Orgie Satanique

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C’est l’heure de la messe pour Artus Films, qui quitte un temps les délires jazzy de Jess Franco et les cimetières forts en gore de Lucio Fulci pour rejoindre la sombre procession du Comte Sinistre. Soit un vampire bien de chez nous, puisque localisé en France et ravis de sacrifier des petites Anglaises pour montrer à Satan combien il lui est dévoué. Sortez les crucifix dès lors, car Orgie Satanique fricote avec le Malin et les quenottes pointues…

 

 

 

Rien à faire, il y a des titres qui attirent immédiatement l’attention et font autant travailler l’imagination que le bas -ventre. Orgie Satanique (1965) est indéniablement de ceux-là, cette petite production britannique prenant un franc plaisir à afficher sur sa devanture deux tabous à même de choquer la bourgeoise : le cul pratiqué en groupe et la dévotion au grand cornu. C’est du moins le cas par chez nous, le titre d’exploitation français se gardant bien de traduire à la lettre ce Devils of Darkness, histoire de laisser planer le doute quant à la possibilité de trouver quelques verges fièrement dressées et des entre-jambes humides dans ce qui tient, pourtant, du pur gothique british. On devine d’ailleurs bien vite que les tétons pointus et les culs rebondis ne seront jamais de la partie, quoique tente de nous faire croire l’appellation hexagonale de cette Série B tentant plutôt de reproduire la recette de la Hammer. L’introduction laisse en effet présager des intentions de Lance Comfort, réalisateur passés par tous les genres (on vous laissera vous installer devant l’excellent supplément d’Eric Peretti pour tout savoir sur le bonhomme) et ici sur les traces de Fisher et compagnie. Les premiers plans montrent ainsi un magnifique champ de tombes, envahi par la brume, tandis qu’un être encapuchonné s’approche d’une stèle frappée d’un sceau en forme de chauve-souris. C’est d’ailleurs une vile pipistrelle que l’on verra s’échapper du sarcophage de pierre, s’en allant vers un heureux et musical mariage entre gitans, la bête immonde s’empressant de corrompre l’âme de la mariée, dès lors sous l’influence d’un Comte Sinistre qui ne va certainement pas s’arrêter à cette première conquête…

 

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Ainsi, quelques dizaines d’années plus tard et dans un monde moderne, le bien-nommé Armand Sinistre (ah ah) sort à nouveau de son sommeil, accompagné de la Tania désormais sous sa coupe, pour faire vivre un véritable enfer à une bande d’amis Londoniens. Après en avoir liquidé deux dans une grotte, ils mordent et brûlent une troisième, laissant l’unique survivant, Paul Baxter, on ne peut plus perplexe. Si la police, symbolisée par l’inspecteur Malin (vous voyez venir l’entourloupe, n’est-ce pas?), semble plus passionnée par les croissants du matin que par ces accidents ou soi-disant suicides, Baxter pense qu’il y a anguille sous roche. D’autant qu’il a trouvé un étrange médaillon en or, prenant la forme d’une chauve-souris, sur les lieux où son amie se serait donnée la mort. Le beau Armand Sinistre ayant visiblement besoin de son médaillon, à priori indispensable pour ses futures messes noires, il va se mettre en tête de suivre Paul et éliminer tous ses proches… Morsures par ici, pauvre scientifique agressé par son serpent et écrasé par une cage par là, découverte d’une poupée vaudou ou ses affaires mises sens dessus-dessous, Paul Baxter subit donc les affres d’une société secrète toute entière dédié à un vampire frenchy, lui-même en liaison directe avec Belzébuth. Un peu dingo sur le papier, mais rendu suffisamment crédible à l’écran pour que la pilule passe, Comfort jonglant entre le fantastique pur et dur et le film de secte crédible.

 

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Difficile d’ailleurs de ne pas reconnaître un statut de pionnier à Orgie Satanique, en avance sur son temps de cinq ou six bonnes années. Que ce soit en parachutant un vampire ancestral dans une période où klaxonnent déjà les automobiles ou en traitant de thèmes bientôt populaires dans les seventies, comme les sociétés secrètes et la paranoïa qui en résulte, Comfort prend de l’avance sur le reste de la production britannique, la Hammer finissant une paire d’années plus tard par le suivre à son tour. Il n’est d’ailleurs pas interdit de considérer que Les Vierges de Satan a agrippé un succès que Devils of Darkness aura manqué, tandis que Dracula 73 et Dracula vit toujours à Londres n’auront pas manqué de récupérer le principe du vampire revenu à la vie à une époque contemporaine. Comfort se serait-il fait passer devant parce qu’il n’avait pas le soutien d’un studio aussi imposant que pouvait l’être la Hammer ? Possible, et on ne pourra en tout cas pas reprocher au réalisateur sa maîtrise technique : passé par tous les jobs du cinéma, il a appris à domestiquer tous les contours de son art, ce qui lui permet de livrer un Orgie Satanique visuellement splendide. Les couleurs sont à tomber à la renverse (belle copie pour Artus) et le bon Lance ne se refuse aucun mouvement de caméra, tout en tirant le meilleur parti de ses très beaux décors, comme souvent tout en profondeur avec pierres tombales à l’avant plan et végétation au second. Bref, sur le plan formel, rien à reprocher à ce Devils, digne des plus hauts faits d’arme de la Hammer

 

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Qu’est-ce qui cloche et empêche le résultat de s’élever au niveau des meilleurs efforts du  genre, alors ? Sans doute un départ en fanfare, cette accumulation de séquences taillées pour faire vibrer les coeurs des fantasticophiles branchés vintage, si réussie qu’Orgie Satanique peine ensuite à la rattraper. Parti trop bien et trop vite, le film s’essouffle également sans tarder, délaissant les cruels méfaits du culte vampirique, qui passe les vingt premières minutes à enchaîner les crimes, pour verser dans l’enquête verbeuse. Une mauvaise stratégie compte tenu du fait que, contrairement à Baxter, le spectateur sait déjà tout ou presque des adorateur du Démon, les découvertes de notre héros ne faisant dès lors que souligner ce que l’on savait déjà. Et Devils of Darkness de s’embourber dans un ventre creux où il ne passe rien ou pas grand-chose, au fil d’un script devenu trop procédurier, d’une enquête constamment en retard de vingt minutes par rapport à un public omniscient. Et ne comptons pas trop sur le premier rôle William Sylvester (Gorgo) pour relever le niveau : bien que sympathique et comédien capable, le pauvre souffre d’un charisme un peu trop discret pour porter sur ses seules épaules un récit n’avançant plus que par ses dialogues.  Dommage, 666 fois dommage même, car avec sa patine à en faire crever de jalousie un Terrence Fisher et son final un peu barjo voyant le courroux divin s’abattre sur les fils de Satan, Orgie Satanique avait de quoi s’offrir une bonne place au panthéon. Las, il devra se contenter d’un statut de bobine agréable, comportant quelques jolis moments, et rendue intéressante par son vampire en chef, soit le Français Hubert Noël, si impassible qu’il en tranche avec le tout-venant des croqueurs de nuque. Un DVD à acquérir donc, ne serait-ce que pour profiter d’un Eric Peretti toujours aussi bien documenté et nous dressant un portrait sincère de Lance Comfort, joyeux faiseur auquel on passe sans doute trop à côté…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lance Comfort
  • Scénarisation : Lyn Fairhurst
  • Production : Tom Blakeley
  • Titre original : Devils of Darkness
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : William Sylvester, Hubert Noël, Carole Gray, Tracy Reed
  • Année : 1965

2 comments to Orgie Satanique

  • Roggy  says:

    Même si le film ne semble pas parfait, il faudra que je me procure le DVD car cette ambiance à la Hammer devrait me plaire !

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