Nightmare in Wax

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La question tourmente les scientifiques du monde entier depuis le décès de l’acteur en 1994 : Cameron Mitchell avait-il de la cire dans les oreilles ? Nightmare in Wax (1969) prouve en tout cas qu’il avait l’art de se cacher derrière son petit commerce de statues enduites de paraffine pour en fait planquer quelques cadavres encombrants…

 

Il y a des sous-genres du cinoche fantastique qui, même lorsqu’ils ne figurent pas dans le club très select des franches réussites, parviennent toujours à faire chavirer les coeurs de par leurs séduisants postulats de base. Ainsi, tout comme on pardonnera beaucoup à un mauvais film de momie pour son exotisme, on aura tendance à excuser bien des tares aux projets traînant leurs bouts de pellicules dans les musées de cire, lieux hauts en couleurs et en figures historiques vues sous un jour nouveau. Bien sûr que Waxwork (1988) et sa suite, Le Masque de Cire (1997) ou House of Wax (2005) traînaient quelques petits défauts de-ci de-là, mais qui en tiendrait rigueur à ces jolies ballades en train fantôme ? A cette opportunité, finalement rare, de varier les décors et les silhouettes macabres en un claquement de doigt ? A cette possibilité de  sauter du bûcher brûlant de Jeanne d’Arc au tranchant de la guillotine de Marie-Antoinette en quelques pas ? Car c’est bien grâce à ces contours de best-of que le principe du musée de cire charme, et que des lieux comme le London Dungeon, où l’on croise aussi bien de tristes barbiers qu’un certain éventreur, gagnent leur statut de lieux de pèlerinage pour tous les amoureux des coulures sanguines. En bref, que nous nous offrions un voyage dans le temps chez Madame Tussaud et dans le Londres le plus glauque, ou que nous enfournions une pépite comme L’Homme au Masque de Cire avec l’ami Vincent Price, le résultat est le même : nous sommes comme des chatons devant un bon bol de lait frais. Malheureusement, avec le présent Nightmare in Wax, le breuvage lacté n’est pas loin d’avoir tourné…

 

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Cela part pourtant avec les meilleures intentions du monde. En situant son intrigue en plein gratin Hollywoodien, le producteur/scénariste Rex Carlton (The Brain That Wouldn’t Die) drape en effet Nightmare in Wax d’un doux parfum de satyre, fonçant sans ceinture de sécurité dans le tas de tout ce que le milieu du septième art compte d’hypocrites et de salopards. Ainsi, le brave Gordon Mitchell incarnera donc Vinnie, maquilleur de génie profitant alors d’une amourette avec la starlette en devenir Marie Morgan (Anne Helm), qui rejoint ses bras réconfortants après avoir quitté le vieux producteur Max Black (Berry Kroeger). Jaloux et n’acceptant pas de se faire piquer une jeune paire de cuisses par le maquilleur qu’il a aidé à rendre célèbre, le décidément très énervé nabab balance son verre de vin rouge à la face du pauvre Vinnie lorsque celui-ci s’allume une cigarette, ravivant la flamme et défigurant le professionnel du fond de teint. Bien sûr, comme tout bonhomme se retrouvant avec une pizza aux poivrons trop cuite en guise de moitié de visage, Vinnie se replie sur lui-même et décide de devenir un freak de premier ordre, repoussant sa bien-aimée (qui s’est de toute façon trouvée un nouveau jules en la personne d’un acteur populaire) et ouvrant un musée de cire où il pourra dévoiler de nouveaux talents. Comme par exemple ses dons de petit chimiste, puisqu’il est désormais capable d’injecter un sérum paralysant aux êtres vivants, les faisant passer pour des statues plus vraies que nature. Et pour cause ! Bien pratique pour se venger de ses anciens ennemis et faire le vide autour de son ancienne gonzesse, dont les boyfriends disparaissent les uns après les autres pour mieux garnir les rangs de cette galerie d’un genre nouveau…

 

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Carlton aurait voulu faire un vilain croche-pied au milieu dans lequel il faisait pourtant son beurre qu’il ne s’y serait certainement pas pris autrement, tant tout dans Nightmare in Wax semble hurler « Hollywood c’est de la merde, restez bien au chaud chez vous et faites vous une camomille. » Du producteur vendant du rêve aux jeunes bécasses pour les tirer sous sa couette, au réalisateur prêt à toutes les manipulations pour obtenir la star dont il a besoin dans son œuvre, en passant bien évidemment par ces vedettes passant d’un compagnon à un autre en fonction de ce que leur dicte leur carrière, rien n’est oublié. La tactique récurrente du genre visant à rendre les seconds rôles détestables pour mieux souligner l’aspect tragique du héros ténébreux, histoire d’excuser à demi-mots ses actes criminels ? Si tel est le cas, le coche est loupé tant Mitchell incarne ici une figure à peine plus attachante que ses futures victimes : volontiers condescendant, manipulateur au point de se servir d’une blondasse décérébrée qui n’avait fait de mal à personne, jaloux de voir son ancien amour s’épanouir contre d’autres torses alors qu’il l’a lui-même rejetée, cette nouvelle ombre du cinéma fort en cérumen ne séduit pas. Non pas parce que le père Cameron fait du mauvais boulot devant la caméra – il est même l’un des rares points à peu près positifs de Nightmare in Wax – mais plutôt parce qu’il manque cette dualité de caractère dont faisait preuve, par exemple, Price dans L’Homme au Masque de Cire. Rarement sympathique, jamais touchant malgré les dures épreuves qu’il se doit de traverser, Vinnie n’est qu’un psychopathe frustré comme on en verra bien d’autres, et il lui manque quelques couches de personnalité pour exister réellement à l’écran…

 

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Et ce n’est pas la peine de compter sur le fameux musée de cire où se déroule l’intrigue, tout du moins partiellement. Si l’on se balade en effet fréquemment dans l’atelier où notre « monstre » place ceux qui le dérangent sous son emprise, le musée en tant que tel n’est que peu visité et en est réduit à deux ou trois coins de pièces. Un peu léger mais finalement raccord avec un script n’utilisant le principe de la house of wax que dans le but de causer d’autre-chose : ouais, quelques éclairages un peu colorés viendront égayer le tout et laisser planer une aura fantastique rappelant le Mystery of the Wax Museum de 1933 avec Lionel Atwill ou son remake avec Price, mais le gros des efforts semble avoir été concentré sur le côté psychokiller movie du récit. Comprendre que l’on colle majoritairement aux basques d’un Vinnie tentant d’échapper à la police et de commettre ses méfaits aussi discrètement que faire se peut, le tout dans des décors urbains évoquant parfois les débordements à venir de plusieurs serial killers alors encore en culotte courte. On pense parfois un peu aux Maniac, Driller Killer ou The Headless Eyes lorsque Mitchell – qui devait avoir envie de changer sa costumière en bougie au vu du triste ensemble qu’elle lui offre – se retrouve coursé sur des docks par deux flics, dans des décors grisonnants et maussades. On a beau être toujours dans les sixties, on sent venir la triste réalité des seventies dans Nightmare in Wax, qui délaisse les délires bariolés de son époque pour une approche plus sobre et crasseuse. Par choix esthétique ? Possible. A moins que ce soit parce que le réalisateur Bud Townsend (le porno chantant Alice in Wonderland: An X-Rated Musical Fantasy) n’est pas un grand formaliste, au point que le gros du métrage ressemble à une version appauvrie d’un mauvais épisode de Columbo. Alors qu’on espérait que la caméra virevolte d’un personnage de cire à un autre, d’un bar de vieux saloon aux colonnes de pierre d’un temple romain, on se retrouve avec une mise en scène statique au possible, ne se faisant mouvementée que lors de l’une des rares séquences véritablement horrifiques de ce cauchemar cireux. Soit celle voyant le père Cameron réviser son Toolbox Murders futur en pourchassant une cocotte dans son fameux musée, pour une fois un peu mis à contribution…

 

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Guère glorieuse donc que cette petite Série B fort logiquement assez peu commémorée, qui ne doit son maigre salut qu’à un Cameron Mitchell rigolo et le second degré émanant de l’ensemble. Et éventuellement à quelques belles idées, malheureusement mal développées, comme la possibilité que les êtres de cire se réveillent lors d’une nuit d’orage, ce qui ne manque bien évidemment pas d’arriver mais pour un résultat malheureusement sans effet. Ne parlons même pas du twist final, insultant de facilité… Autant dire que l’on n’est pas franchement face à un indispensable du genre, d’autant que le DVD proposé par Bach Films ne profite pas, comme souvent chez eux, d’une copie relevant le niveau. En bonus, le court Paris by Night of the Living Dead. A noter que lors de la première sortie en galette cette invasion de zombies aux alentours de la Tour Eiffel, c’était Nightmare in Wax qui prenait la place de supplément, laissant un peu perplexe quant à l’intérêt réel de cette ressortie, faite en 2016…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bud Townsend
  • Scénarisation : Rex Carlton
  • Production : Rex Carlton, Martin B. Cohen,…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Cameron Mitchell, Anne Helm, Berry Kroeger, Scott Brady
  • Année : 1969

One comment to Nightmare in Wax

  • Roggy  says:

    Si ce film n’a pas l’air exceptionnel, « Paris by Night of the Living Dead » n’est pas non plus au-dessus du lot, alors qu’on nous l’avait annoncé comme une tuerie 🙂

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