A Night to Dismember

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L’amour, ça va cinq minutes, et c’est dans cette logique que la grande spécialiste de la sexploitation qu’était Doris Wishman quitta les ébats rosés pour les débats rougeauds. Car plutôt que de caresser la chair de son voisin, c’est à grands coups de hache qu’on la malmène dans A Night to Dismember, titre ô combien aguicheur cachant en fait un slasher très, mais alors très, spécial…

 

Pour une entrée remarquée dans le joyeux monde du psychokiller movie, c’en est une belle que Doris Wishman s’est offerte avec A Night to Dismember, rareté sortie en VHS en 83 et au début des années 2000, pour un DVD désormais rare comme un slow dans la discographie de Dying Fetus. Bien dommage d’ailleurs, puisque celui-ci renferme de nombreuses clés permettant peut-être de percer le mystère de ce slasher pas comme les autres, ruiné par un employé de laboratoire de mauvais poil qui aurait décidé de détruire une partie des négatifs qui lui étaient confiés. Tout du moins selon les dires de la réalisatrice. Ayant commencé sa course en 1977, le film n’atteindra donc la ligne d’arrivée qu’en 83, le temps nécessaire à Wishman pour combler les trous béants torturant son projet en tournant de nouvelles séquences. Généralement pas le climat permettant d’accoucher d’œuvres très abouties, on le sait, et c’est sans grandes surprises que l’on découvre que la critique lâcha les chiens sur le résultat final. Ainsi, pour certains, A Night to Dismember est « tellement mauvais qu’il en est insultant » et d’autres lui en veulent presque d’obtenir un statut culte avec les années, souhaitant plutôt à cette tentative horrifique de la Doris de rester enterrée au cimetière de l’oubli. Quelques gaillards, évidemment, louent la bande avec un sourire gros comme ça et n’hésitent pas à parler de cette nuit du démembrement comme d’un périple totalement dingo qui aurait pu être torché par Ed Wood. Pourtant, si l’on reste à la surface, rien ne semble différencier le présent petit budget du reste de la cargaison de bobines sortant les hachoirs pour singer le grand frère Michael Myers. Le titre est bien choisi et roule sur la langue, la jaquette arbore soit une inquiétante pleine lune soit une main tenant une hache en ombre chinoise, et le pitch donne dans le classique puisqu’il est, dans les grandes lignes, question d’une jolie brune internée pour avoir liquidé ses voisins. Finalement libérée depuis qu’un peu d’ordre fut remis dans ses neurones, elle repart vivre chez papa et maman, en compagnie de son frère et de sa sœur. Sauf que depuis le retour de la foldingue, les meurtres s’enchaînent dans les parages, questionnant un inspecteur sur la culpabilité de la cocotte… Bref, c’est au tout-venant du genre que l’on s’imagine déjà exposé, à une Série B riche en armes blanches comme il en pleuvait constamment dans la première moitié des eighties. Il n’en sera bien évidemment rien, Miss Wishman livrant au contraire une bande on ne peut plus unique.

 

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Comme toujours, c’est à la tenue visuelle de l’ensemble de frapper en premier lieu : très amatrice, elle rebutera immédiatement 90 % des cinéphages, même ceux se nourrissant à grandes louchées dans la marmite bis, tout en séduisant évidemment les fans hardcore du cinoche sans le sou, pour lesquels ça sera love at first sight. A priori, vous commencez un peu à connaître les lieux et savez que dans la crypte toxique, ce n’est pas une patine « vidéo des vacances de Tatie Monique à la Grande Motte » qui nous fera quitter la séance, que l’on verra par contre se vider lorsque les quelques courageux encore présents découvriront que la large majorité du métrage est narrée par l’enquêteur, un peu comme un vieux film noir des fifties ! Plutôt audacieux à l’orée des années 80, qui toléraient de moins en moins les gimmicks surannés, si ce n’est pour les parodier. Point de satire chez Wishman, mais une nécessité : puisqu’une bonne partie de ses plans sont partis à la benne, la voilà forcée de trouver une solution pour relier des séquences désormais trop disparates. Et quoi de mieux qu’un narrateur flirtant avec l’omniscience pour recoudre un vieux chandail rongé par les mites ? Dommage que ce dernier ne sache pas quoi raconter pour bouffer un peu d’espace sonore, en étant réduit à se répéter, façon « Vicki perdait la tête dans ces ténèbres. Elle ne savait plus où elle en était. Les ténèbres l’entouraient. Pourquoi tant de ténèbres ? » D’ailleurs, s’il y a bien un domaine dans lequel A Night to Dismember se foire dans les grandes largeurs, c’est bien dans celui de l’audio. Passe encore que l’amie Doris fasse de drôle de choix et balance ce qui pourrait être le générique d’un jeu télévisé façon Le Juste Prix par-dessus une scène de meurtre, on dira que c’est là la personnalité décalée de notre créatrice qui s’exprime. Plus difficiles à avaler est ce véritable chaos auditif, une tornade dans laquelle les pistes sonores s’encastrent les unes les autres, où un thème musical est soudainement interrompu par un autre avant de reprendre quelques secondes après. Pire : lorsqu’une plage est plus courte que la séquence à l’image, Wishman, ici réduite à faire elle-même le montage, rebalance tout simplement la même mélodie mais sans l’enchaîner à sa précédente lecture, créant du coup un blanc d’une ou deux secondes entre les deux sons. Et ce n’est pas fini : la prise de son étant majoritairement calamiteuse, la plupart des dialogues sont doublés… mais pas forcément en entier, nous permettant de découvrir qu’un même personnage à plusieurs cordes vocales à son arc : sa propre voix et celle de son doubleur. Pour le coup, on quitte l’amateurisme pour mettre les deux pieds dans l’incompétence…

 

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Ce n’est d’ailleurs bien évidemment pas plus fameux à l’image : comme il s’est passé plusieurs années entre deux jours de tournage, certains comédiens ont bien évidemment changé de coiffure, et l’on peine parfois à comprendre le déroulé de l’intrigue, à la fois basique et rendue compliquée par la manière dont les scènes sont (dés)ordonnées. Pourtant, à vue d’oiseau, il ne s’agit jamais que d’un whodunit portant ses soupçons sur une tarée récemment revenue au domicile, bonne excuse pour aligner les carnages. Mais sous l’oeil de Wishman, tout se complique puisque les meurtres pourraient bien être la faute d’une sorte de malédiction familiale, les unes tuant leur sœur par jalousie quand un mari ne s’arrange pas pour que son épouse passe de vie à trépas. Et puis, avec cette tendance à sauter du coq à l’âne, on a tôt fait de perdre le spectateur vu que certaines scènes semblent se concentrer sur Vicki, puisque c’est d’elle que parle notre cher détective… alors que c’est sa sœur Mary que l’on voit à l’écran ! Rajoutez par-dessus tout cela un générique de fin se mélangeant les pinceaux quant à qui joue quoi (certains personnages sont associés aux mauvais interprètes, un comble !) et des séquences oniriques généralement incompréhensibles (poignardée à répétition, Mary a pourtant droit à des gémissements de plaisirs pour accompagner son calvaire). La réalisation de Wishman étant déjà très « autre » lors des passages enfoncés dans la réalité la plus pure, on finit par se demander si les personnages sont prisonniers de leurs songes ou s’ils sont éveillés. Quant à nous, cela fait bien longtemps que l’on se sent enfermés dans un labyrinthe mental, comme si nous étions sous LSD pour un trip sacrément bad. Mais aussi sacrément génial.

 

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Car on a beau ne pas comprendre grand-chose au spectacle ici offert, nous demandant pourquoi le frère de Vicki tient tellement à la renvoyer dans sa chambre capitonnée par exemple, on finit hypnotisé par cette bisserie d’une autre dimension. D’une part parce que, peut-être fatiguée d’avoir donné dans l’étreinte humide durant de nombreuses années, Doris ne retient pas ses coup et offre un slasher sacrément généreux question viande morte. Une vieille femme a la tronche écrasée par une bagnole (du Troma avant l’heure), son doux époux se retrouve avec le crâne fendu et le coeur arraché à mains nues, les coups de haches pleuvent, les machettes décapitent, les nuques sont trouées de toute part, tout cela dans un tourbillon d’effets si peu crédibles que pour y croire, il faut voir des holocaustes dans vos paquets de frites au ketchup ! Là où passe la famille de Vicki (incarnée par la pornstar Samantha Fox, tout de même), les membres virevoltent, quelquefois avec des ajouts psychédéliques comme des spirales ou un effet de négatif, et 70 minutes jamais chiantes plus tard, on ressort de l’expérience essorés, heureux d’avoir assisté à une œuvre totalement surréaliste et presque incompréhensible. Au point que pour le commentaire audio du DVD, Wishman elle-même avait bien du mal à résumer l’intrigue ou décrire ce qu’il se passe à l’écran, A Night to Dismember, en bonne partie tourné dans son appartement de l’époque, étant même trop insondable pour sa propre génitrice. C’est dire si ça vaut le coup de se laisser démembrer…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Doris Wishman
  • Scénarisation : Judy J. Kushner
  • Production : Doris Wishman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Samantha Fox, Diane Cumins, Saul Meth, Miriam Meth
  • Année : 1983

 

2 comments to A Night to Dismember

  • Roggy  says:

    Il y aurait donc une autre Samantha Fox qui aurait œuvré dans le cinéma coquin ? 😉

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