Plaga Zombie

Category: Films Comments: No comments

plaga1teaser

Posez vos bouteilles de Jupiler, Messieurs, car l’Argentine ce n’est pas que son équipe de foot, c’est aussi le terrain de jeu de trois amateurs passant leurs week-ends et jours de congés à fracasser des zombies en sucre. Hé ouais, le film du jour s’appelle Plaga Zombie et distribue les coups de taille-haie comme personne !

 

 

La passion, ça ne se commande pas plus que ça ne s’improvise : on l’a ou on ne l’a pas. Et au vu du CV des Argentins Hernán Sáez et Pablo Parés, coupables d’une bonne trentaine de films (dont une bonne part de courts, évidemment) tous tournés lors des jours de repos, on peut dire que ces gars ont la flamme. De celles qui crament des forêts entières et poussent des jeunes gens se crevant toute la semaine au boulot à se lever aux aurores le samedi matin pour faire mijoter du faux sang dans la cuisine ou shooter des décapitations de zomblards au grenier. Mais entre avoir l’envie de faire et disposer des capacités de bien faire, il y a souvent un monde, et rien ne dit que Plaga Zombie (1997), premier volet d’une trilogie bientôt suivie d’un quatrième volet (mais sans l’équipe habituelle puisque tenant plus du spin-off), saura faire honneur aux efforts déployés lors de sa conception. Faut d’ailleurs bien avouer que la perspective de se retrouver face à une énième invasion de zombies sans le sou (le budget est comme de juste digne des étrennes que vous refile Tonton René à la nouvelle année) n’a pas de quoi nous faire frétiller de la queue. Des films amateurs sortant de terre tout un élevage de morts-vivants mal lavés, on en a vu et l’on sait généralement dans quel cimetière on fout les pieds. Ou plutôt on devine que notre transat sera installé quelque-part entre la cabane perdue dans les bois de Sam Raimi et l’abri de jardin plein d’outils tranchants de Peter Jackson.

 

 

plaga13

plaga14

Ca ne loupe bien évidemment pas et on s’en rend compte dès la vue du pitch, invasion à priori banale du monde des vivants par celui des morts, depuis que des extra-terrestres s’amusent à kidnapper les humains pour leur injecter un virus. Que du déjà-vu en somme, et on ne sera guère surpris de voir que le trio à l’écriture et également devant la caméra mise avant toute chose sur un humour à la limite du cartoonesque, un peu comme si Daffy Duck avait été catapulté dans l’univers de Romero pour le tourner en dérision. Oui, comme 95 % de la production amateur, on sait… Sauf que contrairement aux grands débarquements d’infectés que l’on nous sert habituellement, la paire Sáez/Parès parie sur un dynamisme de tous les instants. Ayant bien étudié les premiers pas des leurs tontons Sam et Peter, les deux lascars ont en effet compris que le public peut fort bien se contenter d’un pitch archi-rabattu si celui-ci est tourné avec une putain d’énergie et surtout le petit soupçon d’âme qui va avec. A ce niveau, impossible de se tromper avec Plaga Zombie, concentré de vigueur voyant les loustics redoubler d’efforts pour éviter tout statisme. Trouver un plan dénué de mouvement ici-bas revient à tenter de dénicher Charlie dans une usine de pullovers rouges et blancs : ça relève de l’impossible, et toutes les occasions sont bonnes pour faire virevolter l’objectif d’un bout à l’autre de la bicoque où se situe l’action. Un pauvre type enrhumé va tousser ? On fonce vers lui en rasant le sol ! Un gus galope pour éviter une horde de zombies lancée à ses trousses ? La caméra le devance et reviendra vers lui lorsqu’il fera demi-tour ! L’immobilisme, nos alors jeunes réalisateurs l’esquivent comme un vegan fuit devant Ronald McDonald, et l’évidence s’impose d’elle-même : si ces gus doivent probablement bouffer du Jour des Morts-Vivants au petit-déjeuner et sont à coup sûr des amoureux du cinoche cadavérique, ils ont très probablement choisi de taper dans le living dead pour les possibilités qu’offre le genre.

 

 

plaga11

plaga12

Et quelle meilleure excuse que les films de zombie pour tuer plusieurs fois un casting réduit ? Quoi de mieux qu’une bonne bouillabaisse de revenants pour multiplier les tueries imaginatives, qui vont du lancer de piqûres aux coups de tondeuses dans la gueule ? On pardonnera d’ailleurs bien volontiers les obligatoires incohérences dues aux jeunes âges des protagonistes, à peine vieux de vingt ans mais tentant de se faire passer pour des bons adultes ayant déjà expérimenté bien des soucis (catcheur en perdition, médecin se sentant coupable d’une erreur médicale). Un peu trop boutonneux pour des rôles de trentenaires que nos preux héros, c’est sûr, mais qui s’en soucie ? Pas l’inspiré spectateur qui se sera posté devant Plaga Zombie, et qui comprendra d’emblée que le maigre scénario n’est ici qu’une belle occasion de faire un maximum de boucan dans le jardin. On n’auscultera donc pas de long en large des dialogues dénués d’inspiration ou une dramaturgie aux fraises tant le propos est ailleurs. Comme un bon groupe de punk, Plaga Zombie se fiche que quelques pains viennent s’infiltrer dans leurs accords tant que ça remue bien dans la fosse, tant que peut s’exprimer cette folle envie de mixer kung-fu et zombies, science-fiction et épouvante des caveaux, tant que les cervelets s’envolent ou servent de balles pour un jongleur. On ne s’étonne dès lors jamais que le succès, même si seulement d’estime et confiné à la seule Argentine, fut au rendez-vous, tant cette petite Série Z parvient à en remonter à bien des gros B, ne comptant pas ses heures et ne s’arrêtant jamais à l’aspect rustique de ses monstres (le maquillage des zombies est fait à partir de glaçage pour gâteaux!) pour bâcler le boulot. En ce sens, Plaga Zombie est un véritable exemple à suivre.

Rigs Mordo

 

plaga1poster

 

  • Réalisation : Pablo Parés, Hernán Sáez 
  • Scénarisation : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz
  • Production : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz 
  • Pays : Argentine
  • Acteurs : Pablo Parés, Hernán Sáez, Berta Muñiz, Walter Cornás
  • Année : 1997

A lire aussi, la chro du film sur Curious Goods par l’Uncle Jack, que je remercie encore pour le film!

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>