Les Démons

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Bien que paré d’un prénom christique, l’ami Jesús Franco a toujours été plus intéressé par les diablesses que par les papesses, et c’est sans surprises qu’il s’en va mettre la zizanie dans un couvent pour le bien de son plutôt estimé Les Démons (1972), nouvelle entrée dans le cinoche inquisiteur. Accrochez les pinces-à-linge à vos tétons, car ça va torturer dans la joie… et un peu dans la mauvaise humeur.

 

Bien qu’auteur à ses heures, Jess Franco n’a pour autant jamais échappé bien longtemps à la règle numéro 1 du cinéma d’exploitation : quand un gros succès fait des vagues dans les salles obscures, on ne cogite pas trop et on agrippe sa planche pour surfer à son tour. Et puisque Les Diables (1971) de Ken Russel a rappelé à quel point il peut être profitable d’insérer le Malin dans les jupes des bonnes soeurs tout en jonglant doucement mais sûrement avec les complots politiques, ben le père Franco fait de même via Les Démons, le tout sous la production de Robert de Nesle. Les Démons du Sexe (deuxième titre français de ce très long métrage de 2 heures) aligne d’ailleurs ses thématiques dès sa séquence d’introduction, voyant une sorcière on ne peut plus stéréotypée (cheveux gris, moche au possible, le visage attaqué par des verrues grosses comme des bourdons) subir les tortures de l’inquisition, menées par le terrible juge Jeffries (Cihangir Gaffari), très décidé à découvrir si la martyre est bien une bonne copine de Satan ou non. Après avoir transpercé son bras avec une aiguille en découvrant qu’elle ne saigne pas, lui avoir trouvé des marques sous la langue et s’être rendu compte que l’eau s’évapore au contact de sa poitrine ridée, il est fort logiquement décidé de lui réchauffer les petons sur le bûcher. Plutôt mécontente du destin brûlant que ses assaillants viennent de lui réserver, y compris la cruelle et sadique Lady Winter (Karin Field), la mégère lance une malédiction sur tous ses ennemis, promettant que ses deux filles causeront la perte de tous ces sinistres catholiques.

 

 

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De quoi faire piquer un stress à la Winter, par ailleurs devenue très suspicieuse en apprenant que séjourne au couvent de Blackmoor deux sœurs orphelines et aux origines dès lors inconnues : Kathleen (Anne Libert) et Margaret (Britt Nichols). La première se fait d’ailleurs bien remarquer, elle qui dort nue et gémit dans son sommeil, rêvant des douces caresses du vent sur son épiderme enfin libéré de sa robe de bénédictine. Pas de doute, pour Lady Winter, il s’agit là de la marque du Diable, qui viendrait rendre visite à Kathleen toutes les nuits pour la faire sienne. Embarquée et ramenée dans le donjon personnel des Winter – Lord Winter étant incarné par un Howard Vernon a priori plus passionné par l’astrologie que la démonologie – la pauvre Kathleen sera tourmentée par les hommes de Jeffries et de Renfield (Alberto Dalbes), bras droit et armé du juge… et coeur plus tendre qu’il n’y paraît puisque bientôt séduit par une Kathleen ensanglantée. Au point qu’il finira par la libérer et tenter une fuite à ses côté, créant la discorde dans le château des Winter. De son côté, Margaret reçoit carrément la visite d’un démon porté sur la sodomie et qui la transforme (par voie anale donc) en une apprentie sorcière. Une rencontre avec une vieille ermite aveugle sataniste plus tard, et Margaret devient une véritable pro de la magie noire promettant de se venger des tortionnaires de sa pauvre maman.

 

 

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Pas très étonnant que Robert de Nesle ait refilé à Franco le projet Les Démons ; après tout, le copain Jess s’était déjà fendu d’un Bloody Judge réussi et partant dans les mêmes douves, contenant par ailleurs la même figure, bien réelle, du juge Jeffries. Mais si Le Trône de Feu, titre plus frenchy de Bloody Judge, était une pure bande historique, peut-être pas toujours très rigoureuse mais sachant en tout cas ne pas plonger dans les délires habituels de Jess, Les Démons se fera pour sa part clairement fantastique. Avec son démon enculeur de religieuses et sa sorcière capable de transformer en squelette (en plastoc) les malheureux qu’elle embrasse, cette bisserie tournée au Portugal et partageant quelques décors avec Une Vierge chez les Morts-Vivants (1973) ne traque donc pas la crédibilité et préfère, comme le dit l’indispensable Alain Petit dans les bonus de cette belle édition made in Artus, se vautrer dans une folie digne des BD d’Evilfrance. Car ici, seule compte réellement l’exploitation. Certes, le catholicisme se prendra le coup de boule qui lui est dû, et il est évident que le propos est de souligner l’hypocrisie des Winter et du Jeffries, qui ne supportent pas le moindre écart dans la foi mais ont, pour leur part, des centaines de morts à leur actif et n’hésitent pas à tromper leurs conjoints à quelques mètres seulement des dépouilles de jeunes filles lacérées. Et lorsque tout ce beau monde tombe sur une demoiselle qui n’a en aucun cas les attributs d’une sorcière comme la pauvre Kathleen, ils refusent d’admettre leur erreur et la feront tout de même passer comme une vilaine mégère sortie des Enfers. Oui, il y a un petit message anti-clérical à ressortir de tout cela, mais le but de l’opération reste néanmoins clair : balancer de la fesse toutes les dix minutes ! Ainsi, lorsque les deux sœurs ne feront pas des rêves très humides ou n’iront pas profiter de l’amour que leur porte soudainement leur bourreaux, elles se verront offrir un anulingus par Lady Winter ou caresseront les fesses potelées de la Mère Supérieure, qui ne supportera d’ailleurs pas ses désirs nouveaux et finira par se jeter dans le vide.

 

 

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Évidemment, présenté ainsi, Les Démons a tout du petit bis attirant. Malheureusement, avec 120 minutes au compteur, la partie de jambes en l’air avec Lucifer semble également bien longue, et les réguliers retournements de situation n’y changent malheureusement pas grand-chose. Aussi chaudes soient-elles, les séquences érotiques finissent vite par devenir pénibles, même si elles se voient accompagnées d’une bande-son psychédélique plutôt étonnante – et donc amusante – au vu du sujet. Mais voilà, on s’ennuie un peu à intervalles réguliers et on regrette que l’ensemble ne fasse pas 20 ou 30 minutes de moins, et un montage plus resserré aurait probablement profité à cette messe noire, du reste chatoyante. Certes, le doublage français n’aide comme toujours jamais le résultat final à s’élever, mais ce n’est en aucun cas gravissime puisque Franco offre, et c’est là aussi habituel, une réalisation de grande classe pour un tournage que l’on sait pourtant éclair. Toujours doté de cet œil incroyable, Jess aligne en quelques minutes des plans qui mettraient, chez un autre, toute une journée de savants calculs pour être emballés. Bien aidé par des décors à tomber, Jesús livre un Démons à la patine glorieuse, et ne se livre à ses tics parfois agaçants que lors des ébats entre demoiselles, un peu trop généreux en zooms sur les foufounes poilues de son casting… Un joli petit film qu’il est difficile de s’envoyer d’une traite, mais méritant une halte, d’autant qu’Artus propose bien sûr une copie impeccable puisque bénéficiant de la haute-définition, combo Blu-Ray/DVD oblige.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénarisation : Jess Franco
  • Production : Robert de Nesle
  • Pays : France, Portugal
  • Acteurs : Anne Libert, Britt Nichols, Karin Field, Alberto Darbès
  • Année : 1972

One comment to Les Démons

  • Roggy  says:

    Un “Jesus” que je n’ai pas encore maté. Si ça a l’air un peu long, les filles ont tout de même le poil dru et les hommes la torture facile 🙂

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