Plaga Zombie : Zona Mutante

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Cinq années après avoir planté des viscères et des cervelets dans leur jardin, les Argentins derrière Plaga Zombie (1997) revenait avec un Zona Mutante (2001) ravi de pousser le bouchon encore un peu plus loin. Zombies, aliens, intestins pendants et chansons pour enfants vantant les mérites d’un catcheur en maillot léopard : Plaga Zombie, c’est la vie quoi !

 

 

Pour être tout à fait honnêtes, on ment déjà doucement en disant qu’il fallut cinq années à la fine équipe derrière Plaga Zombie pour repartir donner des coups de coude dans les dents cariées de toute une armada de putréfiés. Certes, leur dur labeur n’atterrit sur les écrans qu’en 2001, mais le boulot débuta dès 1998, soit quelques mois à peine après la sortie du premier volet, que le trio composé de Pablo Parés, Hernán Sáez et Berta Muñiz vendaient déjà comme le chapitre initial d’une trilogie, les films allant par paquet de trois étant d’ailleurs une passion pour un Muñiz dès lors très heureux de pouvoir s’y frotter à son tour. Mais si le succès du premier Plaga n’annonce que du bon et permet même à la fine équipe de voir plus grand, épaississant largement le scénario (passé par un nombre infini de versions) et permettant de quitter la bicoque servant d’unique décors dans le premier pour toute une ville dans le second, le tournage n’en sera pas aisé pour autant. Comme pour l’opus original, la troupe shoote leur gros petit film lorsque leur emploi du temps le veut bien, et avec des bénévole ravis de se faire dégommer le ciboulot au katana ou n’ayant rien de mieux à faire que d’aller s’asperger de faux sang pour faire plaisir aux copains. Et ce durant quatre longues années. Quatre années voyant les uns et les autres finir leurs études, passer d’un boulot à l’autre, changer d’idées quant à la trajectoire que doit suivre cette séquelle. Et surtout quatre année voyant tout ce beau monde perdre en motivation, nos créateurs finissant par admettre qu’il devenait emmerdant de se retrouver chaque week-end pour emballer de nouvelles séquences pour Zona Mutante. Au point que même une fois maquillés et après avoir installé lumières et tout le toutim, nos survivants d’un monde envahi par les cadavres font tout leur possible pour ne pas tourner, déconnant sur tout et rien et repoussant d’eux-même les prises de vue, par pure lassitude. D’ailleurs, histoire de s’aérer un peu l’esprit en faisant autre-chose, ces auteurs en herbe décident de tourner un autre long-métrage, Nunca asistas a este tipo de fiestas (dans lequel des adolescents tarés trucident tout le monde… on ne se refait pas). Une bouffée d’air frais, certes, mais aussi un retard conséquent sur Zona Mutante, dont la sortie en 2001 se fera en catastrophe, les prises de sons n’étant terminées que quelques jours avant la première séance… et le montage à peine quelques heures auparavant.

 

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Est-ce que ces 48 mois de dur labeur, à faire le grand huit avec leur motivation et leur santé, valaient la peine d’être passées sur ce Plaga Zombie number two ? Hell yeah, et plutôt deux fois qu’une, même ! Si l’on ne dénotera pas de grosses avancées techniques pour nos garnements, qui faisaient de toute façon déjà preuve d’une vitalité sidérante pour un gros Z sentant bon la sauce tomate pas fraîche lors du précédent Plaga, on applaudira des deux mains et des deux pieds les progrès faits partout ailleurs. Ni bon comédiens ni particulièrement charismatiques dans le premier, le trio d’acteurs a cette fois-ci pris le temps de bosser un peu leurs expressions et leur naturel, et si personne dans ces rues argentines infestées par des morts rigolards ne fera de l’ombre aux cadors des planches, on ne peut que constater le bond  ici fait. De personnages oubliables qu’ils étaient encore quelques années auparavant, ils sont devenus des protagonistes attractifs, de par le plus grand naturel acquis devant les caméras avec l’expérience, certes, mais aussi grâce à un scénario autrement mieux saucissonné que précédemment. De point faible évident de Plaga Zombie, principalement par manque d’ambition et un besoin de s’en tenir à un massacre de jardinet, le script devient ici le point fort de Zona Mutante. Et jadis vides, les trois preux chevaliers bravant des légions entière d’infectés ne cherchant qu’à se tailler un steak dans leurs cuisses se sont mutés en d’attachants héros, dont les auteurs prennent le plus grand soin, déterminés qu’ils sont à les étoffer. Jadis un simple étudiant en médecine se battant mieux que la moyenne, Bill devient ici un type au grand coeur mais constamment sur la défensive, surtout depuis que l’un de ses camarades, décédé lors du dernier acte de l’aventure précédente, revient comme si de rien n’était et en pleine forme. De même pour John West, simple catcheur ventru dans Plaga Zombie, il dévoile ici une facette plus tendre et une petite déprime, celle des anciens grands sportifs tombés en désuétude et soucieux de prouver qu’ils en ont encore dans le falzar. Quant à Max, le geek doux dingue, sa folie part toujours plus loin, faisant de lui le leader temporaire d’une troupe de zombies et un jaloux de premier ordre, n’acceptant pas qu’un nouveau venu puisse prendre sa place au sein du groupe.

 

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Quittant un peu les pantoufles de personnages de cartoons qu’ils incarnaient jusqu’alors, Bill, Max et John deviennent enfin des êtres vivants à part entière, et que leurs créateurs aiment sincèrement, dans leurs bravoures comme dans leurs défauts, pour leur côté héroïque comme pour leurs contours pathétiques. Une opération payante, tout comme celle voyant le récit prendre de l’ampleur, ne se cantonnant plus à l’invasion d’une chaussée mais bien à celle de toute une ville, avec un retournement de situation à chaque coin de rue : entrée en scène du FBI, final rappelant les fameux aliens à la rescousse pour quelques plans gores supplémentaires, arrivée d’un groupe de résistants humains plutôt violents, découverte d’une possibilité de quitter cette ville coupée du reste du monde… Plaga Zombie était une petite vanne sanglante shootée entre la chambre à coucher, le hall d’entrée et le potager de mère-grand. Zona Mutante est une fresque aux confins de l’épique, une entrée dans un univers dense et pensé jusque dans ses moindres détails, ne plaçant plus le trash au centre de tout mais bien les héros et leurs sentiments. Bien sûr, on n’est pas non plus dans un drame à la française où ça va pleurer sur l’épaule de son voisin durant 90 minutes, et ce survival zombiesque continue de planter ses quartiers à la croisée des chemins entre Evil Dead (geysers de sang inclus), Bad Taste, le Troma le moins bien élevé (ça vanne constamment, un peu à la Poultrygeist) et les Looney Tunes (hilarante intermède musical pour John West et Max). Comprendre que si les méandres des esprits de nos pauvres zouaves dépassés par des évènements tragiques sont bien plus précis qu’auparavant, ça va tout de même charcler sévère, avec des boîtes crâniennes qui volent, des globes oculaires extraits au couteau de cuisine, un épiderme dorsal arraché avec les mains, des décapitations diverses et variées et on passe. Et tout cela grâce à des effets spéciaux bien mieux fichus que pour Plaga Zombie premier du nom, qui plus est…

 

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La perfection ? On n’en est dans tous les cas pas très loin si l’on cause cinoche horrifique indépendant, et loué soit Uncut Movies (qui d’autre pour nous sortir ça, d’ailleurs?) pour s’être penché sur le cas de cette belle grosse baffe de routier polonais, de celles qui vous laissent des traces de doigts sur la joue pendant deux semaines. Avec ses scènes coupées et un long making-of de près de 40 minutes, le DVD de Zona Mutante fait donc partie de ces étapes obligatoires à faire lors de la ruée vers le gore. Et pas seulement parce qu’on y arrache des colonnes vertébrales d’une traite ou que l’on enfonce le bras d’un zomblard dans la bouche d’un autre ; mais parce que, une fois n’est pas coutume dans le genre, on a senti une véritable tendresse pour le microcosme ici dépeint et les hommes qui y combattent la mort. Et à ce niveau de production (on rappelle que question budget, l’enveloppe était plus à moitié vide qu’à moitié remplie), cela tient quasiment du miracle.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Pablo Parés, Hernán Sáez 
  • Scénarisation : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz
  • Production : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz 
  • Pays : Argentine
  • Acteurs : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz, Paulo Soria
  • Année : 2001

On cause du film aussi chez Ze Curious Goods !

2 comments to Plaga Zombie : Zona Mutante

  • Cherycok  says:

    Excellent ce 2ème opus. J’avais acheté le DVD de chez Uncut à l’époque (ou la VHS ? je ne me souviens plus). C’était bricolé mais ca avait un coté jouissif et très fun.

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