La Fille de Dracula

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On ne peut plus attaché au vampirisme et aux vilaines bêtes cadavériques que la Universal répandait sur le monde des années 30, Jess Franco se mit en tête au début des seventies d’apporter ses propres versions de certains grands mythes du cinéma d’épouvante. L’occasion de vérifier, avec La Fille de Dracula, si la biquette suce aussi bien que son père.

 

 

Après tout, pourquoi les vampires n’auraient-ils pas, eux aussi, le droit de s’offrir un petit bain de soleil ? Pourquoi ne pourraient-ils pas profiter des stations balnéaires et des après-midi à la plage, à siroter un jus d’ananas tandis que l’écume leur caresse la plante des pieds ? Plus disposé à aller tourner dans des lieux de rêves aux airs de cartes postales plutôt que dans de cauchemardesques et brumeuses forêts, Jess Franco décida donc de déplacer le cercueil du vieux Dracula (Howard Vernon) au Portugal, où sa fille (Britt Nichols) se fait un malin plaisir de traquer la jouvencelle pour pouvoir ramener de jeunes nuques dans le caveau de son cher papounet. Et comme de juste, en découvrant des corps dénudés sur le sable chaud, les autorités s’affolent, l’inspecteur de service (Alberto Dalbés) et un journaliste trop curieux (Fernando Bilbao) décidant de s’intéresser au cas de cette drôle de famille Karlstein, vivant dans une somptueuse villa. Se pourrait-il que… ? Bien sûr qu’il se peut que ! Et Jess Franco, qui fait une fois de plus des allers-retours devant et derrière la caméra, n’essaie pas vraiment de jouer la carte du suspense, l’une des premières séquences de cette Fille de Dracula (1972) dévoilant la splendide Britt en train de reluquer en douce une jolie cocotte dans son bain. Et cette dernière de se faire attaquer dans les secondes qui suivent… Pas la peine d’avoir l’oeil bovin de Maigret ou celui de verre de Columbo pour clore le dossier et avoir envie d’envoyer cette fameuse Luisa Karlstein derrière les barreaux. Jean-François Rauger le dit lui-même dans les bonus de ce combo Blu-Ray/DVD dernièrement édité par Artus Films : Franco semblait savoir qu’au départ des années 70 le public avait vu suffisamment de pelloches fortes en chauves-souris sanguinaires pour qu’il ne soit plus nécessaire de choyer les clichés et ménager des surprises qui n’en sont plus…

 

 

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Difficile de contredire l’invité de ces suppléments, le fameux comte aux longues canines n’étant d’ailleurs plus qu’un simple élément du décor, un banal meuble coincé dans sa crypte et ne jugeant même plus utile de s’extraire de son paletot de bois, pris d’une incroyable flemme et laissant à sa gamine le soin de partir à la chasse pour lui. Ca tombe bien, c’est les pérégrinations de cette dernière qui intéresse Jess, plus que l’idée de filmer une fois encore le légendaire monstre Transylvanien, auquel il a de toute façon offert un Les Nuits de Dracula particulièrement fidèle à l’oeuvre de Bram Stoker deux ans plus tôt. Pas la peine de résumer une intrigue que l’audience connaît sur le bout des doigts à force de suites de la Hammer ou de la Universal, dès lors, et le réalisateur peut se concentrer sur ce qu’il préfère filmer : les déambulations dans des paysages splendides (quelques toiles de fond sont ici partagées avec Une Vierge chez les Morts-Vivants) et les ébats lesbiens. C’est vrai, l’auteur de La Comtesse Perverse se fend de quelques moments de tension rappelant la vague du krimi, voire celle du giallo, avec un mystérieux assaillant portant le trench-coat. Et il y va aussi de sa vague intrigue policière, à laquelle il semble porter autant d’intérêt que l’enquêteur en chef, Dalbés interrogeant certains suspects affalé au fond de son fauteuil, l’oeil morne, comme à moitié endormi. L’ami Jess aurait voulu nous signifier que cette partie de La Fille de Dracula l’ennuie au plus au point qu’il ne s’y serait pas pris autrement…

 

 

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Problème : ce qui le passionne, à savoir zoomer comme un fou furieux sur les chairs que pianotent Britt Nichols et Anne Libert lors de leurs échanges amoureux, alors que Daniel White joue justement du piano deux pièces plus loin, n’est pas forcément ce qui va faire frémir le fan de cinéma fantastique. Et si ces deux séquences où ça se léchouille plus que ça ne suce raviront les amateurs du cinéma de Franco, les autres risquent fort de trouver le temps un peu long lors de ces quelques dix minutes de caresses. Le reste de l’intrigue étant on ne peut plus léger et assez peu généreux en coups de sang (lorsque l’on s’envole pour la crypte des vampires pour leur planter des pieux dans des fronts, c’est en hors-champ), on ne peut donc pas dire que l’on s’entiche de La Fille de Dracula, même si Britt Nichols est absolument splendide et fournit, avec un décorum à tomber, son lot d’intérêts visuels. Nous n’irons néanmoins pas jusqu’à crucifier le film comme certains spectateurs et critiques à sa sortie, car si cette version coquine et ensoleillée du mythe Vlad Tepes n’est jamais qu’une bisserie anecdotique, elle profite d’une jolie bande-son (qu’Alain Petit juge comme vieillotte dans son indispensable Jess Franco ou les Prospérités du Bis, mais par chez nous on préfère encore ça au free jazz des Démons), de la plastique parfaite de ses comédiennes et d’un Jess Franco qui s’offre, une fois n’est pas coutume, un rôle intéressant. Celui du secrétaire des Karlstein, malheureux en amour, louche au possible, mais poète à ses heures lorsqu’il se met à réciter de grandes envolées lyriques d’un autre-monde.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénarisation : Jess Franco
  • Pays : France, Portugal
  • Acteurs : Britt Nichols, Anne Libert, Daniel White, Jess Franco
  • Année : 1972

3 comments to La Fille de Dracula

  • Lemmy from Outer Space  says:

    Intro’ qui déboîte j’ai même pas envie de lire la suite tellement je suis satisfait !

  • Roggy  says:

    Ah oui, belle intro ! et belles photos 🙂

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