Waxwork

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Déjà allés chez Madame Tussauds ? Vous devriez, le plus célèbre des musées de cire réservant aux horror-addicts comme nous une salle qui revisite la douce époque de l’inquisition, quand la hache ne servait pas qu’à couper le bois. Si vous ne pouvez pas faire le voyage, il vous reste toujours la solution Waxwork, moins tangible mais bien plus fun. Mais veillez à bien rester derrière la ligne…

 

Le chemin d’Anthony Hickox était tout tracé et pavé du sang qui jaillit des scènes gores qu’il met en scène en tant que réalisateur de série B horrifiques. Mais pouvait-il en être autrement ? Pas pour le fils de Douglas Hickox, metteur en scène dont le travail le plus connu est Théâtre de Sang avec le grand Vincent Price, un homme qui laissait son gamin se balader sur les plateaux. Un gosse nourri aux films de la Hammer et qui désirera très vite tourner la manivelle à son tour pour graver sur pellicule quelques moments de terreur. Une vocation qu’il décide de prendre en main à vingt-quatre ans, quittant son Londres natal qui n’est plus très intéressé par les productions horrifiques depuis une bonne dizaine d’année pour Hollywood, la ville où tout est possible. Et après quelques moments de galère, Hickox se voit offrir une demande de scénario par un producteur en difficulté, chercheur d’un script vite écrit et qui pourrait être réalisé rapidement pour pas grand-chose. Aussitôt dit, aussitôt fait, le jeune Anthony n’ayant pas à aller chercher très loin pour trouver l’inspiration, sa jeunesse passée devant moult horreurs lui suffisant parfaitement. Cet amoureux du genre était certainement désireux de réaliser un film de chaque style, de s’offrir ses Le Cauchemar de Dracula, La Nuit des Morts-Vivants, La Malédiction des Pharaons, Frankenstein ou Le Loup-garou à lui. Un projet difficile à réaliser, à moins de s’appeler Terrence Fisher, alors comment faire ? Tout simplement en plaçant tous ces monstres mythiques en un seul et même lieu. Et quoi de mieux qu’un musée de cire pour réunir tout le monde sans que cela soit tiré par les cheveux ?

 

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Waxwork débute comme de nombreux films d’horreur de l’époque: avec une bande de jeunes pas très finauds, dont les filles sont invitées à passer la soirée dans un musée de cire à la condition que la bande vienne à six. N’ayant visiblement rien de mieux à faire ce soir-là, ils acceptent et se retrouvent donc accueillis par un nain à la voix stridente et un grand gaillard cadavérique qui semble échappé de la famille Addams. L’ambiance est placée et il est assez clair que quelque-chose ne tourne pas rond en ces lieux, véritable musée des horreurs. Car toutes les statues de cire représentent les plus grands monstres du cinéma horrifique, tenus à l’écart par la corde servant de barrière entre les personnages de cire et les visiteurs. Mais nos jeunes amis, trop curieux, décident tout de même de s’approcher, ce qui a pour effet immédiat de les transporter dans un tableau nettement plus tangible. Désormais dans des mondes imaginaires, rien ne pourra les protéger des attaques des momies, vampires ou zombies… Le seul à se rendre compte que quelque-chose cloche dans ce fameux musée est le riche Mark Loftmore, qui commence à s’inquiéter de la disparition de ses amis et va mener son enquête sur le maître des lieux, un vieil homme qui aurait passé un pacte avec le diable…

 

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Les musées de cire ont souvent inspiré le cinéma horrifique et ce dès 1933 avec Le Mystère du Musée de Cire avec Lionel Atwill. Suivront L’Homme au Masque de Cire, Le Moulin des Supplices, La Maison qui Tue, Terror in the Wax Museum, Le Masque de Cire ou le plus récent House of Wax. Chaque décennie possède donc son tour de train fantôme tâché de cire, un sous-genre solide qui permet de varier les décors, et donc les frissons. Hickox l’a parfaitement compris et se sert donc de Waxwork comme d’un film à sketchs, envoyant ses délurés adolescents dans des tableaux qui permettront au réalisateur de s’offrir ses versions personnelles de la plupart des mythes de l’horreur et de leur rendre un vibrant hommage. Si l’on peut voir Jack l’éventreur, l’homme invisible, la créature de Frankenstein, le fantôme de l’opéra, un extra-terrestre ou même une plante carnivore qui tient autant de L’invasion des profanateurs de sépulture que de La Petite boutique des horreurs, c’est surtout les vampires, les zombies, la momie, le loup-garou et le Marquis de Sade qui sont mis à l’honneur. Ce dernier permet d’ailleurs à Hickox de donner à sa série B un parfum d’interdit en souillant l’image de la plus sage de ses ados. Ils sont tous plus ou moins fripons et, si ce n’est pas clairement expliqué, on comprend qu’ils ne sont pas contre quelques vices nocturnes. Tous à l’exception de la petite Sarah (Deborah Foreman, que l’on reverra dans L’Homme-Homard Venu de Mars, qui réunit une bonne partie de l’équipe de Waxwork, à commencer par Hickox en tant qu’acteur), qui ne semble pas sûre de vouloir s’envoyer à l’air, cherchant visiblement autre-chose sans trop savoir quoi. En habitué des slashers ou c’est la plus prude qui survit, on se dit que ce qu’elle cherche, c’est l’amour. C’est qu’on ne nous la fait plus, depuis le temps… Mais Hickox est un malin et retourne complètement le personnage en l’envoyant dans les griffes du sadique marquis qui va lui faire découvrir le plaisir du fouet. Et l’évidence nous tombe sur le coin de la gueule: ce que recherchait la petite, c’était la douleur ! Un retournement de situation assez inattendu et un brin dérangeant qui est particulièrement bien vu et fait son petit effet…

 

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Mais ne vous y trompez pas, si cette scène, sans doute celle qui contient le plus de tension de tout le film, laisse penser que nous sommes tombés dans une petite bande tout ce qu’il y a de plus sérieuse, le reste du métrage n’est pas du même moule. Hickox est visiblement là pour s’amuser et va faire tout son possible pour que ce soit également le cas des spectateurs. Il va bien sûr leur proposer quelques plats bien gores, comme un gus déchiré en deux par un loup-garou ou un crâne écrasé par le lourd pied d’une momie (un emprunt aux Maléfices de la Momie de la Hammer ?), mais également un bon nombre de gags. Le nain qui semble gonflé à l’hélium est déjà une source de sourire mais le réalisateur nous balance aussi quelques scènes purement comiques, comme celle de ce pauvre homme attaché sur une table, gravement blessé puisqu’une de ses jambes n’a plus de chair (dégustée plus tôt lors d’un repas de vampires), et qui va subir les mille et unes maladresse de l’ado censée le sauver. Un vrai slapstick qui continue avec des vampires qui sont transpercées par des bouteilles de champagnes dont les bouchons sautent à travers elles ! La version française en rajoute une couche en, accentuant encore un peu le comique de la situation, notamment lorsqu’il s’agit d’un professeur d’allemand à l’accent tranchant comme un hachoir… Une VF que vous ne pourrez pas éviter puisque le DVD édité par Metropolitan ne vous laisse pas le choix. Une pilule qui aurait pu passer s’ils avaient proposé le deuxième film avec, Waxwork 2: Lost in Time, ce qui n’est bien entendu pas le cas. Mais bon, soyons déjà heureux d’avoir le film, resté inédit en rondelle pendant un sacré bout de temps…

 

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Waxwork n’est pas une grosse production, coutant un million et demi (et n’ayant rapporté que 800 000 dollars, aie…), ce qui ne l’handicape pas pendant une bonne partie du film, qui jouit d’effet satisfaisants. Ce n’est pas du Rob Bottin et du Rick Baker, cela se sent surtout lors de l’attaque de l’homme-loup (qui est plutôt un lapin-garou, d’ailleurs), mais le job est fait. On appréciera surtout des décors bien foutus, volontairement clichés, et qui nous permettent d’avoir une scène de momie comme on aimerait en voir plus souvent. Rien que pour elle, ce premier film d’Hickox vaut le coup, les amateurs de bandages sales ayant là l’une des plus sympathiques représentations du monstre égyptien. Là où le film a souffert de ses limites budgétaires, c’est pour le climax. Alors qu’il était en plein tournage, Hickox eut droit à la visite de ses producteurs et financiers qui l’ont informé qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses et que le tournage devait s’arrêter au plus vite. Problématique quand on sait qu’il manque quelques scènes, dont le final du film ! Hickox fait donc ce qu’il peut pour boucler Waxwork dignement, à savoir en faisant se bastonner tout le monde dans le musée. Un joli bordel qui passe plutôt bien à l’écran et qui réserve tout de même de jolis moments, comme la mort de Dracula, et qui colle plutôt bien avec l’ambiance générale, assez bon enfant.

 

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Pour une première incursion dans le milieu du cinéma, Hickox aurait donc pu faire bien pire, son Waxwork étant franchement sympathique, un vrai modèle de série B. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire se situe au niveau du scénario, le passage sur la sorcellerie étant un brin trop occulte et pas forcément nécessaire car n’apportant pas grand-chose si ce n’est des explications un peu faciles. Mais pour le reste, il n’y a rien à reprocher au musée de cire, qui a quelques visiteurs habitués du genre, comme Zach Galligan, héros des Gremlins, qui fait un héros énervé plutôt convaincant. Nous croisons aussi David Warner (C’était Demain, La Malédiction, Les Tortues Ninja 2, L’Antre de la Folie, Scream 2, la liste est infinie), Patrick Macnee (Hurlements), Miles O’Keeffe (le Ator d’Ator l’Invicinble de Joe d’Amato !) et même John Rhys-Davies, le Gimli du Seigneur des Anneaux, cette fois dans un petit rôle de loup-garou ! Du beau monde, qui continue de rendre super sympa ce petit film bien des années 80 (et c’est clairement un compliment). Et puis, comment ne pas aimer un film qui se finit sur un hommage à la Hammer, Romero, Argento, Joe Dante, Tobe Hooper et bien d’autres ? Impossible ! Dommage que ce brave Hickox soit désormais plus ou moins tricard à Hollywood suite à ses déconvenues avec un certain Steven Seagal…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Anthony Hickox
  • Scénario : Anthony Hickox
  • Production : Staffan Ahrenberg
  • Pays: USA
  • Acteurs: Zach Calligan, Deborah Foreman, David Warner, Patrick Macnee, Miles O’Keefe
  • Année: 1988

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