Le Masque d’Or

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Tout ce qui brille n’est pas or ? Allez donc dire ça au vieux copain Fu Manchu, parti en 1932 à la recherche du masque et de l’épée de Gengis Khan, reliques qui doivent valoir quelques dollars sur eBay mais via lesquelles il compte surtout contrôler le monde. Que voulez-vous, on est un maître du Mal ou on ne l’est pas…

 

 

 

Ah, si Bela Lugosi avait su… Et avait foutu son égo au vestiaire ! Pour sûr que si on avait prévenu la chauve-souris hongroise que le rôle mutique – et selon lui indigne de son talent –  de la créature de Frankenstein lui ouvrirait autant de portes qu’à son « rival » Boris Karloff, le bon Bela y aurait réfléchi à deux fois, puisque cela lui aurait permis d’incarner le légendaire Fu Manchu en lieu et place de ses cousins maléfiques moins prestigieux comme Mr. Wong. Un mauvais calcul qui permettra à Karloff de prendre une sacrée avance sur lui, et lui offrira donc sur un plateau le rôle titre de The Mask of Fu Manchu, alias Le Masque d’Or, que distribue la MGM en 1932. Pas vraiment la première adaptation de l’oeuvre de Sax Rohmer, déjà passée par les grands écrans depuis une bonne dizaine d’années, mais en tout cas l’une des plus reconnues et plus référencées, présence du vieux Boris oblige. Et aussi un objet filmique particulièrement mal accueilli par la communauté asiatique, le gouvernement chinois et l’ambassade chinoise à Washington critiquant ouvertement le film du britannique Charles Brabin (Raspoutine et l’impératrice, le Ben-Hur de 1925), considéré comme vecteur d’une image guère valorisante pour les pays de l’Est. Rebelote en 1972, avec cette fois le courroux de la ligue des citoyens americano-japonais, tout aussi offensés que les Chinois. Des plaintes fréquentes qui finiront par aboutir à quelques coupes pour la sortie de la pelloche en VHS en 1992, quelques scènes giclant du résultat final, telle celle montrant la cruelle Fah So Lee, fille du fou Manchu, ressentir un orgasme en assistant à la torture d’un homme fouetté à répétition. Au même titre que quelques dialogues un peu délicats, lors desquels Fu Manchu dévoile ses envies d’éradiquer la race blanche et motive des troupes asiatiques qui ne semblent effectivement attendre que ça.

 

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Reste que le but principal n’était certainement pas d’offusquer qui que ce soit avec Le Masque d’Or, Karloff et Myrna Loy (qui incarne sa vilaine fille) étant tous deux d’accord sur le plateau pour incarner leur part à la  manière tongue in cheek : en en faisant un peu trop, en soulignant l’aspect doucement décalé de cette situation voyant un génie malfaisant traquer les babioles dorées de Gengis Khan pour espérer diriger notre belle planète bleue. Bref, Boris et Myrna ne prennent pas tout cela très au sérieux, conscients qu’ils sont qu’ils ne tournent pas dans un film de propagande mais dans une petite Série B d’aventure, où des agents secrets (Nayland Smith, ennemi de Manchu dans les bouquins, est bien sûr de la partie) sont attachés au-dessus de crocodiles et où l’on se débrouille pour prendre le contrôle du corps d’autrui, telle une marionnette que l’on enverra voler le cure-dent et le casque de moto de Gengis Khan en lui laissant prendre tous les risques. Bref, c’est du serial, c’est pulp en diable et mieux vaut effectivement ne pas prendre tout cela pour autre-chose qu’une aimable récréation. D’abord parce qu’en effet Fu Manchu tient des propos auxquels Yannick Noah ne se hasardera jamais sur les Blancs, ensuite parce que tous ses esclaves sont de grands et musculeux Africains. Ca passait mal à l’époque et ça passerait sans doute tout aussi mal aujourd’hui… Ensuite parce que le tout est plus cruel que la moyenne des films d’épouvante sortis à la même époque, faisant du Mask of Fu Manchu une sorte d’ancêtre des Saw et compagnie. Ici, on attache un vieil homme sous une énorme cloche qui finira par le rendre sourd, sans jamais le nourrir ou lui donner à boire, et on finira par lui trancher la main pour aller la jeter devant sa pauvre progéniture. Pas gore à proprement dit, mais déjà bien loin du romantisme fantastique de Dracula et consorts…

 

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Bien difficile néanmoins de remettre son petit-déjeuner devant ces délicats sévices, bien trop bigger than life pour susciter l’émotion à notre époque (même si on peut comprendre qu’un public de 1932, qui n’était pas encore passé par les poteaux dans le derrière ou les nibards arrachés avec les dents, puisse avoir le tournis devant ce cirque du soleil levant), et rappelant plus les pièges de Vil Coyote qu’autre-chose. Voir ces murs de pics se refermant lentement sur un supplicié pour s’en convaincre, ou ce balancier relié à un sablier précipitant les ennemis de Fu Manchu dans une fosses de sauriens affamés. C’est fun quoi, rigolo et pas prise de tête, ce dont le scénario se rend bien compte, permettant à Karloff d’en faire des tonnes, se moquant même de sa propre fille, qu’il présente comme « répugnante et insignifiante ». Ca fait toujours plaisir. Nous voilà donc tenus bien à l’écart du sérieux absolu, et d’ailleurs Le Masque d’Or fricote joyeusement avec le fantastique, la statue de Gengis Khan prenant soudainement vie tandis que les sbires de Fu Manchu se déguisent en momie pour kidnapper un archéologue. Quant au péril jaune incarné, il est ici présenté comme un véritable monstre sur le plan physique, Karloff ne se contentant pas d’une petite moustache pour se changer en ce raffiné sadique. Il subit au contraire des séances de maquillage durant 2h30 chaque matin, renforçant encore un peu plus l’aspect irréel de notre être démoniaque au charme fou, qui se plaît ici à vous décrire les pires atrocités avec un franc rictus plaqué sur la face. Et ce quand il ne cuisine pas un sérum lui permettant de contrôler l’esprit de ses adversaires, mélangeant son propre sang à du venin de serpent et d’araignée. Pas tout à fait la recette du Dr. Pepper

 

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Tout sujet à la polémique qu’il puisse être, Le Masque d’Or n’en est donc pas moins un passe-temps des plus plaisants, lors duquel on rit et s’émerveille (le rayon laser du poto Fu est franchement cool pour l’époque), notamment devant ces jolis décors de grottes cachées et de temples sous-terrains. Nostalgiques de l’âge d’or du cinéma de la peur et des serials, aucune raison de se priver du DVD édité chez Warner, certes assez peu généreux en bonus – y en a pas – et a la copie d’humeur changeante (sans doute créée sur base de plusieurs sources pour y replacer les scènes jadis coupées), mais trouvable pour moins de 10 euros quand on fouille bien. Pas cher pour passer un petit tête-à-tête d’une heure avec un salopiaud qu’on adore détester.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Charles Brabin
  • Scénarisation : John Willard, Irene Kuhn, Edgar Alan Woolf
  • Production : Cosmopolitan Productions
  • Titre original : The Mask of Fu Manchu
  • Pays : USA
  • Acteurs : Boris Karloff, Myrna Loy, Lewis Stone, Karen Morley
  • Année : 1932

 

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