Docteur Jekyll et M. Hyde

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La propreté, la bienveillance, la respectabilité, tout cela est considéré comme la moindre des choses dans les milieux autorisé mais c’est également tristement chiant… L’ami Jekyll pensait la même chose et a décidé de réveiller la bête qui sommeillait en lui…

 

Dans la grande famille des Classic Monsters, le Dr Jekyll, ou Monsieur Hyde selon ce qu’il a bu la veille, fait partie des grands rejetés, le type à qui on refuse l’accès de la discothèque. Vous ne le verrez donc jamais attablé entre la momie et Dracula ou pincer le cul de la fiancée de Frakenstein. Pourquoi ? Parce que les monstres du bestiaire classique sont ceux de la Universal (on dit les Universal Monsters d’ailleurs) et que Jekyll/Hyde sort de chez Paramount et est maintenant chez Warner. Pourtant, ce film de 1931 s’inscrit parfaitement dans la mouvance de l’épouvante initiée par Dracula et Frankenstein. Même type de réalisation, décors proches, ambiance comparable, le long-métrage de Rouben Mamoulian, sosie de Patrick Timsit sur certaines photos (je vous le dis c’est pour l’anecdote), mérite d’être anobli comme les autres. Alors sus à l’injustice et attachons le double-tableau du docteur et de son ami caché dans la crypte, ils le méritent bien !

 

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Comme chacun sait, ce film est, comme celui avant lui et les nombreux sortis par la suite, adapté de l’oeuvre de Robert Louis Stevenson : L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. L’histoire ne change jamais des masses, on trouve toujours le bon et intelligent Docteur Jekyll qui, un peu comme son cousin savant Frankenstein, veut pousser plus loin les limites de la science. Il crée alors un jus de fruit au gout de la myrtille qui lui permettra de scinder son âme en deux. Ca marche tellement bien qu’après avoir bu cette soupe, le pauvre doc’ se change en Mister Hyde, un type immonde, dans la tronche comme dans le comportement. Cet enfoiré de Hyde (c’est dit tendrement), va faire vivre un véritable enfer à une jeune fille tandis que le couple que Jekyll forme avec une demoiselle de la haute se détruit peu à peu. Disons-le tout net, cette bande n’est pas la plus horrifique de l’époque. Bien sûr, le public de 1931, plus impressionnable, devait gueuler quand Jekyll devient Hyde, et il y a quelques scènes d’épouvante, mais globalement le film s’apparente plus à un drame. Lorsque ce primate de Hyde s’en prend à la pauvre prostituée Ivy, qu’il séquestre, on ressent une peur finalement plus humaine, avec l’impression que la violence domestique pourrait se passer à coté de chez nous. Hyde devient donc un pendant dramatique et cinématographique du mari qui bat sa femme, comme une représentation de l’horreur « banale », réelle. Un être qui fait moins de mal qu’un Dracula ou un monstre de Frankenstein en un sens, puisqu’ils tuent beaucoup plus de monde, mais dont la violence reste fictive. Dans Dr Jekyll et Mr Hyde, il y a comme un arrière gout de vrai qui nous laisse penser que derrière la façade souriante, il se cache peut-être une violence domestique que l’on ne soupçonne pas…

 

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Docteur Jekyll et Mr Hyde, le film, est assez riche en thématiques et divers brainstorming qu’on peut se faire après la séance (je sais que plus personne ne risque de voir ce film au cinéma, mais c’est plus beau que de dire « après la vision » non ?). La plus intéressante est la dualité Jekyll/Hyde, bien entendu. Jekyll, en bon docteur de l’époque, est un gars des galas, né avec une coupe de champagne en main et un haut de forme sur le crâne. Il est pour ainsi dire parfait si l’on met de coté sa tendance à se prendre pour un dieu. D’ailleurs comme Frankenstein, il paiera (et plus cher) ses envies de grandeur. Hyde, lui, ne se pose pas de questions et se comporte comme bon lui semble, au grès de ses envies et caprices. Il veut baiser ? Il baise, il prend la fille sans lui demander son avis. On le fait chier ? Il cogne. La vie est simple pour lui et il est là pour en profiter un max. C’est l’égoïste dans toute sa splendeur, l’hédoniste ultime. Mais à bien y regarder, il n’est pas si diffèrent de Jekyll. Il ose juste faire ce que son pendant respectable n’a pas les burnes d’oser. Jekyll se retient mais n’est pas forcément meilleur. En témoigne son envie de se marier aussi vite avec sa promise. Les plus sensibles y verront son amour, son envie d’être lié à celle qu’il aime. Mais on peut aussi se dire qu’il veut juste niquer plus vite ! Le père de la dame le sent et lui répète souvent que c’est indécent d’insister autant. Hyde n’est donc pas qu’une forme diabolique de Jekyll, avec une gueule de singe en plus, mais aussi une forme plus honnête. On peut d’ailleurs penser que ce qui pousse Jekyll a créer ce jus de pomme infernal, cette supériorité, est au fond un trait de caractère de Hyde, déjà bien présent en lui. Il a juste besoin d’une excuse pour se comporter comme il le désire réellement.

 

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Ce qui impressionne avec ce film plus qu’avec les autres comme Frankenstein ou La Momie, c’est la qualité de ses effets spéciaux. Le changement de Jekyll en Hyde est toujours aussi impressionnant, bien plus que la transformation en loup-garou dans The Wolfman, pourtant sorti dix ans plus tard. Coté rythme non plus, pas trop de problème. Bon, c’est forcément un peu lent, mais c’est le lot des films de l’époque, qu’on ne regarde pas pour que ça chie dans tous les sens mais plutôt ça pour se relaxer, comme confortablement installé dans un bon fauteuil profond et douillet. Le film est assez triste, et parfois drôle ! Lorsque ce cochon de Hyde débarque dans le cabaret, on se marre plus que dans une comédie française. Vous me direz que vous venez pour vous chier dessus de peur, pas pour pisser de rire. Le film est plus soft à ce niveau mais il n’est pas interdit de ressentir un petit frisson lorsque la silhouette de Jekyll, qui observe une dernière fois sa petite amie de loin, gonfle soudainement en celle de Hyde. Une excellente scène, définitivement marquante dans le paysage horrifique, et pas seulement de l’époque !

 

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Alors oui, c’est injuste que cet excellent Docteur Jekyll et Mr Hyde ne soit pas reconnu à sa juste valeur car il vaut bien un bon loup-garou, une momie ou Dracula. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser qu’il est même un peu plus présentable et profond… Ne serait-ce que par l’excellente prestation de Frederich March, crédible en Jekyll et à la fois drôle et effrayant en Hyde. Reste que le personnage a finalement eu, trente ans plus tard, sa place avec les autres grâce à la Hammer qui le plaça au même rang que les autres gloumoutes de notre enfance. Une place de choix pour ce personnage mythique et ambigu. Alors quand vous vous enverrez votre coffret Blu-Ray des classiques de la Universal, n’oubliez pas de ressortir le film de Mamoulian, vous verrez qu’il se fond bien dans la foule lugubre des classiques du noir et blanc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Rouben Mamoulian
  • Scénario : Samuel Hoffenstein, Percy Heath
  • Production : Paramount Pictures
  • Pays: Etats-Unis
  • Acteurs: Frederich March, Miriam Hopkins, Rose Hobart, Halliwell Hobbes
  • Année: 1931

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