Teenage Monster

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Crise de jeunisme dans le cinéma horrifique des années 50 ! En effet, après quelques décennies passées à suivre les pas de vieux savants fous et de créatures ancestrales, les producteurs de tous poils misaient sur des menaces adolescentes : I Was a Teenage Werewolf, I Was a Teenage Frankenstein, Teenage Zombies,… Des bancs d’école sur lesquels vient se poser Teenage Monster, dispo en bonus sur le DVD du Loup-Garou de Washington édité chez les rois du double-programme Bach Films ? Ben pas forcément…

 

 

Car contrairement aux autres films précités, clairement pensés pour brosser dans le sens du poil un public boutonneux en lui proposant des monstres aux vestes en cuir et écoutant du rock’n roll à fond les ballons, Teenage Monster (1958) n’était à l’origine pas pensé pour grossir les rangs prépubères mais était parti pour finir comme Monster Movie tout ce qu’il y a de plus classique. Et ça se voit : située en 1880, l’intrigue joue en effet la carte du western, propulsant une météorite sur un chercheur d’or, tué sur le coup tandis que son jeune mouflet est métamorphosé au contact du caillou spatial. Défiguré, désormais poilu comme un ours, devenu simple d’esprit, le petit Charles se change, il est vrai, en un véritable teenage monster avec les années. Au grand désespoir de sa chère môman, certes devenue riche grâce à l’or déniché par son défunt mari, mais aussi incapable de développer une nouvelle relation amoureuse depuis que le fiston brise des colonnes vertébrales pour un oui ou pour un non. Alors c’est vrai, le sauvage Charles est dans la fleur de l’âge, mais avec ces décors rocailleux, ces vieux ranchs poussiéreux et ces héros se rêvant John Wayne à la place du Duke, on est tout de même loin des jeux de hanches sur du Elvis Presley comme l’affectionnait le public d’alors. On ne s’étonnera d’ailleurs pas de découvrir que le projet était aux origines titré Meteor Monster et tentait donc de draguer l’habituelle audience assoiffée de science-fiction, d’autant que le propos est largement moins simpliste qu’il n’y paraît et rappelle ses premières volontés de séduire un public adulte.

 

 

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Bien sûr, dans la grande tradition du Creature Feature, le Charly va trimballer sa grosse barbe et sa tâche de vin (qui le fait forcément ressembler un peu à Jean-Luc Reichman) entre les buissons et tomber sur quelques malheureux, leur tordant le cou de ses grosses paluches. Et ce quand il ne part pas zigouiller du bétail, qu’il voulait seulement caresser, son cerveau de gamin de 7 ans n’allant pas de paire avec son physique de colosse. Bref, on n’oublie certainement pas de donner à cette grosse bête la chance de faire monter le bodycount, et on s’assure que Teenage Monster (qui finira par retrouver son titre Meteor Monster pour une diffusion télévisée) remplisse bien le cahier des charges. Mais on sent bien aussi que le propos ne se trouve pas que dans le simple abattage de cowboys et que des velléités plus psychologiques et dramatiques entrent dans la danse. Au premier plan ne sera donc pas la traque menée contre Charles, bien évidemment dans le viseur du shérif de ce petit patelin, mais plutôt sa relation avec sa mère, tenaillée entre l’amour évident qu’elle porte à son fiston et l’idylle naissante avec le fameux shérif, que sa progéniture risque fort d’étriper un beau jour. D’autant que l’ado a, c’est bien légitime, l’entre-jambes qui le travaille et qu’il est tombé éperdument amoureux de la bonne que sa mère Ruth a embauchée, moins parce qu’elle a besoin d’aide que parce qu’elle a peur que la jeunette aille crier sur tous les toits qu’une chimère se planque dans sa demeure. Et bien consciente de l’influence qu’elle a sur Charles, la jolie Cathy va en profiter pour se débarrasser de tous ceux qui peuvent l’ennuyer, y compris une Ruth dont elle aimerait récupérer la fortune…

 

 

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Plus recherché et dramatique que la moyenne, Teenage Monster peut donc se targuer de placer l’humain au centre de son récit, et de ne pas se contenter d’un basique « je suis un gros vilain streum donc je tue tout ce qui bouge » pour faire avancer son affaire. Ici, les séquences horrifiques – qui ne feront frémir personne, mais on sait que l’horreur des fifties vieillit mal à ce niveau – sont donc lancées par les pincements sentimentaux des protagonistes, dans un retour bienvenu à l’épouvante d’antan, celle de la Universal où chaque créature avait de bonnes raisons de mordre et griffer la veuve et l’orphelin. Autant dire que contre toute attente, alors que l’on se voyait déjà postés devant un petit B Movie oubliable et sans relief, on se surprend à attendre la suite, à voir ce que les machinations de la perfide Cathy, telle une Ygor venue manipuler le monstre de Frankenstein, causeront encore comme dégâts. Plutôt inespéré pour une petite production, tournée à la va-vite pour compléter un double-bill avec The Brain from Planet Arous, perdant un réalisateur en route parce qu’il s’est vu proposer un boulot chez une major, poussant le producteur/directeur de la photographie Jacques R. Marquette (prod’ de Arous donc, mais aussi de Attack of the 50 Foot Woman) à reprendre la main, avant donc de modifier le titre pour profiter de l’engouement pour les gloumoutes quittant tout juste l’enfance. Pas franchement la genèse que l’on verrait accoucher d’un bon petit produit plein de coeur, et pourtant Teenage Monster parvient à transcender son statut de train fantôme bas de plafond pour rejoindre le camp très select des chouettes B-Movies avec des personnages attachants. On n’en espérait pas tant.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jacques R. Marquette
  • Scénarisation : Ray Buffum
  • Production : Jacques R. Marquette
  • Pays : USA
  • Acteurs : Anne Gwynne, Stuart Wade, Gloria Castillo, Gil Perkins
  • Année : 1958
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2 comments to Teenage Monster

  • Roggy  says:

    Le voilà le fameux film tourné par David D. On le reconnaît bien 🙂

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