And Now the Screaming Starts !

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Pour la pauvre Stephanie Beacham, c’est un peu « Famille je vous hais », surtout lorsque la Scream Queen anglaise découvre que la tribu de son époux cache de bien sinistres secrets. Et même quelques fantômes dans les placards, tiens !

 

Attention, spoilers inside!

 

Et si le principal problème de la Amicus, cet éternel menhir dans la pantoufle qui l’empêchait de courir aussi vite que son concurrent Hammer, était un manque flagrant d’ambition ? Une incapacité à déployer des récits mémorables et dramatiques hantant longtemps le spectateur, comme savaient si bien le faire leurs rivaux totalement marteaux ? Comparez donc le plaisant mais peu mémorable The Beast Must Die avec l’incroyable La Nuit du Loup-Garou et vous prendrez la mesure du fossé dramaturgique séparant les deux studios… On comprend dès lors que la Amicus concentrait ses efforts sur des œuvres omnibus tirant, en effet, le meilleur de sa capacité à démouler des historiettes percutantes, vendues sur leurs postulats de base plutôt que sur la psychologie des personnages que l’on y croise. En résumé, la Amicus était le pendant direct de la Hammer, une version épurée visant la jugulaire et obtenant par la même occasion un aspect confortable, mais peinant à distribuer des odyssées véritablement mémorables… Bonne nouvelle, avec And now the Screaming Starts !, cette petite entreprise cinématographique ajoute à son catalogue un long-métrage dénué de sketchs et capable de faire la nique à bon nombre de pelloches hammeriennes

 

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Se faire passer la bague au doigt ne doit jamais être une décision prise à la légère, surtout lorsque cela revient quasiment à se retrouver avec la corde au cou. Prenez Catherine (Stephanie Dracula 73 Beacham) par exemple, qui quitte le brouhaha londonien pour le chant des oiseaux à la campagne en compagnie de son jeune époux, Sir Charles Fengriffen (Ian Le Grand Inquisiteur Ogilvy), et se retrouve au milieu d’une sinistre histoire de malédiction familiale. Ce dont Catherine se rendra d’ailleurs compte dès son entrée dans la demeure, alors qu’une main ensanglantée semble sortir du tableau du défunt Henry Fengriffen (Herbert La Marque du Diable Lom), grand-père au passé trouble de Charles. Que la mimine fasse coucou à travers une peinture, passe encore, mais qu’elle vienne se poser sur la bouche de la jeune mariée dans son sommeil et l’empêche de crier alors que certains attouchements spectraux semblent consommés, c’est bien évidemment inacceptable. A deux doigts de chuter dans la folie pure, Stephanie se voit contrainte de se reposer sur le Dr. Pope (Peter Cushing), spécialiste venu enquêter sur l’étrange micmac entourant l’arbre généalogique des Fengriffen, visiblement liés à un bûcheron malsain du nom de Silas (Roger Whitehead), décoré d’une tâche de vin sur la joue. Si ce Jean-Luc Reichman des bois menace Pope et semble tenir Charles dans le creux de sa main, notre enquêteur découvre que c’est parce que sa famille a subi bien des outrages de la part des Fengriffen…

 

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Réalisé par un Roy Ward Baker en grande forme (plans séquences, objectif tourbillonnant dans la demeure, mise en scène dynamique pour un genre plutôt posé comme le gothique), And Now the Screaming Starts ! Déboule bien armé en 1973 : le metteur en scène fait partie des meilleurs artisans de la période, la bande-son composée par Douglas Gamley fait son effet, le scénario est basé sur une nouvelle qui permet dès lors de savoir où on fout les mocassins et le casting réunit quelques fines gâchettes de la comédie (et auquel on rajoute un Patrick Magee au top). Cerise sur le gâteau, en retournant tourner à Oakley Court, Baker s’assure un décorum parfait pour sa petite descente gothique, les lieux étant d’ailleurs prisés puisque Les Maîtresses de Dracula, La Femme Reptile et L’Invasion des Morts-Vivants ont tous été shootés sur place. Tout est donc réuni pour faire de cette symphonie de cris un petit classique de l’horreur aux cimetières brumeux, qui répondent bien évidemment présents, scène d’exhumation de squelettes rongés par les vers à l’appui. Ce n’est pourtant pas à ce défilé d’avantages que And Now… devra son entrée dans le club archi-select des bobines capables de tenir tête aux essais de la Hammer, mais bien à son incroyable cruauté et à son refus d’apporter la moindre éclaircie sur le clan des Fengriffen. Aussi noir qu’on pouvait l’être thématiquement à cette période, le boulot ici fait par le bon Roy traite donc des visites nocturnes reçues par une pauvre demoiselle et des viols qui s’en suivent, sans que cela chagrine réellement son entourage, bien au courant de la lugubre légende des Fengriffen mais trop effrayé pour oser la mettre au courant de ce qui lui arrive. En découle d’ailleurs une étrange sensation, celle que finalement ce n’est pas cet ectoplasme pervers et vengeur la véritable cause des soucis de la belle Catherine, mais bien la loi du silence instaurée chez les Fengriffen, incapables de reconnaître leurs erreurs passées et préférant maintenir leur réputation au prix de la santé mentale de la mère de leurs futurs enfants.

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Et les erreurs passées ne sont pas rien, d’ailleurs, puisque l’ancêtre Henry, noble dévergondé organisant beuveries et orgies dans son manoir décida un soir d’aller violer la femme de l’un de ses serviteurs. Bien évidemment mécontent, ce dernier se rebellera et sortira de la rixe avec une main tranchée… On peut dès lors comprendre que le mauvais œil fut lancé sur son salopard de maître, incarné par un Herbert Lom excellent dans le rôle de cet homme enchaînant les pires atrocités avec un sourire en coin, espérant presque des remerciements en échange de l’agression sexuelle faite sur la femme du bûcheron. Pas de quoi rire donc, et un bon exemple du ton résolument ténébreux ici adopté, de la volonté de rendre le spectateur mal enfoncé dans son fauteuil en déroulant sous ses yeux un drame humain des plus crapuleux. Rape and revenge d’outre tombe, And Now The Screaming Starts ! laisse donc un arrière-goût sur la langue, d’autant que son final, très EC Comics dans l’esprit, vient en rajouter une couche dans le macabre et le désespoir. Parfois coupable de dégainer des divertissements on ne peut plus appréciables mais oubliés aussi vite qu’ils ont été visionnés, la Amicus décoche ici une sacrée flèche et prouve que lorsqu’elle s’y mettait sérieusement, elle pouvait proposer de quoi faire trembler la Hammer et son bestiaire tout entier.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Roy Ward Baker
  • Scénarisation : Roger Marshall
  • Production : Max Rosenberg, Milton Subotsky
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Stephanie Beacham, Peter Cushing, Ian Ogilvy, Geoffrey Whitehead
  • Année : 1973

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