The Jane Doe Identity

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Vous savez comment nous sommes dans la crypte : les bêtes de festivals, les films trop hypés qui repartent avec des récompenses plein les valises, on s’en méfie toujours un peu, de peur de tomber sur du cinéma de genre aussi prétentieux qu’emmerdant. Du coup, The Jane Doe Identity, nom hexagonal à la con cachant The Autopsy of Jane Doe, on avait un peu esquivé, le temps au moins que le buzz refroidisse et que l’on puisse rejoindre la morgue d’André Øvredal d’un œil neutre. Grand bien nous en a pris, car cette autopsie mérite, une fois n’est pas coutume, sa bonne réputation.

 

 

Décidément, James Wan n’en finit plus de faire des petits, le créateur des franchises Saw et Insidious ramenant même dans le droit chemin de l’épouvante old-school ses petits confrères un jour assis devant son excellent The Conjuring. Il en est ainsi d’André Øvredal, réalisateur norvégien auquel on doit Troll Hunter, found-footage propulsant son audience dans les forêts  habitées par de gigantesques créatures. Pas franchement ravi à l’idée d’être catalogué comme un faiseur de bandes à ranger dans le même rayon que Paranormal Activity et compagnie, le Nordiste a un beau jour décidé qu’il allait plutôt suivre le retour aux saines bases du genre introduit par Conjuring. Back to basics quoi, et c’est en sortant de la salle du gros succès du poto Wan qu’il contacte son agent pour que celui-ci lui déniche un script de pure épouvante, à l’ancienne et misant largement sur l’atmosphère. Coup de bol, traîne depuis quelques temps à Hollywood un scénar’ à la réputation enviable et sur lequel Øvredal pose immédiatement ses grosses paluches. Pas de doute, The Autopsy of Jane Doe sera son prochain projet, cette virée chez les médecins légistes contenant tout ce qu’il veut développer dans son art. La suite, on la connaît : le long-métrage fait la tournée des festivals en 2016 et 2017 et finit par devenir un petit évènement, le gros des troupes de la fantasticophilie louant les mérites de la pelloche du viking. Et contrairement à certains films indépendants montés en épingle alors qu’ils tenaient plus de la petite gifle offerte par Vincent McDoom que de l’uppercut balancé par Mike Tyson (Green Room, au hasard), le tripatouillage des intestins de la belle et mystérieuse Jane Doe vaut pour sa part réellement le détour chez le coroner.

 

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Alors qu’ils s’apprêtent à fermer boutique après avoir enquêté sur le cas d’un vieil homme calciné dans sa propre cuisine, Tommy (Brian Cox) et Austin (Emile Hirsch) Tilden, médecins légistes de leur petit patelin, reçoivent un nouveau colis de la part des autorités. Une certaine Jane Doe (nom donné à toutes les personnes inconnues jusqu’à ce qu’une identification soit faite), jolie adolescente retrouvée enterrée dans la cave d’une famille décimée dans des circonstances étranges. Payés pour découvrir de quoi est décédée la demoiselle, le père et son fils débutent donc les outrages d’usages : ouverture du torse, découpe du cœur, coup de scie circulaire dans la boîte crânienne, inspection des poumons… Au fur et à mesure que l’autopsie avance, des évènements de plus en plus étranges et paranormaux se font ressentir, au point que les Tilden se demandent s’ils ne feraient pas mieux de fuir tant qu’ils le peuvent encore. Problème : une tempête fait rage au dehors et ils sont désormais enfermés avec un cadavre pas comme les autres.

 

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Finalement, on comprend aisément pourquoi Øvredal fut tout de suite séduit par le dossier Jane Doe, qui répond effectivement à toutes ses attentes. Largement basé sur un suspense  allant crescendo et prenant bien son temps au départ, The Autopsy lui offre la possibilité de rejoindre James Wan sur le créneau du frisson classique (dans le meilleur sens du terme) tout en se proposant un semblant de nouveauté au public. Certes, ce n’est pas la première fois que l’épouvante se glisse dans une morgue ou dans les métiers basés sur la chair morte (Phantasm bien sûr, Dead and Buried encore, le Mortuary de Hooper et la Série B plus ancienne de 83, Le Veilleur de Nuit), mais il n’est pas commun de faire d’une chambre froide où se reposent les macchabées l’unique décors d’un huis-clos sentant bon les viscères en putréfaction. Et il est encore moins habituel de faire de l’obligatoire menace paranormale une jolie donzelle déjà morte, et par extension constamment allongée sur une table de fer dont elle ne bougera jamais. De quoi titiller la curiosité, mais également rendre méfiant : Øvredal a-t-il les épaules assez solides pour maintenir l’intérêt tout du long ? Est-ce qu’il est véritablement capable de répandre la peur avec pour tout élément une cocotte refroidie en train de faire la sieste entre les bistouris et les cisailles à os ? La réponse résonne comme un coup de tonnerre : oui, trois fois oui !

 

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Pas plus con qu’un autre, le Norvégien se rend tout d’abord bien compte du potentiel de malaise que répand Jane Doe, sublime jeune fille disséquée et triturée dans tous les sens par les Tilden (inutile par ailleurs de préciser que l’interprétation est au beau fixe ici), entièrement dénudée et exposée au milieu d’un musée rempli de photos de grands brûlés, de défunts emballés dans des sacs et enfermés dans leurs chambres froides. Bien que cinématographique en diable (notamment via une photographie à tomber), le résultat à l’écran n’oublie donc jamais à quel point le job des Tilden est décalé et troublant, eux qui doivent finalement malmener ce qui n’est plus qu’un tas de viande gelée pour espérer justement en faire jaillir toute son humanité, trouver la cause du décès et donc rendre justice à la pauvre Jane. Si Øvredal sera bien obligé d’y aller de quelques passages horrifiques conviant spectres ou zombies – des séquences d’ailleurs particulièrement réussies, chaque scène montrant les cadavres ambulants, toujours soigneusement et intelligemment présentés auparavant, faisant son petit effet – le gros de The Jane Doe Identity collera finalement au plus près au boulot des médecins légistes, dont le savoir et les méthodes font avancer le récit. A chaque nouvelle découpe, à chaque nouvel organe analysé, Tommy et Austin feront de sinistres découvertes, se rendant compte qu’ils sont face au cadavre d’une femme au corps intact et donc dénué de marques de violence… mais aux entrailles torturées. Du gore post-mortem – par ailleurs largement présent et souvent à même de vous couper l’envie de finir votre plat de tagliatelles – certes, mais placé au service d’un effroi plus élevé, et utilisé comme un véritable ressort dramatique. Logique, puisque les Tilden sont finalement des détectives, manipulant des indices qui ne sont pas des mégots de cigarettes oubliés ou des cheveux tombés sur la moquette, mais bien des morceaux de cervelet ou des tranches de lard humain.

 

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Un script plutôt malin que celui-ci donc, et auquel on ne reprochera que quelques retournements de situation parfois peu crédibles (le retour de la petite copine d’Austin) et quelques facilités scénaristiques grossières. Gênante est par exemple cette poussée de perspicacité des Tilden, soudainement capables de deviner le passé complet de la Miss Doe alors qu’ils pataugeaient encore dans l’incompréhension quelques minutes auparavant. Et pas bien utile d’ailleurs, cette volonté de tout expliquer, de se rouler dans un background pas très utile pour la jolie Jane, dont on devine immédiatement le statut et n’avait de toute évidence guère besoin de plus de développements… De maigres fautes, néanmoins, en tout cas pas suffisante pour encrasser durablement l’image que l’on gardera de The Autopsy of Jane Doe, véritable tour de force et l’un des horror movies premier degré les plus réussis de sa génération. James Wan a bien du souci à se faire, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : André Øvredal
  • Scénarisation : Ian Goldberg, Richard Naing
  • Production : Fred Berger, Eric Garcia, Ben Pugh…
  • Pays : USA, Grande-Bretagne
  • Acteurs : Brian Cox, Emile Hirsch, Olwen Kelly, Ophelia Lovibond
  • Année : 2016

4 comments to The Jane Doe Identity

  • freudstein  says:

    Excellent film!moi, j’en ai eu des frissons dans le dos et crois-moi j’en ai vu…
    De plus les acteurs sont au top et fait passer la relation père/fils de façon totalement ambigûe(en tout cas c’est mon ressenti)jusqu’au final,on est scotché devant son écran!
    une excellente surprise.

  • Roggy  says:

    Excellent texte pour un film qui l’est tout autant. Surtout dans sa première partie pour moi, la deuxième étant plus classique mais quand même réussi. Tu as raison, quelques situations sont un peu inexplicables, à se demander si tout est réel et n’a pas déjà basculé dans le fantastique.

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