Le Bal de l’Horreur

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Au vu de l’arrivée prochaine d’un nouvel Halloween nous apprenant que Laurie Strode allait, à l’approche de la soixantaine, à nouveau croiser les couteaux de cuisine de Michael Myers, il est évident que Jamie Lee Curtis ne sortira jamais totalement du champ de citrouilles… D’ailleurs, même lorsqu’elle s’extirpait des automnes sanglants pour partir enflammer la piste de danse, la cocotte se retrouvait à nouveau avec un tueur aux basques dans Prom Night ! Irrécupérable…

 

 

 

Tout le monde le sait : le coup de tonnerre Halloween a plus qu’illuminé la longue nuit du cinéma horrifique en 1978, au point que tous les jeunes réalisateurs éveillés lors de cette Nuit des Masques furent éblouis par sa lumière. Au point de sortir les silex et de tenter de faire des étincelles eux aussi, l’Anglais Paul Lynch s’associant avec quelques producteurs canadiens pour grimper sur le dos de John Carpenter et récolter les fruits de son travail. Du coup, on ne va pas chercher bien loin et on se contente, pour la majeure partie, de singer le 31 octobre le plus culte du septième art, reprenant sa star Jamie Lee Curtis (sans qui le film ne parvenait pas à trouver le financement nécessaire) tout en suivant sa recette. Et ce sans sauter une ligne. Car tout est là : de l’introduction à base de marmots meurtriers au saut dans le temps qui suivra, en passant par la final girl vierge et prude vivant plus longtemps que ses amies ne pensant qu’à se prendre des coups de pistons, le maniaque échappé de son asile, le shérif si paniqué qu’il en appelle un collègue du vieux Dr. Loomis, son comédien un peu ancien servant à rameuter les vieux fans de SF/Fantastique (Leslie Nielsen dans le cas présent), l’obligatoire maboule masqué et, bien évidemment, un jour de fête tournant très mal. La journée voyant les petites têtes blondes se coiffer de chapeaux de sorcières pour aller réclamer des caries lors d’une longue soirée de porte à porte étant déjà prise, Lynch et son scénariste William Gray (le très bon L’Enfant du Diable) optent pour les quelques heures qu’attendent tous les jeunes étudiants : celle du bal de fin d’année. Avec son roi et sa reine (Jamie Lee Curtis, évidemment…), ses déhanchés sur du disco bien ringard, ses spotlights aux couleurs de l’arc-en-ciel, ses french kiss sur le parking… et son assassin en quête de vengeance. C’est qu’on doit tout de même justifier le titre : Le Bal de l’Horreur.

 

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Alors évidemment, suivre à la lettre les notes de Papy John a ses avantages : le récit a fait ses preuves et témoigne d’une efficacité certaine. Mais l’inconvénient est de taille également, car en reprenant le style Halloween de manière quasi-mécanique, Lynch oublie d’insuffler une personnalité propre à sa petite sauterie. Certes, il joue la carte du disco à fond les ballons, au point que l’on se demande par instants si l’on n’est pas tombé sur La Fièvre du Samedi Soir, saupoudrée il est vrai d’un léger parfum de drame hérité de Carrie, autre influence évidente de Prom Night. Mais du reste, on sent l’ombre de Carpenter planer sur ce slasher conventionnel, misant tout ou presque sur le suspense puisqu’il faudra attendre les 25 ou 30 dernières minutes pour que le cagoulé dégaine son morceau de miroir, pour refaire quelques boutonnières. Il n’y a bien évidemment rien de mal à ça, et le premier opus de la saga sans fin de Michael Myers le prouva deux années auparavant, mais lorsque l’on se la joue Big John, bah il faut aussi assurer comme Big John. Et si Lynch est un technicien plus que valable capable d’emballer de vraies bonnes Série B (Humongous, quand même !), il n’est pas non plus du genre à vous torcher un The Thing ou un New York 1997. Du coup, sa loooooongue mise en place, lors de laquelle le tueur fait monter la pression en cachant des photos dans les casiers des filles, pendant que celles-ci songent à leurs robes et coiffures, fait plus penser à La Boum qu’à un véritable psychokiller crachant sang et mucus… On n’ira pas jusqu’à prétendre que l’on s’emmerde, ce serait mentir, mais force est de constater que ce long ventre mou aurait gagné à proposer quelques meurtres, le seul réel divertissement notable étant l’incroyable mono-sourcil de l’un des protagonistes.

 

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Heureusement, une fois que ça charcle, ça le fait joliment, et ce malgré l’absence de gore réellement cradingue. Une décapitation, quelques égorgements et le show de se terminer, c’est vrai, mais le rythme s’emballe enfin, en même temps que les irrépressibles pulsions d’un fou furieux nous permettant enfin de quitter la salle des fêtes pour l’abattoir. Si le zigoto n’est pas le plus iconique de la petite troupe et trahit son statut de débutant en se faisant éjecter d’un fourgon par un hippie bedonnant ou en se faisant bastonner par ses victimes, au moins rattrape-t-il la mollesse dont Lynch faisait preuve jusqu’alors. On ne balancera cependant pas une hallebarde dans la raie du réalisateur, car s’il ne sait comment remplir le milieu de son œuvre, au moins parvient-il à la débuter et la conclure de la plus belle des manières. Plutôt malsaine, cette entrée en la matière montrant quelques enfants jouer à se faire peur et finissant par un drame, quatre d’entre eux poussant la plus mature du lot à se défenestrer. Pour planter un décor maussade, on ne peut rêver mieux… Et franchement touchante, cette conclusion dévoilant l’identité d’un massacreur pourfendu par une peine sans fin. Ainsi, en lieu et place du dérangé mental dézinguant à la chaîne parce qu’il a subi un traumatisme ou parce qu’il est tout simplement né avec un boulon en moins, on a un pauvre type s’effondrant en larmes dans les bras d’une Jamie Lee Curtis démunie face à tant de détresse.

 

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Plutôt poignant et de quoi transformer l’image que l’on avait du Bal de l’Horreur, passé du psychokiller movie tout ce qu’il y a de plus quelconque au drame dont on se souviendra encore quelques heures après le générique de fin. Pas de quoi réconcilier les détracteurs du sous-genre avec l’escadron des manieurs de l’arme blanche cependant, la faute à une Jamie Lee Curtis si pressée de montrer ses plus beaux pas de danse qu’elle en oublie d’avoir le plus petit début de présence dans le récit. Et quand votre personnage principal parvient à être moins sympathique que les habituelles mauvaises filles et les rebelles à deux balles désireux de foutre la fête en l’air, c’est qu’il y a un léger problème. Mais tout comme les anti-slashers balanceront à la corbeille Prom Night, les férus sauront se contenter de ce petit tour sur la piste, où l’on massacre quelques jeunes à la hache tout en se prenant pour un Travolta du dimanche. Rigolez pas, pour certains ça peut suffire… et c’est d’ailleurs notre cas.

Rigs Mordo

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  • Réalisation : John Lynch
  • Scénarisation : William Gray
  • Production : Peter Simpson
  • Titre original : Prom Night
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Jamie Lee Curtis, Leslie Nielsen, Casey Stevens, Michael Tough, Eddie Benton
  • Année : 1980

2 comments to Le Bal de l’Horreur

  • Roggy  says:

    Il y a longtemps que je n’ai pas vu ce film et tu m’as donné envie de m’y replonger comme John Travolta sur la piste de danse 🙂

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