Almost Human

Category: Films Comments: 4 comments

Décidément, les petits hommes verts n’en finissent plus de nous rendre visite, trop contents qu’ils sont de répandre paranoïa et tension sur de petits low budget confectionnés avec amour. Une catégorie à laquelle appartient bien évidemment Almost Human (2013), premier long d’une petite troupes de potes préférant filmer des tueries au fusil à pompe aux soirées arrosées devant le Superbowl. Presque humain, peut-être, mais réussi pour autant ?

 

Joe Begos fait partie de ces zigs dont on ne peut que penser du bien. Non seulement le bonhomme arbore une belle tignasse de barbare (obligatoire pour être bien vu dans la crypte toxique) et s’envoie dans les esgourdes des groupes de tueurs comme Electric Wizard, mais en plus il bouffe de la pelloche fantastique typée eighties comme vos marmots avalent leurs Frosties chaque matin.  Le genre de gus qui n’a pas peur de gueuler haut et fort son amour pour le superbe (mais si, mais si) Dark Angel avec Saint Dolph Lundgren. Et donc de ces keums que l’on a envie de défendre contre vents et marées, de ces cinéastes en début de carrière que l’on se verrait bien placer sur le podium, ne serait-ce que parce que l’on sent que coule dans nos veines les mêmes globules rouges. Seulement voilà, cet Almost Human lui permettant de faire le grand saut du long-métrage après quelques courts tournés entre amis n’est pas franchement une grande réussite, bien au contraire. Cela partait pourtant avec les meilleures intentions du monde, sur base d’un script simple mais efficace (un type est kidnappé par des salopards venus d’une autre dimension, deux ans plus tard il fait son comeback et se met à dézinguer tout le monde) et avec un générique d’ouverture faisant ouvertement référence à John Carpenter puisque reprenant la police de caractère de ses classiques. Alors c’est vrai, Begos n’est ni le premier ni le dernier jeunot à chercher son inspiration dans le puits Carpenter, assurant qu’il dort dans un pyjama Christine et qu’il regarde Prince des Ténèbres chaque soir avant de retrouver Morphée dans son pavillon privé. Mais vous avouerez que c’est plus rassurant de voir un débutant se référer à Big John et Halloween qu’à Pitof et Catwoman, non ? Malheureusement, que ce soit par manque de talent à ce stade de son parcours ou par pénurie de moyens, Joe le sympa n’arrive jamais nous refiler une banane digne de celles que nous collaient les VHS d’antan. Même les plus mauvaises…

 

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La faute à une facture technique qui n’attire pas franchement les bouquets de roses rouges posées sur le pallier et les lettres d’amour glissées dans le casier, Almost Human adoptant la stratégie du cinéma vérité pour son invasion from outer space. Comprendre que la photographie est si tristoune que l’on finit par se demander si on n’a pas inséré un DVD des frères Dardenne par mégarde, et que le tout sera shooté à l’épaule, avec ce que cela implique de tremblements incessants. Le genre de réalisation qui filerait la migraine à un mal de tête et la nausée à une auto-tamponneuse… Remarquez que ça colle plutôt avec le spleen répandu par le récit, majoritairement concentré sur un trio de personnages gais comme des chihuahuas abandonnés sur une aire d’autoroute par des trous du cul vacanciers. Revenu d’on ne sait trop quelle galaxie, le barbu Mark (Josh Ethier, plus connu pour son job de monteur, notamment sur We Are Still Here) se retrouve donc en position fœtale et le cul à l’air dans les bois, sans se rendre compte que deux années sont passées depuis qu’une lumière bleue l’a sucé jusqu’au ciel. Et ce pauvre homme devenu alien malgré lui de découvrir que sa girlfriend est passée à autre-chose et a abandonné leur maisonnée pour une autre, où elle vit avec son nouvel amour. Pas de quoi rire en effet, pas plus que lorsque l’on découvre la vie faite de stress de son meilleur ami Seth (Graham Skipper, aussi réalisateur d’un Space Clown sorti en 2016), que l’on a accusé d’avoir fait disparaître son vieux pote et qui doit désormais vivre avec cauchemars, maux de tête et saignements de nez peu rassurants. « Fun, gore et sauvage » affiche clairement le DVD, distribué dans nos provinces par Sony, qui tente là de surfer sur le regain d’intérêt du public pour l’épouvante décontractée. Si Almost Human est en effet assez sauvage (la réalisation a beau piquer un peu, elle a le mérite d’apporter un certain réalisme aux carnages menés par Mark) et ne manque pas de gore au fil de ces crânes percés à la hache, de ces tronches effacées au fusil à pompe ou de ces égorgements salissants. Mais fun ? Comme une matinée à la messe, alors.

 

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Car malgré une durée des plus courtes (sans compter un générique long de huit minutes rallongeant la sauce artificiellement, on en est à 75 minutes à peine) et la volonté tangible qu’à Begos de travailler ses personnages et donner de la gravité à ses poussées de brutalité, on se fiche de ce qui se déroule sous nos yeux (mi-clos vu qu’on s’emmerde) comme de notre premier rototo. Puisque les attributs formels d’Almost Human ne parviennent pas à accrocher la rétine et ont même plutôt tendance à la faire fuir, et que l’histoire est on ne peut plus basique et pas franchement aidée par d’atroces longueurs (le dernier acte est d’un lent!) ou des acteurs aux capacités aléatoires (si Skipper, sorte de version dépressive de Daniel Radcliffe, est convaincant, Vanessa Leigh est pour sa part translucide en premier rôle féminin), on a donc tôt fait de décrocher. A la torpeur de gagner du terrain dès lors, et il faudra attendre la seule idée réellement audacieuse et trashouille pour que l’intérêt naisse enfin en nous. Soit cette scène voyant Mark sortir une sorte de trompe dégueulasse de sa bouche et la coller sur le vagin de son ex-petite amie, l’inséminant de la manière la plus dégueulasse qui soit. Begos, en bon horror geek qu’il est, connaît donc bien ses classiques et balance quelques relents du troublant Xtro (le retour d’un être aimé mais désormais un peu trop zarbi) et du très bis Inseminoid (les E.T. qui veulent mettre en cloque des nénettes). Mais bon, à un ou deux plans gore près et si ce n’est quelques idées visuelles vaguement dérangeantes (les cocons dans lesquels se retrouvent les humains), Almost Human ne propose rien de plus que ses illustres prédécesseurs. Et c’est fort logiquement que personne ne vous en tiendra rigueur si d’aventure vous décidiez d’en rester à ceux-ci… Dommage, on avait tellement envie d’aimer.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Joe Begos
  • Scénarisation : Joe Begos
  • Production : Joe Begos, Josh Ethier, Anthony Ambrosino
  • Pays : USA
  • Acteurs : Graham Skipper, Josh Ethier, Vanessa Leigh, Susan T. Travers
  • Année : 2013

4 comments to Almost Human

  • Roggy  says:

    Dommage en effet, ça a l’air assez mou alors qu’il me tentait bien…

  • Mighty Matt  says:

    Vu à l’époque en festoche et j’ai souvenir que le film ne m’avait vraiment pas laissé un super souvenir. Une coquille vide dont je n’avais rien retenu et qui ne racontait pas grand chose. Le seul souvenir que j’ai en fait, c’est d’attendre que le film décolle… Dommage, l’affiche était classe !

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