Society

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Alors qu’il se retrouve enfoui sous les lettres de menaces suite au retard pris par son coffret Re-Animator, l’éditeur Ecstasy of Films a tout de même trouvé le temps de plonger dans l’univers de Brian Yuzna pour en ressortir un Society désormais bénéficiaire de la haute-définition. L’occasion de voir si les orgies y sont toujours aussi chaudes, près de 30 ans après sa sortie.

 

 

Attention, si vous ne savez pas de quoi traite le film,cette chro risque de vous gâcher un peu la fête!

A priori, pour Brian Yuzna, ce n’est pas vraiment la peine de déclencher des guerres pour savoir si la Série B est une vulgaire entreprise commerciale ou un concentré d’art visant au post-modernisme : selon le charmant moustachu, la réponse se trouve pile au milieu. C’est donc tout naturellement qu’il avoue, le plus sincèrement du monde lors d’une interview disponible en supplément de cette belle édition française de Society, que s’il est devenu producteur, c’est avant tout parce qu’il avait conscience que le poste lui offrait à la fois pouvoir de décision et récolte des biftons. D’ailleurs, s’il s’est retrouvé metteur en scène de Society, c’est un peu par accident et parce qu’il n’avait personne sous la main pour tenir le job à sa place. Ce qui ne signifie pas que l’ami Brian n’avait aucun intérêt pour cette affaire, bien loin de n’être qu’une banale rentrée d’argent pour sa petite personne. Il fut au contraire bien déçu de découvrir que son projet précédent, nommé The Men et aux origines pensé pour avoir Dan O’Bannon (Le Retour des Morts-Vivants) au scénario et Stuart Gordon a la réalisation, fut abandonné suite au manque de motivation du bon Dan lorsque vint le moment de lui donner vie. Pas de quoi faire rire aux éclats le producteur, qui s’était attaché à la paranoïa découlant de ce récit, dans lequel une femme découvre que tous les hommes sont des aliens. Très en veine, celui qui montait en parallèle La Fiancée de Re-Animator finit par recevoir le script de Society, dont les contours ne sont pas très différents de ceux de feu The Men. Certes, pas de petits hommes verts cachés sous la carapace du mâle alpha par ici, mais un club on ne peut plus BCBG cachant d’inavouables secrets, ce dont se rend compte un jeune homme courant bientôt un terrible danger…

 

 

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La psychose tant recherchée par Yuzna, Society la place au premier rang, usant du jeune Billy  pour répandre la peur quant aux société secrètes. Malin, le bonhomme sait fort bien que ce premier projet contentera ses deux attentes – artistiques et pécuniaires – et comblera les envies de ses deux personnalités. Le producteur sera dès lors ravi de pouvoir compter sur un pitch mettant sous les feux des projecteurs quelques richards pratiquant des orgies mémorables dans leurs somptueuses villas, après avoir envoyé six pieds sous terre tous les curieux s’approchant un peu trop près de leurs piscines de luxe et de leurs cachotteries jalousement gardées. Parfait pour mixer joyeusement le cul et le meurtre de jeunes gens, soit les deux axes principaux de la Série B en ces belles années 80. Quant au réalisateur, il pourra se blottir contre un récit plus profond qu’il n’y paraît, permettant de balancer une grosse fiole d’acide à la face d’une bourgeoisie californienne cachant sous des apparences clinquantes une laideur infinie. Et laisser libre court à ses envies de surréalisme, partagée avec son directeur des effets spéciaux Screaming Mad George, avec lequel il fera un bout de chemin puisque le Japonais lui créera quelques horreurs pour Silent Night, Deadly Night 4, Progeny, Faust ou les deux séquelles de Re-Animator. Rien de bien étonnant compte tenu du fait que les deux hommes partagent un même sens artistique, un même amour pour Dali. Sur la même longueur d’ondes, ils imaginent ainsi le look final de ces fameux nantis de Californie, leur donnant un aspect répugnant et que l’on devine odorant contrastant sérieusement avec le côté chic et parfumé qu’ils arborent en journée. Devenus des tas de graisse et de chair, ils se mélangent les uns aux autres, fusionnant dans des boules de bidoches  aux membres partant dans tous les sens, dans un chaos charnel indescriptible, laissant imaginer ce que pourrait donner une rave party entre des hémorroïdes. Unique, et une belle preuve du mariage heureux que forment Yuzna et Screaming Mad George, le premier amenant son goût pour les peintures les plus étranges tandis que le second part chercher l’inspiration dans ses peintures de jeunesses, apportant à Society des idées folles comme ce personnage avec une main à la place de la caboche.

 

 

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Visuellement, ce premier méfait du YuYu étonne donc toujours, trois décennies après son arrivée sur les écrans, que ce soit lorsqu’un pauvre jeune homme se prend le fist-fucking de sa vie ou lorsqu’un gaillard se fait retourner de l’intérieur, se transformant en un immonde tas de viscères et d’insectes. On ne voit pas ça tous les jours, c’est certain, et Society garde finalement son statut de curiosité après toute ces années, de mélange délirant entre humour bas de plafond, de sexe bandant (ah, Devin DeVasquez!), d’horreur parfois très franche et d’épouvante troublante (la sœur du héros sous la douche), le tout saupoudré d’une aura d’inceste cherchant bien entendu à gêner le spectateur. Et le tout au profit d’un scénario plutôt bien formé, certes assez balisé et passant par les étapes habituelles du film de culte, chaque scène apportant un détail supplémentaire et déroulant quelques passages obligés du genre, comme le second rôle qui en sait un peu trop et finit par avoir un accident. Pas d’une grande audace mais cela fonctionne, si ce n’est éventuellement lorsque Billy est envoyé à l’hôpital sans que cela apporte quoique ce soit à l’affaire. Mais si ces quelques minutes visant à allonger un peu la sauce forment le seul et unique défaut que l’on puisse pêcher dans Society, autant dire que l’on n’a jamais à se plaindre… Et on ne râlera sûrement pas sur le beau Blu-Ray édité chez Ecstasy of Films, qui fournit comme toujours un boulot irréprochable, avec un master beau comme au premier jour, un nouvel artwork joli comme tout, un livret vous permettant de prolonger l’expérience au coin du feu et trois suppléments intéressants puisque tenant le crachoir à Yuzna, Mad George et les acteurs principaux. Une bonne occasion pour ceux-ci de signifier que s’ils n’ont pas toujours été très à l’aise avec les séquences les plus tendancieuses de cette partouze visqueuse, ils ont tout de même passé de grands moments sur le plateau, tandis que Yuzna explique qu’il avait tenu à faire Society avant Bride of Re-Animator car ne sachant trop si son premier effort fonctionnerait auprès du public, alors que La Fiancée était assuré d’être au minimum un petit succès.

 

 

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Yuzna avait d’ailleurs bien fait : ce premier effort ne fonctionnera en effet pas des masses et passera inaperçu, forcé d’attendre que prenne forme une fanbase qui saura en louer les mérites. Parmi lesquels il ne faudrait surtout pas oublier un excellent casting : en allant chercher des jeunes gens propres sur eux et sortant pour certains des soap opera  populaires aux states à la même période (le premier rôle Billy Warlock était alors en plein dans Des Jours et des Vies), Society se crédibilise d’entrée de jeu tout en dégainant la carte de la parodie de ces mêmes séries voyant des gens riches rencontrer de menus problèmes de coeurs. Chez Yuzna, le propos est aussi clair que différent : tous ces glands bien coiffés et se baladant au soleil dans des bagnoles hors-de-prix bouffent les pauvres et ne sont qu’un ramassis de trous du cul. Littéralement.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Brian Yuzna
  • Scénarisation : Rick Fry et Woody Keith
  • Production : Keith Walley, Keizo Kabata, Terry Ogisu et Paul White
  • Pays : USA
  • Acteurs : Billy Warlock, Devin DeVasquez, Evan Richards, Ben Slack
  • Année : 1989

3 comments to Society

  • Nazku Nazku  says:

    Un jour je vais voir ce film, un jour! Il est dans ma longue liste de films à voir. ^^;

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