It Follows

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Grosse sensation du cinoche indépendant horrifique en 2014, It Follows a traîné de la patte pour venir jusqu’à la crypte toxique. Ou plutôt est-ce votre serviteur qui aura pris tout son temps pour se retourner sur ce gros morceau du cinoche actuel. Pour finir par regarder par-dessus son épaule pendant 90 minutes ? La réponse en ces pages…

 

On sait, on sait : caler It Follows dans son lecteur Blu-Ray en 2018 revient à débarquer sur les plages de Normandie avec des bazookas plein les valises en 1950. Mais qu’est-ce que vous voulez, se précipiter sur un film que l’on n’a que moyennement envie de voir – et tout le foin fait autour à l’époque de sa naissance n’a pas franchement accéléré le processus, que du contraire – pour se donner l’illusion de participer à un mouvement type « je donne mon avis sur la dernière sensation donc je suis » n’a jamais fait partie des priorités de Toxic Crypt. A la grande danse, souvent macabre, voyant les uns et les autres se précipiter pour visionner et chroniquer dans la foulée le truc de la semaine, ne se positionnant finalement jamais vraiment par rapport au film mais par rapport aux avis des uns et des autres (on sera pour histoire de bien signifier son camp, on sera contre pour faire chier ceux qu’on ne peut pas blairer), on préfère attendre que la hype refroidisse pour pouvoir avoir un regard neutre sur l’objet filmique. It Follows n’étant plus aussi chaud que jadis, on peut donc l’agripper sans se brûler les doigts et vérifier qui a vu juste dans cette histoire : le premier méfait de David Robert Mitchell est-il un attrape-prétentieux ou le renouveau du cinéma d’épouvante ? Ce serait trop beau si c’était aussi simple…

 

 

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En vraie jolie blondinette dans la fleur de l’âge qu’elle est, Jay (Maika Monroe de The Guest) ne manque évidemment pas de prétendants, dont un certain Hugh, avec lequel elle part fricoter dans une bagnole dans les coins dévastés de Detroit. Surprise, son prince n’est pas aussi charmant que prévu, le vilain attachant la nénette à une chaise pour ensuite lui faire un petit cours sur sa triste existence : comme maudit par une précédente liaison amoureuse, Hugh est maintenant poursuivi par un inarrêtable fantôme, marchant constamment vers lui et tentant de le tuer une fois qu’il est suffisamment proche. Pour se débarrasser de cet ectoplasme randonneur, une seule solution : s’envoyer en l’air et refiler la malédiction à son amant, dès lors le nouveau compagnon de jeu du fameux spectre. Attention cependant, si le damné finit par se faire attraper et passe de vie à trépas, c’est sur l’infortuné précédent que se rabattra le démon, bien décidé à remonter la chaîne de baiseurs… Si au départ Jay ne croit guère à cette  histoire il est vrai peu crédible, elle se rendra bien vite compte qu’elle n’a rien d’une légende urbaine et qu’elle a désormais à ses basques une entité prenant différentes formes humaines et fermement décidée à se la faire… Dans tous les sens du terme.

 

 

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A la vision du très buzzé It Follows, il n’est de toute évidence pas bien difficile de deviner pourquoi David Robert Mitchell est parvenu à rallier à lui aussi bien la frange intellectuelle de la cinéphilie fantastique qu’un public plus vaste et cherchant seulement la sensation forte. C’est que le deuxième long-métrage du bonhomme a tout du produit aussi bien pensé que bien foutu, surtout d’un côté technique frôlant l’irréprochable. D’ailleurs, sur le strict plan stylistique, il y avait en effet de quoi attirer les amoureux d’un septième art un peu poseur sur les bords. Ardu de ne pas penser par exemple au cinoche de Refn de par l’utilisation d’une bande-son électro faisant la navette entre le ringard assumé et monté sur synthés et le  minimalisme cherchant à mettre mal à l’aise. Et bien compliqué de ne pas retrouver un peu des méthodes du réalisateur de Drive dans ces plans souvent fixes, millimétrés et calculés jusqu’à la dernière décimale, aux jeux de couleurs toujours maîtrisés et donnant finalement à l’ensemble des airs de collection de photographies. Rajoutez à l’ensemble un mood que ne renierait sans doute pas Jim Jarmusch, avec des comédiens auxquels on demande d’être aussi atones que possible, ainsi que le petit sous-texte sur les MST et vous obtenez un grand gagnant pour les amoureux du cinéma indépendant arty et content de lui-même. Au point que si vous retirez à It Follows son épouvantail se baladant constamment à l’arrière-plan, vous obtenez un téléfilm de luxe qu’Arte pourrait passer à 2 heures du mat’ lors d’une théma sociale. Reste qu’il faut bien le dire haut et fort : tout cela fonctionne du tonnerre.

 

 

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Et c’est là que l’on en arrive au pourquoi du comment du succès populaire : It Follows est sacrément bien fichu et se rapproche des productions Blumhouse dans l’utilisation qu’il fait de ses éléments horrifiques. Pas sûr que le réalisateur et les fans les plus ardents des mésaventures de la pauvre Jay apprécieraient la comparaison avec ce qui est largement considéré comme la version popcorn du cinoche d’épouvante, mais les faits sont là : les différentes apparitions du croque-mitaine, le côté teen movie, le traitement sonore lors des assauts,… Si ce n’est pas du Insidious, ça en a parfois l’odeur, certes masquée par des kilos de naturalisme pour tenter de planquer l’évidence, mais le fumet de l’horror movie made in Blum, bien que léger, se hisse tout de même jusqu’à nos truffes. Impossible dès lors d’accorder à It Follows la couronne du renouveau (que l’on offrira plutôt au nettement meilleur The Autopsy of Jane Doe), dont la prétendue nouveauté et l’aura de « on a jamais vu ça » tient plutôt son mariage, à priori contre-nature mais très efficace à l’écran, entre l’épouvante extrêmement classique et le drame sociale inerte. Ca change un peu, certes (encore qu’un petit tour par l’Asie et on revient avec le sac rempli de bandes à l’esprit similaire, allez donc voir ce que façonne Kiyoshi Kurosawa depuis ses débuts et on en recausera), mais impossible de parler de renouveau en l’état. On se contentera donc de dire qu’It Follows, c’est tout de même très très bien, et que si le tout était un chouïa moins froid et avait rendu ses protagonistes plus attachants, l’ensemble y aurait sans doute gagné en frissons. Mais on ne va pas bouder notre plaisir : le principe du walking ghost est suffisamment bien foutu (et permet quelques bons délires entre amis, j’avoue avoir rarement autant ri devant un film sérieux qu’It Follows) et la réalisation si travaillée qu’on ne peut pas ne pas se laisser cueillir par cet article décidément bien pensé.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : David Robert Mitchell
  • Scénarisation : David Robert Mitchell
  • Production : Rebecca Green, David Kaplan, Erik Rommesmo,…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi, Jake Weary
  • Année : 2014

2 comments to It Follows

  • Roggy  says:

    J’ai également beaucoup aimé le film (peut-être plus que toi d’ailleurs ;)) et, comme tu l’écris, l’alliance de plusieurs genres fonctionne à merveille avec une certaine originale quant au boogeyman. Si tu y rajoutes les décors naturels à l’abandon de Détroit, le film mérite cette reconnaissance et ce bien bel article !

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