L’Invasion des Araignées Géantes

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On se fait une toile avec Bill Rebane ? Pourquoi refuser en effet d’aller écluser quelques bières dans la tanière de ce faiseur de Séries B souvent mal fagotées, tant nous sommes assurés de repartir avec un sourire gros comme ça de l’expérience. Pari encore gagné avec L’Invasion des Araignées Géantes, on ne peut plus imparfait… et séduisant en diable pour l’exacte même raison.

 

 

On sait qu’une conception ne fut pas des plus agréables pour son auteur lorsque celui-ci rebaptise lui-même sa propre œuvre pour s’en moquer. Bill Rebane, visiblement rincé par le tournage de son The Giant Spider Invasion (1975), ne se prive donc pas pour la renommer The Giant Spider Disaster, signe peu trompeur quant à l’image qu’il a de son propre méfait. Il faut dire que le tournage n’avait rien d’une journée à la fête foraine pour l’auteur de The Capture of Big Foot : entouré de quatre autres producteurs, le pauvre doit donc composer avec autant d’avis différents lorsque vient le moment de valider le script pour sa tarte à la mygale, scénario par ailleurs réécrit encore et encore et bien évidemment non-terminé lorsque débute les prises de vue. Pas l’idéal, c’est certain, et Rebane devra en prime composer avec une enveloppe de 300 000 dollars dont seulement 10 000 sont dédiés aux effets spéciaux. Une bien trop maigre portion pour un long-métrage dont toute la promotion et le concept est justement basé sur les fameux effets, censés précipiter sur une petite bourgade des tarentules, maousses sur le papier et en mousse à l’écran. C’est que Mister Rebane n’a bien évidemment ni recours aux CGI, encore à inventer, ni à la technique du grossissement d’un animal à la Ted V. Mikels, préférant tout construire « en dur » sur son plateau. Pour une véracité renforcée ? Ben pas vraiment…

 

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Disons-le tout net : si L’Invasion des Araignées Géantes s’est forgée une petite aura de culte, c’est parce que ses fameuses menaces à huit pattes sont ratées de chez ratées, et sûrement pas pour autre-chose. Indignes du plus minable des magasins de farces et attrapes, elles ne sont jamais que d’énormes boules de poils, façon jouets pour chatons, de taille variables selon les besoins de Rebane et son équipe. Et comme chez le vieux Bill on a la démerde dans le sang, quand vient le moment de se demander comment on pourrait bien faire se mouvoir une grosse peluche de plus de dix mètres, on l’accroche ni vu ni connu au toit d’une bagnole pour la faire avancer, tandis que les techniciens auront pour ordre de faire bouger les pattes en rythme. Autant dire que question crédibilité, on repassera. Et que pour trouver des frissons dans cette drôle d’invasion, il faudra se lever tôt, les bonnes idées de Rebane (une araignée de la taille d’un clebs sortie d’un tiroir, les gros plans sur ces pauvres protagonistes avalés tout crus, les pattes qui traversent murs et fenêtres) étant toutes ridiculisées par ces trucages dont ne voudraient même pas des cinéastes amateurs boutonneux. D’ailleurs, en bon foireux qu’il est, le poto Bill oublie de filmer ses effets spéciaux lorsqu’ils se déroulent à peu près comme prévu : lassé d’avoir à attendre que l’une de ses veuves noires factices explose dans une déflagration voulue comme épique, il coupe sa caméra et se détourne de la scène… alors que l’explosion arrive bel et bien dans son dos ! Mélange de manque de moyens castrateurs et d’incompétence pure et simple (auquel il faut rajouter des conditions de travail parfois dangereuses si l’on en croit certains retours, quelques techniciens ayant failli être écrasés ou empalés par les pattes des bestioles!), The Giant Spider Invasion a donc tout du doux ratage, de ces cult movies cheesy en diable que l’on se repasse en boucle. Et ce même si l’affaire prend un temps indécent pour en venir aux faits.

 

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On ne sait trop si c’est parce que ses insectes n’étaient pas encore opérationnels ou si c’est parce qu’il a jugé qu’il valait mieux ne pas trop les montrer (point de vue on ne peut plus défendable), mais Rebane y va à reculons lorsqu’il s’agit de rentrer dans le vif du sujet. Eh oui braves gens, il vous faudra patienter sacrément pour voir ne serait-ce qu’un bout de mandibule – et pour être franc, vous ne verrez pas grand-chose de plus puisque Bill ne filme jamais une araignée en entier, si ce n’est les quelques réelles qu’il envoie dans la vaisselle de ses héros – tout l’aspect horrifique et la fameuse invasion n’intervenant qu’après 40 minutes de film. Et ce sur un métrage ne durant que 75 minutes, pour info. Donc avant que les champs ne soient ravagés et que le bon peuple décide de se rebeller contre ces noires vilainies, il faudra subir les habituelles et emmerdantes explications scientifiques (ici, les bébêtes sortent d’un trou noir et de noix de cocos remplies de diamants, ce qui est déjà assez perché en soi) et la petite vie de famille de quelques fermiers si ploucs qu’ils en tombent dans la parodie. Est-ce que ces longues prémices en sont pénibles pour autant ? Non car contre toute attente, Rebane bénéficie d’un casting de comédiens capables, largement composé d’ancien acteurs du petit écran alors plus ou moins au chômedu, et profite en sus de personnages assez amusants. Que l’on parle de ce redneck aux cheveux mi-longs et blonds ne s’inquiétant pas que toutes les vaches de ses pâturages sont retrouvées déchiquetées s’il peut trouver des diamants à offrir à son amante ; ou de la femme de ce fermier, alcoolique au dernier degré et qui se changerait bien en cougar pour croquer le boyfriend de sa jeune sœur (qui se trimballe en petite tenue une apparition sur deux), on peut dire que l’on ne manque pas de protagonistes hauts en couleurs. Mention spéciale au shérif du comté, constamment hilare et grand amateur de blagounettes à faire honte à l’équipe de Phillipe Bouvard, et que l’on sent toujours à deux doigts de briser le quatrième mur à la massue.

 

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En bref, et comme souvent lorsque l’on cause des sorties du défunt (mais déjà ressuscité sous le nom Ciné2Genre) Crocofilms, on tient avec L’Invasion des Araignées Géantes un excellent concurrent pour les soirées arrosées entre amis, avec Tutti Frutti et pizzas aux poivrons avec des gros trous dedans. Ca ne vous rendra pas moins cons à la fin de la journée, mais ça aura fait un peu d’espace dans vos petits cervelets… En bonus, la galette propose une petite interview de 6 minutes avec le Bill en personne, et un court-métrage avec Lorant Deutsch filmé dans une bâtisse envahie par les toiles d’araignées. Thématiquement, c’est plutôt raccord, donc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bill Rebane
  • Scénarisation : Richard L. Huff, Robert Easton
  • Production : Bill Rebane, William W. Gillett Jr., Richard L. Huff
  • Pays : USA
  • Titre original : The Giant Spider Invasion
  • Acteurs : Steve Brodie, Barbara Hale, Leslie Parrish, Robert Easton
  • Année : 1975

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