Le Loup-Garou de Washington

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La politique, véritable repaire de lupus se léchant déjà les babines à l’idée de ne faire qu’une bouchée d’un lectorat comparable à un troupeau de lapereaux. Guère étonnant dès lors de trouver un vil loup-garou en guise d’attaché de presse du Prédisent des USA, même si ce grand méchant loup est venu, pour sa part, souffler non pas une maison en paille ou en bois, mais bien la Maison Blanche !

 

Drôle de personnage que le discret Milton Moses Ginsberg, monteur occasionnel et réalisateur rare ne sortant de sa tanière que pour tourner un film tous les 20 ans… Des petites choses sur lesquelles on ne sait que peu ou rien comme Kron (2011), de toutes façons effacées par son doucement culte (comprendre par dix pelés et trois tondus) Le Loup-Garou de Washington (1973). Un deuxième essai bien velu, donc, qui le voit quitter les terrains du drame psychologique après un Coming Apart (1969) dans lequel Rip Torn prenait la veste d’un psychiatre filmant ses patientes en loucedé lorsque celles-ci racontent leurs tristes vies. Pour sûr que c’est pas tout à fait le même trip que The Werewolf of Washington, petite Série B permettant à Milton de quitter le canapé des docteurs des méninges pour rejoindre un louloup planqué aux plus hautes sphères de la politique américaine. Un véritable film d’horreur, où un sénateur s’amuserait à arracher tripes et viscères à toutes les femmes de chambre de Nixon ou à arracher la mâchoire de ce dernier ? Certainement pas, le propos de Ginsberg n’étant jamais  celui d’un goreux (cette poussée de lycanthropie n’est d’ailleurs pas sanglante pour un sou), ni  même celui d’un faiseur fermement décidé à faire sauter de trouille toute une salle de la 42ème rue (pour laquelle le film semble taillé). Nan, le but avéré de ce voyage à Washington laissant plein de poils sur la moquette, c’est de donner dans la satyre pure et dure, et donc de rigoler un bon coup.

 

 

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Certes, ça commence comme un bon vieux werewolf flick des familles, rappelant même, avec quelques pleines lunes d’avance, le mythique Le Loup-Garou de Londres de John Landis, en envoyant le très pincé Jack Whittier (Dean Stockwell de Code Quantum) à Budapest. Sur place, cet attaché de presse du Prédisent of the United States se mange un arbre en voiture à cause d’un bohémien en moto. Un gitan décidément bien gênant puisqu’il se change un peu plus tard en loup et va mordre Jack à la poitrine. Si ce dernier parvient à abattre son bestial agresseur en le tabassant avec la coutumière canne en argent, il repart également sur le sol yankee avec la malédiction du pentagramme dans les bagages. Et ni une ni deux, le Jacquot se ramasse d’imposantes rouflaquettes grisâtres, une crinière de lion et des pattes griffues, bien évidemment accompagnées d’une irrémédiable envie de liquider son prochain. Présenté ainsi, The Werewolf of Washington a donc tout pour rejoindre la niche de Lon Chaney Jr., puisqu’en plus de l’obligatoire scène où un loup est tué puis changé en cadavre d’homme, on a aussi la vieille gitane marmonnant quelques indices quant à la transformation en bête sauvage, les règlementations liées à la full moon et l’indispensable usage de la balle en argent pour en finir avec l’homme-loup. Bref, Ginsberg a bien révisé les pelloches de la Universal et reprend à la lettre les tables de la loi régissant le monde maudit des gus aux longs museaux, et il délivre évidemment quelques attaques, principalement envers la gent féminine. Mais certainement pas parce que ça lui fait plaisir de filmer un monstre enchaînant les agressions de frêles demoiselles…

 

 

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D’ailleurs, il ne cherche pas à le rendre iconique, son gros animal, dont la première entrée se fait par la petite porte, alors qu’il est accroché de manière risible au toit d’une voiture, n’étant qu’un élément parmi d’autres (la victime, la bagnole, la pompe à essence) d’un décor, sans plus de présentations que cela. Ginsberg peut d’ailleurs se permettre de ridiculiser son phénomène de foire, que ce soit en le faisant marcher à quatre pattes comme un gosse ou en tirant la langue de manière grotesque : pour lui, il n’est pas l’attraction principal de son cirque mais un simple outil lui permettant de tirer à boulet rouge sur l’administration américaine. Ce ne sont donc pas les assauts (par ailleurs parfois imaginatifs, comme celui de la cabine téléphonique ou celui de l’hélicoptère) du loup-garou qui intéressent notre auteur mais leurs répercussions et la manière dont ils seront gérés par le Président et ses hommes. Qui ont d’ailleurs tôt fait de balayer les doutes d’un Jack Whittier se sachant coupable et désireux qu’on l’arrête : pour ses supérieurs, cette vérité est aussi improbable que malvenue, et il est impossible qu’il existe un white wolf, la culpabilité revenant plutôt aux black panthers alors à l’oeuvre à la même période. Et lorsque la vérité éclatera, le chef de tout un pays, par ailleurs plus intéressé à l’idée de faire du bowling que de résoudre les problèmes de son peuple, tentera par tous les moyens de faire passer Jack pour un véritable héros incompris, écartant son statut de vilaine bestiole mangeant ses convives… Le propos est acide, et tombe d’ailleurs à pic puisqu’en sortant en 73, The Werewolf of Washington est toujours à l’affiche l’année suivante lorsque débarque le scandale du Watergate, lui permettant d’agripper quelques spectateurs supplémentaires.

 

 

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Pas la peine dès lors de chercher l’équivalent à The Howling dans le bureau ovale, l’horreur étant ici sacrifié sur l’autel de la vanne, avec un Président forcé de réparer lui-même la porte des chiottes et un ambassadeur chinois paniqué en découvrant le loup-garou mais incapable de se faire comprendre auprès de son interlocuteur américain. De la franche gaudriole ? Peut-être pas quand même, Le Loup-Garou de Washington adoptant un rythme étrange, presque dévitalisé, aux personnages souvent éteints et à la photographie si terne qu’elle peine à répandre une quelconque bonne humeur. On est donc loin du comique forcé, Ginsberg jouant plutôt sur un second degré au départ bien caché, n’apparaissant que progressivement, au fil d’un film d’exploitation décidément inclassable et dont on ne sait trop par quel bout prendre. Est-ce qu’on a détesté ? Certainement pas. Est-ce qu’on a aimé ? Difficile à dire. On aura en tout cas passé un moment à part (à ce titre, le générique de fin vaut le coup d’oeil), à conseiller plutôt aux curieux qu’aux amoureux du wolfman, et on remerciera Bach Films pour avoir sorti la pelloche sur notre territoire. Certes, encore une fois, c’est à un VHSrip que nous avons droit, comme souvent avec l’éditeur, mais on ne va pas trop cracher dans la soupe aux lardons, d’autant que le DVD est accompagné de Teenage Monster (1957) en bonus. Toujours ça de pris !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Milton Moses Ginsberg
  • Scénarisation : Milton Moses Ginsberg
  • Production : Nina Schulman
  • Titre Original : The Werewolf of Washington
  • Pays : USA
  • Acteurs : Dean Stockwell, Katalin Kallay, Biff McGuire, Clifton James
  • Année : 1973

4 comments to Le Loup-Garou de Washington

  • Roggy  says:

    Même si le film n’a pas l’air parfait, je le materai avec plaisir ainsi que « Teenage monster » récupérés au dernier BWE :).

  • Mr Vladdy  says:

    Jamais vu ce film mais ce projet m’envoie du rêve. Je ne dirais pas non pour une découverte un samedi soir entre amis 🙂

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