Tender Flesh

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N’en déplaise à ses détracteurs, Jess Franco revient en force en cette année 2018, grâce aux efforts combinés du Chat qui Fume (qui s’apprête à sortir Les Possédés du Diable et Journal d’une Nymphomane) et d’Artus Films, pour sa part bien heureux de sortir d’un coup d’un seul quatre bobines de l’Espagnol. Dans le lot, Tender Flesh est peut-être l’une des plus intéressantes puisqu’elle fait partie des rares Franco « récents » (l’affaire date tout de même de 97) à sortir en galette par chez nous.

 

 

Ce n’est plus un secret pour personne : l’ami Jess n’était jamais le dernier à remaker encore et encore ses propres films, revenant par exemple à intervalles réguliers dans le donjon de son vieil ami le Dr. Orloff. Guère surprenant dès lors de le voir s’offrir une variante de son culte La Comtesse Perverse au milieu des nineties, sortant par la même occasion du purgatoire dans lequel il était enfermé avec les trois-quarts des faiseurs du cinéma bis. Tender Flesh, c’est en effet une petite résurrection pour un Franco à la même époque forcé d’enchaîner les projets alimentaires dans lesquels il ne se retrouve pas vraiment, dont une poignée d’actioner emballés à la fin des années 80. Depuis ces quelques poussées de violences comme Dowtown Heat, le jadis si prolifique Jess s’était fait on ne peut plus discret, n’emballant entre 1990 et 1995 que The Golden Beetle, adaptation de la nouvelle de Poe, et The Killer Barbys, véritable renaissance lui permettant de rappeler qu’il était toujours en capacité de créer. Cela ne tomba d’ailleurs ni dans les oreilles de sourds, ni dans les pupilles d’aveugles, et c’est on ne peut plus logiquement que quelques jeunes producteurs en devenir, et désireux de s’essayer à l’élaboration d’une petite Série B avec le père Franco, finirent par le contacter. En grand fans de l’auteur du Miroir Obscène, ces jeunes gens nous dit-on très portés sur la fumette et donc fréquemment mollassons sur le tournage, laissent donc les coudées franches à Franco, auquel il est permis d’écrire le scénario et donc de se laisser aller à toutes ses excentricités. Visiblement toujours aussi accroché au principe des aisés récupérant de jolies jeunes filles pour en parcourir les courbes, avant de les jeter dans la nature pour une petite chasse à l’homme des familles, Jesús imagine donc le périple de Paula (Amber Newman, spécialisée dans la Série Z coquine), strip-teaseuse à laquelle on fait une offre pas comme les autres. En effet, si elle suit sa patronne Madame Radeck (Lina Romay, of course) et la baronne Irina (Monique Parent de The Witches of Breastwick selon Jim Wynorski) sur une île paradisiaque, et accepte de se prêter à un petit jeu, elle repartira avec des millions plein le maillot. Appâtée par un compte en banque possiblement bien rempli, Paula accepte sans se douter du cruel piège qui va se refermer sur elle.

 

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Si Alice Arno et Howard Vernon ne sont pas de la partie, on reste néanmoins proches de la plage aux mille dangers de Countess Perverse, dont sont repris plusieurs éléments : les nababs utilisant les plus démunis pour leurs expériences meurtrières, les repas autour de viande humaine, ces chasses majoritairement menées au tir à l’arc, les ébats amoureux avant l’aveu des sombres intentions tenaillant les maîtres des lieux… Sans être un remake à proprement parlé de La Comtesse Perverse, Tender Flesh en est dans tous les cas une variation, une mouture que l’on considérera comme plus pop, pour ne pas dire bon enfant. Alors qu’un climat pesant sourdait de Countess, un second degré et une véritable décontraction jaillissent de Tender, imaginé par un Franco sans doute si ravi de retrouver son univers décalé qu’il en lâche les rennes de son imagination. Outre quelques essais stylistiques (vision kaléidoscopique lors des séquences d’étreintes, jeux de couleurs irréels pour une séance de torture au fouet) guère surprenants venant du copain Jess, on notera quelques idées folles et des personnages que l’on jurerait sortis de bandes-dessinées déviantes. Il en est par exemple ainsi de la marquante Furia (Analía Ivars), mutique sauvage saluant les nouveaux arrivants en leur roulant de grosses galoches et aimant tout particulièrement jouer avec les appareils génitaux de ses invités, si possible sous les tables lorsque ceux-ci sont en train de profiter des délicieux repas confectionnés par le chef, Mr. Radeck. Incarné par Alain Petit himself, celui-ci ne se laisse en effet pas abattre lorsque Furia monte sur son plan de travail pour pisser dans sa sauce (!). Au contraire, il se met à mélanger le nectar jaunâtre avec sa concoction et la goûte du bout des lèvres, félicitant même la furieuse en lui assurant que son urine est un fabuleux trésor pour un cuisto de son rang. Ca délire sec quoi, et on peut comprendre que le pauvre Alain Petit craignait le jour où cette drôle de scène allait être tournée…

 

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Et on peut parier que la jolie brunette qu’est Amber Newman devait également avoir quelques appréhensions avant de se fendre d’un long strip-tease en compagnie de deux colosses en mousse (l’un d’eux semble représenter une momie, mais on ne peut jurer de rien) dotés d’énormes pénis avec lesquels elle devra jouer jusqu’à ce qu’ils lui éjaculent au visage. Forcément assez rigolo, tout comme la manière dont Furia réunit les différents protagonistes à l’heure du souper, faisant tinter quelques cloches en les frottant contre ses seins. Jess Franco s’amuse comme un petit fou, c’est une évidence, le bonhomme allant jusqu’à prendre au second degré la fameuse traque voyant les nantis courser Paula. Moquée tout du long de sa fuite, elle croisera des ballons encore une fois munis de gros zgegs en caoutchouc, tandis que des rires et des applaudissements tirés de sitcoms accompagneront ses malheurs. Le message est donc clair : Tender Flesh n’est en aucun cas à prendre au premier degré et tient même largement de la gentille farce. Bien foutue d’ailleurs, la farce : Franco offre une fois encore un travail soigné malgré une patine forcément moins chatoyante qu’à sa grande époque, profite d’acteurs très capables (si elle a du mal avec l’anglais, Lina Romay reste charismatique, tandis que Newman est d’un évident naturel), dispose de décors vacanciers du plus bel effet et ne manque pas de dialogues rigolards. Bref, l’ensemble serait on ne peut plus récréatif si un énorme ventre mou ne se faisait pas sentir à la mi-parcours, alors que les demoiselles se caressent puis se fouettent dans une séquence trop longue pour maintenir l’intérêt. Mais Franco, c’est aussi ça, on ne le sait que trop bien…

 

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Si contrairement à La Fille de Dracula, Les Diablesses et Les Expériences Erotiques de Frankenstein, Tender Flesh ne profite pas de la haute définition, Artus ne bâcle pas son édition pour autant, garnie qu’elle est d’un deuxième DVD passionnant. D’une part parce qu’elle renferme un court-métrage, Psycho-Lettes, ressuscitant pour de vrai (à l’inverse d’un certain Tarantino) l’esprit grindhouse, filmant dans les contrées arides un gang de biker au féminin tranchant les zobs de tous les hommes se trouvant sur leur route. Et des services trois pièces elles feront un jus de noix dont elles ne pourront guère profiter puisqu’un monstre, une sorte de poulpe mutant, viendra les assassiner. Aussi dingue que réussi. Et l’achat de Tender Flesh sera également indispensable de par les nombreux modules que lui dédie Alain Petit, venu partager ses souvenirs sur plus de 40 minutes de documents pris sur le vif lors du tournage, bien évidemment très familial. Difficile de faire plus complet et plus efficace pour plonger dans la galaxie brindezingue de l’ami Jess, ici mieux traité que jamais.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénarisation : Jess Franco
  • Production : Peter Blumenstock, Kevin Collins, Hugh Gallagher
  • Pays : USA, Espagne
  • Acteurs : Amber Newman, Lina Romay, Monique Parent, Analía Ivars
  • Année : 1997

2 comments to Tender Flesh

  • Roggy  says:

    La cuisine selon Jess Franco, c’est sacrément épicée… et arrosée 🙂

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