Les Expériences Erotiques de Frankenstein

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Il faut croire que le bon Frankenstein ne pouvait plus se contenter de sa célèbre fiancée, car le voilà, sous l’impulsion d’un Jess Franco plus déjanté que jamais, en train de s’adonner à de bien jolies expériences érotiques. Créature au teint d’aluminium, femme-oiseau aveugle, docteur revenu d’entre les morts, génie du mal immortel et cheptel de zombies caché dans une crypte : c’est La Maldicion de Frankenstein et croyez-nous, c’est de la bonne.

 

De l’aveu même de Jess Franco, sa petite visite dans le laboratoire du mythique baron Frankenstein matérialise ses besoins de s’offrir une récréation bien méritée. Un défouloir nécessaire à notre auteur, qui gardait un souvenir difficile du tournage des Nuits de Dracula avec Christopher Lee, adaptation cinématographique se voulant aussi fidèle que possible au roman de Bram Stoker et lors de laquelle il ne put donc jamais lâcher la bride à son imagination, toujours à deux doigts du débordement. Puisqu’il se sentait trop à l’étroit dans le castel de Stoker et de son comte aux vives ratiches, le voilà donc parti dans l’arrière-boutique de Mary Shelley pour y retrouver son Baron Frankenstein, et surtout pour y faire ce que lui dictent un coeur de fantasticophile et un cerveau en ébullition. Naîtront donc au début des seventies Dracula prisonnier de Frankenstein et Les Expériences Erotiques de Frankenstein, le premier n’étant pour Franco qu’un essai n’allant pas encore assez loin dans la folie spontanée, qu’atteignit finalement Les Expériences… Une toute petite Série B, quasiment Z, totalement « baroque et dingue » comme la décrit fort justement son auteur, parti s’abreuver dans ses souvenirs d’enfance, passée dans les cinémas de quartier à contempler les exactions des années 40 de monstres issus du bestiaire de la Universal, alors tous en train de se cogner sur le museau via des crossovers hauts en couleurs, malgré l’utilisation du monochrome de rigueur. De véritables carnavals où se tiraient la bourre vampires, loup-garous, êtres à la double personnalité faisant office de vagues cousins du Dr. Jekyll et de son vil comparse Mr. Hyde, bossus et bien évidemment la fameuse création verdâtre de Frankenstein. Un cirque des freaks voué à imprimer durablement le cortex du petit Jesús Franco Manera, qui se souviendra de ce mélange des mythes horrifiques lorsque vint le moment de se faire plaisir avec ses deux Frankenstein. Et pour se laisser aller, l’ami Jess s’est laissé aller…

 

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On le sait, il n’arrive jamais que des ennuis au pauvre Dr. Frankenstein qui, lorsqu’il ne voit pas sa créature se retourner contre lui, reçoit de sinistres visites… Alors que le baron (incarné par Dennis Price) et son assistant mutique (Franco himself) viennent à peine de serrer les derniers boulons de leur colossal monstre, qui a ici la peau argentée pour on ne sait trop quelle raison, voilà que viennent frapper à sa porte les deux sbires du cruel et immortel Cagliostro (Howard Vernon, bien sûr). Pourquoi veut-il s’emparer de la sinistre création de Frankenstein, d’ailleurs, cet homme qui revient à la vie siècle après siècle dans le seul but d’emmerder son monde ? D’une part parce qu’il compte bien s’en servir pour kidnapper des vierges avec lesquelles il s’amusera lors des longues nuits d’été. D’une autre parce que les demoiselles virginales en question pourront être démontées et remontées par la suite pour donner naissance à une sorte de femme parfaite, qui compilera les plus beaux membres de chaque demoiselle. Et si il peut faire s’accoupler la bestiole de Frankenstein avec celle qu’il projette de construire pour créer une race de sur-hommes, pourquoi se priver ? Ses assassins se rendent donc chez le pauvre Frankie et le tuent, lui et son adjoint de peu de mots. Et les sagouins – un homme de main au visage buriné ressemblant un peu à un sosie de Johnny (Luis Barboo, trogne habituelle du cinéma bis) et une femme-oiseau aveugle nommée Melissa (la belle Anne Libert) que Cagliostro enfanta en mélangeant sa semence à un œuf (on l’a tous fait) – de repartir avec le titan d’argent jusqu’au château de Varnas, où séjourne l’éternel félon…

 

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Bien entendu, les autorités commencent à se poser des questions, surtout lorsque disparaissent quelques jolies jeunes filles, Cagliostro ayant débuté sa collecte de chair fraîche pour ses expérimentations. Si l’inspecteur Tanner (Daniel White) n’a rien du fin limier, le Dr. Seward (Alberto Dalbes) et la fille de Frankenstein (Beatriz Savón) comptent bien élucider ce drôle de mystère. Aussi maligne que son cher papa, Vera Frankenstein va déterrer son paternel et court l’attacher dans son laboratoire, qui tient plus de ceux d’Ed Wood que ceux de la NASA, et lui branche quelques électrodes et joue du magnétisme pour réveiller sa matière grise, pas encore tout à fait morte. Franco réveillera d’ailleurs Dennis Price toutes les dix minutes, un peu pour justifier la présence du comédien à l’affiche puisque celui-ci se faisait tuer dès les cinq premières minutes du film. Et beaucoup pour faire avancer l’intrigue, puisque c’est ce Frankenstein décédé que l’on verra apporter toutes les clés de l’énigme Cagliostro, Price devenant malgré lui un narrateur d’outre-tombe. Pas une mauvaise idée cela dit, et une belle manière de précipiter un peu le scénario tout en gardant un pied bien enfoncé dans le fantastique. Reste que si Vera sait désormais à qui elle à affaire, elle n’en sera pas moins prise par surprise par Cagliostro, qui la fait enlever et la contrôle mentalement, se servant de son savoir pour mieux manipuler le monstre de Frankenstein et en créer un nouveau, plus sexy puisqu’en partie bâti sur les courbes de Britt Nichols. Tant qu’à faire… Une fois sa bimbo construite de A à Z, Cagliostro organise fort logiquement une petite sauterie lors de laquelle sa femme parfaite devra s’accoupler avec le monstre, le tout devant une secte faite de zombies et de freaks aux oreilles de lutin. Oui, il ne manquait plus que ça à la fête. Bien entendu, ce serait trop beau si tout se passait comme prévu, et notre génie malfaisant a oublié que les créatures de Frankenstein ont la fâcheuse tendance à se retourner contre leur maître…

 

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Sacrée histoire que celle des Expériences Erotiques de Frankenstein, trip quasiment hallucinogène… et sans conteste l’une des meilleures œuvres de Franco et du bis européen tout entier. Comment résister d’ailleurs à pareille ménagerie, où se croisent gourou maléfique, mastodonte rapiécé de toutes parts, harpie mangeuse d’hommes et une horde de morts-vivants si mal foutus que l’on devine que leurs masques proviennent du premier magasin de farces et attrapes venu ? Oui, c’est fauché au possible, mais c’est là aussi le prix de la liberté, celle d’un Franco gardant ses attributs habituels (décors splendides et déjà vus dans ses films précédents, zooms réguliers sur les foufounes poilues de ses actrices) mais lâchant pendant un temps son rôle de faiseur de bisseries érotiques branchées free jazz pour un pur serial d’épouvante, à la rythmique imparable. Avec ses 75 minutes au compteur (un peu plus pour la version espagnole, garnie d’une Lina Romay toujours bienvenue), Les Expériences Erotiques peut se vanter de passer d’une traite, sans que ne pointe la tentation d’accélérer la machine : il se passe toujours quelque-chose de fou dans la forteresse de Varnas, que l’on parle de la punition tordue qu’inflige Cagliostro à son décevant servant, précipité sur des pointes de fer, ou des repas que s’offre Melissa, partie grignoter des hommes enchaînés tout en hurlant comme un vautour. Sacré personnage d’ailleurs que le sien, peut-être le plus beau jamais sorti de la dimension Franco : constamment nue, décorée de quelques plumes vertes ici et là, les mains griffues, elle fait une incarnation diablement séduisante du Mal dans ce qu’il a de plus animal. Anne Libert fait ici des merveilles, parvenant à éclipser un Howard Vernon pourtant très bien dans son rôle d’entité méphistophélique ne craignant pas même le baiser acéré de la Grande Faucheuse.

 

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On ne remerciera donc jamais assez Artus Films d’avoir remis dans le commerce cette véritable pépite amassant tout ce qu’on aime : des monstres, des bêtes mythiques, des légendes improbables, des jolies jeunes filles parfois en cage (un petit clin d’oeil aux Women in Prison passés de Franco ? ) et des paysages à faire chialer une carte postale. Comme pour La Fille de Dracula et Les Démons, Les Expériences Erotiques de Frankenstein bénéficie de la HD via un Blu-Ray aux excellents bonus. Que l’on parle de l’ajout de la version espagnole, pour les fans désireux de croiser Lina Romay et de profiter d’un final un peu moins incompréhensible (la femme de Franco y est en effet présentée comme la mère-porteuse de Cagliostro, et donc le ventre dans lequel il se réincarnera), ou des deux belles entrevues avec Alain Petit. Si le premier lui permet comme de juste de revenir sur le film et en analyser casting et origines, le second concentré sur Robert De Nesle est sans doute plus intéressant puisque dressant un portrait sincère du producteur, tout en revenant sur les sorts parfois peu enviables de toutes ces bandes d’exploitation passant de propriétaires en propriétaires. Une sortie indispensable de chez Artus, donc, une de plus.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénarisation : Jess Franco
  • Production : Robert De Nesle
  • Pays : France, Espagne
  • Titre original : La maldición de Frankenstein
  • Acteurs : Howard Vernon, Anne Libert, Dennis Price, Alberto Dalbés
  • Année : 1973

 

4 comments to Les Expériences Erotiques de Frankenstein

  • Princécranoir  says:

    ça faisait une paye que je n’étais pas descendu à la cave et je me retrouve nez à nez dans un laboratoire d’expériences érotiques vendu comme un Franco majuscule ! Le bonheur ça tient vraiment à peu de choses. Grand merci au taulier.

  • Roggy  says:

    Je fréquente régulièrement la crypte. Je confirme que les donzelles, le papier peint et le taulier chevelu n’ont pas changés 🙂

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