Dinosaur

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On les croyait éteints, effacés de l’Histoire par un gros caillou enflammé tombé d’un sévère et meurtrier firmament. Il n’en est rien : les dinosaures sont bien en vie et coulent des jours heureux sur Nova, planète récemment apparue dans notre cher système solaire. Et si on allait leur rendre une petite visite pour leur rappeler que douce est l’extinction ?

 

Aussi dingue que cela puisse paraître, nous n’avons toujours pas pris la plume (et le clavier) pour nous fendre d’un petit papier sur Bert I. Gordon, bien connu des amateurs comme étant le Mister B.I.G. du cinoche fantastique. Pourquoi ce petit nom ? Tout simplement parce que le gazier a très fréquemment donné dans le gigantisme, imaginant araignées de la taille d’un camion (Earth vs. The Spider), colosses chauves (The Colossal Man, War of the Colossal Beast et The Cyclops), sauterelles maousses (The Beginning of the End), grosses fourmis (Empire of the Ants) et toute une variété d’animaux malabars (Food for the Gods). Et on en passe, notamment lorsque le vieux Bert inverse la tendance en rendant certains personnages minuscules (Attack of the Puppet People), gardant finalement le fil d’une thématique dont il ne s’écartera qu’à de rares occasions… Et par laquelle il débuta via King Dinosaur en 1955, Série B qu’il tourne en sept jours sur base d’une histoire imaginée par lui-même et son producteur Al Zimbalist (Robot Monster, Monster from Green Hell), et rédigée par Tom Gries, actuellement à l’honneur dans un dossier du dernier Vidéotopsie via les bons soins de Thomas Rolland. Pas bien surprenant finalement de voir le Mister B.I.G. entamer une carrière placée sous le signe de la folie des grandeurs en se concentrant sur les titans de la Préhistoire. Et ce sans avoir à remonter le temps, King Dinosaur jouant plutôt la carte de la science-fiction et des randonnées spatiales…

 

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C’est donc la tête tournée vers de lointains astres que débute notre micro-budget, que l’on espère fort en écailles tranchantes, alors que des scientifiques découvrent qu’une nouvelle planète vient d’apparaître dans notre système solaire. L’être humain étant fidèle à lui-même, il est dès lors bien vite décidé de construire une fusée pour aller jeter un œil à cette nouvelle venue dans notre galaxie, et voir ce qu’il y a à dégueulasser sur place. Enfin, lorsque l’on cause de construction d’un gros suppo prêt à filer dans la nuit noire, on parle surtout de dix minutes de stock shots prêtés par la NASA et l’armée, où militaires et blouses blanches s’affairent ici et là, où les tests s’enchaînent et où les avions décollent à gauche et à droite. Et le tout sous la narration très sérieuse de Marvin Miller, corde vocale du Robby le Robot de Planète Interdite et voix off fréquente du cinéma d’exploitation d’époque. On ne va pas s’en plaindre : dix minutes d’images d’archives, ça vaut toujours mieux qu’une demi-heure de savants et de colonels enchaînant les réunions pour parler dans le vide et jouer la montre… Et puis Gordon semble savoir ce que cherche son public agglutiné dans les drive-in, soit une certaine immédiateté, et certainement pas des détours sans fin dans des laboratoires où ça calcule et analyse jusqu’à plus soif. Du coup, on jette quatre scientifiques dans la fusée et on fait partir tout ça vers d’autres cieux sans plus de politesses, et sans s’embarrasser du voyage. Ca file donc vite et il faut bien le dire, la petite heure que dure le métrage ne tolère aucun ennui ou passage un peu longuet, le rythme étant ici on ne peut plus satisfaisant. Tant mieux, cela permet de passer outre un script à la connerie affolante.

 

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Au départ, cela se tient plus ou moins, alors que nos apprentis cosmonautes descendent de leur tas de ferraille avec des aquariums sur la tête pour faire quelques analyses. Bonne surprise pour eux, Nova est identique à la Terre, contenant végétation, flotte, et même des animaux comme on en trouve chez nous, comme des hiboux ou des biches. Mieux : lors de leur expédition nos as de l’espace tombent sur Joe, un petit lémurien avec lequel ils se lient… et qu’ils vont trimballer par la queue durant le reste du film, comme un vulgaire sac à main ! La grande classe… Mais à quoi s’attendre de plus d’une expédition composée de quatre imbéciles ? Et oui, les héros, ce sont une blondinette effrayée par tout et rien, son fiancé suffisamment crétin pour trébucher sur un caillou et atterrir sur un alligator avec lequel il se lance dans un match de catch, un brun se voulant très viril et qui n’arrête pas de pousser les femmes au sol à la moindre occasion et, enfin, une soi-disant aventurière un peu trop sûre d’elle qui ne réussira qu’à tirer ses comparses vers le danger. Et le danger, c’est bien sûr des bestioles plus grosses que la moyenne, notre quatuor découvrant que Nova est certes proche de notre planète bleue, mais qu’elle a aussi quelques années en retard et en est toujours à l’ère du jurassique. Pas surprenant du coup de découvrir que sévit toujours, sur une île volcanique, le fameux roi des dinos en titre. Un tyrannosaure, comme le promet le beau poster sur lequel bava sérieusement le petit Rigs Mordo lors de la lecture d’un magazine spécial lézards d’un autre temps, sorti suite au carton de Jurassic Park ? Bien sûr que non, et ce serait oublier un peu vite que Bert I. Gordon ne bénéficie pas des moyens dont profitaient les Willis O’Brien et Ray Harryhausen, ce qui le força d’ailleurs à utiliser une technique bientôt indissociable de son art. Soit la rear projection comme ils disent chez Trump, méthode visant à incruster un personnage dans un décor dans lequel il n’a jamais tourné. Belle occasion pour Gordon d’implanter des gros criquets dans ses plans, et donc de grossir un iguane pour le faire passer pour un virulent T-Rex.

 

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Si la technique offre des résultats variés, certains plans étant plus crédibles que d’autres, elle ne parvient néanmoins jamais à donner la sensation que la fine équipe croise de véritables dinosaures, comme si King Dinosaur tenait finalement plus du petit making-of tourné dans un vivarium et montrant des reptiles se mettre sur la tronche. Loin d’être génial, mais garni de séquences suffisamment divertissantes pour contenter l’amateur de monster movies sans le sou des fifties, pour séduire le gredin cherchant du campy à l’ancienne. Reste qu’une fois encore, notre brave iguane, parfois accompagné de stock shots piqués ailleurs (par exemple à Tumak fils de la jungle), se fait voler la vedette par un scénario totalement crétin, et un final apocalyptique dont ne sait trop si nous devons en rire ou en pleurer. C’est que découvrant que de gros sauriens sont toujours en activité sur Nova, nos preux aventuriers (tu parles!) décident de sortir une bombe atomique, le plus nonchalamment du monde. « J’ai apporté avec moi la bombe atomique, cela me semble le bon moment pour l’utiliser. » Et boum, l’îlot où vivaient paisiblement ces gros lézards qui ne demandaient rien à personne, et sans doute des centaines d’espèces parfaitement pacifiques, sont désintégrées dans un gigantesque champignon de feu. Et les protagonistes de claironner fièrement qu’ils ont « apporté la civilisation sur Nova. » On aurait plutôt dit la mort et la dévastation, mais on ne s’étonne plus de rien à ce stade, King Dinosaur atteignant tant de sommets dans la bêtise qu’il peut se vanter d’être devenu le Mont Fuji de la stupidité. Ou alors Bert I. Gordon et ses troupes voulaient se faire ironique et désiraient montrer les ravages de l’Homme, transformant leur petit film de SF en une sorte de pamphlet écologique. Chez nous on y croit pas trop et on préfère voir dans toute cette histoire un B Movie fait à la va-vite et qui ne s’est donc embarrassé d’aucune matière grise.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bert I. Gordon
  • Scénarisation : Tom Gries
  • Production : Al Zimbalist
  • Pays : USA
  • Acteurs : William Bryant, Wanda Curtis, Patti Gallahger, Douglas Henderson
  • Année : 1955

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