Les Bêtes Féroces Attaquent !

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Peut-être lassée de servir de bétail ou de simple amusement pour les plus petits au zoo ou au cirque, la faune se réveille et décide de renverser la chaîne alimentaire dans Les Bêtes Féroces attaquent ! Une bisserie ritale comme on n’en fait plus – et comme on ne pourrait plus en faire – permettant à l’auteur de Mondo Cane de ramener la savanes dans les cités.  

 

On pensera ce que l’on veut du gaillard, n’empêche que Franco Prosperi fait partie des courageux, et plutôt doublement qui plus est. D’une part parce qu’il faut en avoir une sacrée paire dans le slibard pour revenir à la réalisation lorsque l’on a fait partie, dans les seventies, des cinéastes les plus méprisés de sa génération pour avoir activement participé à la création du mondo movie. D’une autre parce qu’avec Les Bêtes Féroces attaquent (1984), Prosperi ne se lance pas dans une première œuvre de fiction de tout repos, celle-ci misant tout ou presque sur la présence de véritables animaux, passant pour meurtriers, sur le plateau. Vous savez ce qu’on dit : pour un metteur en scène, il n’y a rien de plus emmerdant à gérer que la neige, les enfants et nos amies les bêtes. Pas de flocons en vue dans Wild Beasts, mais quelques marmots coincés dans leur école de danse quand même, et bien évidemment la moitié d’un zoo qui se retrouve sur les trottoirs, avec guépards galopant derrière les automobilistes affolés, lions faisant du méchouis de quelques gardiens de nuits, ours polaires rabattant leurs blanches papattes sur les maîtresses d’école et rongeurs s’immisçant dans l’intimité d’un siège arrière où se tripotent des adolescents… Et on ne cause là que de ce que l’on trouve dans le script et à l’écran, car en coulisse ça fout bien le boxon aussi, avec un tigre s’enfuyant dans les rames les plus sombres du métro de Rome et une poignée d’éléphants multipliant les incidents dans un aéroport. Pas le choix, à dire vrai, les différents effets spéciaux permettant des animatroniques des félins et autres démons poilus étant hors d’atteinte pour une Série B italienne. Quant aux CGI, ils ne sont encore qu’une vague utopie en ce début des eighties

 

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Un mal pour un bien, et des complications pour un résultat plutôt unique, Wild Beasts gagnant énormément en crédibilité de par l’utilisation d’êtres vivants en lieu et place de têtes empaillées ou chaussettes déguisées en éléphants. Bien sûr que Prosperi a recours à de fausses têtes de félins lors des gros plans montrant ses figurants se faire bouffer la gueule, mais ils se font plutôt rare et dès que pointe une possibilité de montrer les animaux, on la saisit. Difficilement pensable de nos jours, car foutrement dangereux, et Prosperi fut d’ailleurs forcé d’aller tourner dans des pays considérés comme moins regardants. Mais pas sans quelques turbulences : ainsi, une fois en Rhodésie, il devra faire face à un soulèvement, sa réputation ne plaisant pas (et selon ses dires, des terroristes qui débarquèrent non loin les forcèrent aussi à plier bagages). Rebelote en Afrique du Sud, où le concepteur de Mondo Cane est particulièrement mal vu… Les Bêtes Féroces attaquent souffrira d’ailleurs de l’aura sulfureuse de son créateur, alors qu’il n’est pourtant nullement question de documentaire dégueulasse où ça bouffe de l’humain et sectionne des clitoris, même si en bon bonhomme engagé qu’il est, le Franco en profite pour y aller de sa petite critique de la société. Film quasiment écolo, Belve Feroci débute en montrant les eaux contaminées d’une ville d’Europe jamais nommée (mais l’intrigue se déroule clairement à Francfort), salies par la crasse et une drogue que l’on nous présente comme omniprésente, des seringues étant visibles un peu partout. Et qui va tremper ses gencives dans la flotte viciée ? Les bêtes en cage du zoo local, bien sûr ! Un zoo qui subit au même moment une panne, toutes les barrières électroniques s’ouvrant et laissant les plus dangereux spécimens s’échapper en ville. Y a des jours comme ça… Pas de la grande scénarisation, et tout le script est finalement résumé au dos de la jaquette, mais un pitch bien suffisant pour y aller de son petit animal attack au rythme jamais pris en défaut.

 

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Certes, ça bavasse un peu dans le vide et ça jacte pour ne pas dire grand-chose et permettre à Prosperi de jouer la montre, mais on ne peut pas dire que l’on s’emmerde. Les attaques sont souvent gore (ah, ce corps déchiqueté par les rongeurs!), parfois impressionnantes (le crash de l’avion suite à la rencontre avec les cousins de Dumbo) et Prosperi sait plutôt y faire avec sa caméra, emballant quelques belles séquences. Bien foutue, cette attaque dans le noir du tigre dans le métro, tout comme cette course entre un guépard et une conductrice paniquée, qui finira par être dévisagée suite à un accident que le Luc Besson de Taxi n’aurait pas renié. Ca envoie la sauce, donc, au point que l’on en oublie que le casting ne met absolument aucun coeur à l’ouvrage. Passe encore pour le héros moustachu qu’est John Aldrich, faux comédien mais vrai dompteur engagé pour son rapport aux animaux. Plus difficile à avaler concernant la véritablement comédienne Lorraine de Selle (Cannibal Ferox, La Maison au Fond du Parc), affligeante de nullité et amorphe au possible dans Wild Beasts. Pas bien meilleur non plus ce peu concerné Ugo Bologna (L’Avion de l’Apocalypse), qui passe tout son temps à grignoter des chips plus qu’à s’agiter pour limiter le chaos… De quoi tirer vers le bas un film qui n’atteint dès lors jamais le niveau de gravité qu’exigeait pourtant pareille situation, l’ensemble ne s’envolant jamais vers un sommet de tension, où le danger est palpable, puisque les personnages au premier plan semblent eux-mêmes se foutre de ce qu’il se passe. De quoi limiter également la portée d’un final noir de chez noir (et attention, ça va spoiler), transférant le virus de la folie aux enfants, dès lors munis de lames et désireux de s’adonner à des jeux dangereux avec les adultes. Flippant et dérangeant dans les faits, nettement moins réussi dans nos lucarnes à cause d’une de Selle pas crédible un seul instant en maman vaguement pétrifiée par la peur. (Fin des spoilers)

 

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Pas bien grave tant le résultat s’apprécie de toute façon pour ce qu’il est : un bis dynamique et foutrement généreux, se présentant comme l’un des meilleurs avatars d’un genre voyant la nature se rebeller et retourner la claque qu’elle se prend trop souvent sur le museau. Et parfois de Prosperi lui-même, d’ailleurs… S’il s’en défend (en interviews et via un panneau assurant qu’aucun copain poilu ne fut maltraité durant le tournage), il paraît évident que Wild Beasts ne fut pas une partie de plaisir pour tous les animaux conviés à la fête, quelques rats se retrouvant brûlés au lance-flammes, tandis qu’un zébu se voit offrir un massage pas très relaxant par un jaguar et qu’un pauvre cochon se fait tirer les oreilles par une hyène. Certain qu’ils n’ont pas demandé une deuxième prise. Quant au chat envahi par les rats, il ne semble pas apprécier l’expérience outre mesure… Bref, c’est une production italienne de l’époque gore quoi, et on sait que les ritals n’ont pas toujours fait preuve d’une grande éthique en la matière. Et c’est du Prosperi, toujours englué dans ses habitudes du mondo, preuve en est ces plans voyant une tête de cheval se faire trancher en deux par un hachoir pour ensuite partir nourrir les fauves. On a vu pire, c’est vrai, et on est quand même pas assis face à de la soupe de tortues de la marque Deodato, mais tout cela reste moralement plus que discutable. Tout comme ce plan, il est vrai hâtif, sur la poitrine d’une gamine de même pas dix ans… que Luc Besson n’aurait peut-être pas renié non plus, tiens. Un peu limite tout ça, Mr. Prosperi, et on en vient à espérer que l’histoire voulant qu’un éléphant vous ait marché sur le pied soit vraie.

 

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N’empêche que le spectacle est au rendez-vous et que les nostalgiques de l’âge d’or du cinoche bis européen auront ici une petite bande trashy et fort bien foutue. Comme c’est Ecstasy of Films qui s’occupe de la sortie du métrage par chez nous et que l’éditeur n’est pas connu pour se foirer, on sait par avance que l’édition sera à la hauteur des attentes. Et elle l’est, avec une belle édition Blu-Ray, un excellent livret de Sébastien Gayraud sur le film et les mondo, et une flopée de bonus réveillant de nombreuses personnalités liées à ces fameuses bêtes féroces. Prosperi bien sûr, qui raconte en long et large la mésaventure du tigre dans le métro, mais aussi l’acteur Tony di Leo, le dompteur Carlo Tiberti, le faiseur de sfx Maurizio Trani, l’auteur et historien des affiches de cinoche Stanislas Choko et donc un Gayraud de retour en vidéo, qui donne un avis franc et honnête sur le présent métrage. Pour le collectionneur de bobines italiennes, c’est bien évidemment un must have !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Franco Prosperi
  • Scénarisation : Franco Prosperi
  • Production : Frederico Prosperi
  • Pays : Italie
  • Titre original : Wild Beast – Belve Feroci
  • Acteurs : John Aldritch, Lorrain de Selle, Ugo Bologna, Louisa Lloyd
  • Année : 1984

 

 

 

4 comments to Les Bêtes Féroces Attaquent !

  • Mr Vladdy  says:

    Je dois avouer que la plupart des films que tu évoques, je n’en avais jamais entendu parler. Pourtant, ça m’intrigue du coup je me posais une question. Comment fait tu pour les voir ? Téléchargement ? Dvd ? Télévision ? Sur le papier, je me laisserais bien tenter par certains de ses films et sachant que je ne télécharge pas, je me dis que tu as peut-être une chaîne ou une boutique à me conseiller 😉

  • Mr Vladdy  says:

    Ok donc en gros pour ce genre de films, il faut lmieux aller directement sur le site des éditeurs qui les distribue pour pouvoir les trouver. Merci pour les adresses je prends notes 😉

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