The Headless Eyes

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Oeil pour œil, dent pour dent ! Voilà ce que clame The Headless Eyes, petite bande d’exploitation sortie en 1971 et jouant le jeu du dingo malheureux s’en prenant à autrui pour évacuer toute sa frustration. Maniac avant l’heure ? Pas loin les gars, pas loin…

 

 

 

 

Y’en a qui ont pas de chatte et Arthur Malcolm est de ceux-là. Artiste raté déjà pourfendu par la pauvreté, notre dégarni barbu se voit forcé de s’infiltrer dans l’appartement d’une jeune femme pour lui subtiliser quelques dollars, nécessaires pour payer son loyer. Croyant à une tentative de viol, la demoiselle attrape une cuiller et la plante dans l’orbite de son paniqué assaillant, lui arrachant l’oeil gauche. Voilà quelques secondes à peine, peut-être une minute, que The Headless Eyes a débuté et, déjà, nous savons où nous sommes installés. Soit dans une salle décrépie de la 42ème rue, profondément enfoncés dans des sièges sentant la mayonnaise périmée, coincés que nous sommes entre un type louche gardant étrangement la main dans le falzar et un clochard endormi qui sent la soupe à l’oignon. Car c’est bel et bien dans l’exploitation typique de cette mythique rue que nous propulsent le réalisateur Kent Bateman (par la suite réalisateurs de films d’aventure, parfois familiaux) et le producteur Henri Pachard (réalisateur d’environ 360 films, a priori tous des pornos). L’exploitation à la fois dérangeante et ridicule, serions-nous tentés d’ajouter. Dérangeante car on retrouve cette vision crasseuse de la société – plutôt répandue dans le psychokiller movie de l’époque – avec des Américains tenaillés par la misère, parqués dans des cités au triste béton et aux rues sales, forcés de jouer les Arsène Lupin mal entraînés pour espérer survivre dans cette jungle grise. Et ridicule car, comme de juste lorsque l’on cause low budget pensé pour le réseau des cinoches de quartier, la première scène gore trahit bien vite l’origine modeste du projet. Non pas pour cause d’effets ratés – après tout, un œil arraché est moins ardu à confectionner qu’un éclatement de caboche – mais parce qu’une fois sa pupille pendante, Malcolm se met à hurler en boucle « My eyeeeee », un sample dont Bateman semble si satisfait qu’il en fait une boucle poussant, il faut bien le dire, au sourire.

 

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Si le spectateur se gausse un peu, ce n’est bien évidemment pas le cas de notre drôle de héros devenu cyclope, qui voit (mais seulement d’un oeil) sa vie s’effondrer. Déjà fragilisé par son incapacité à vivre convenablement de son art (il bosse dans une boutique de bibelots achetés quelques cents et qu’il revend un dollar), Malcolm sent désormais son esprit lui échapper, son cortex tordu le poussant à s’attaquer à de jolies jeunes femmes auxquelles il arrachera les pupilles, qu’il transformera ensuite en œuvres d’art. Une sorte d’Ed Gein des mirettes pour faire simple, avec en option une certaine dualité quant à ses agissements. Tantôt incontrôlable et capable de s’acharner sur la gent féminine avec démence, tantôt pris de remords et pensant qu’il est préférable que personne ne le côtoie, Malcolm repousse même son ex-girlfriend venue lui rendre visite dans l’espoir de recréer une idylle. De toute évidence, The Headless Eyes chausse les pantoufles du récit suivant à la trace son protagoniste meurtrier, tout autre personnage n’étant qu’une ombre furtive passant dans le champ l’espace d’une ou deux scènes, tout le script reposant intégralement sur la sombre existence de Malcolm. De toutes les scènes, présent de la première à la dernière seconde, le bonhomme nous convie donc à sa noyade dans l’aliénation, un peu comme le fera un certain Frank Zito dix ans plus tard. Problème : bien que mettant du coeur à l’ouvrage et pouvant ça et là se montrer crédible, le premier rôle qu’est Bo Brundin (plus tard dans la série Wonder Woman) n’a pas le charisme dont fera bientôt preuve Joe Spinell. Pire, lorsqu’il grille un fusible, Bo a une certaine tendance à tomber dans la surenchère, hurlant et serrant les dents si fort qu’il en est à deux doigts de tomber dans le pastiche du film de serial killer. Et malheureusement pour le produit fini, tout y est de cet acabit, soufflant constamment le chaud et le froid.

 

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Ainsi, s’il peut montrer une certaine sensibilité artistique lors des premières secondes, notamment dans sa manière de filmer les organes arrachés que Malcolm accroche au plafond, Kent Bateman finit bien vite par parer au plus pressé et se contente de placer sa caméra là où il y a de la place, sans réellement tenter de créer un cadre doté d’un peu de personnalité. Il en va d’ailleurs de même question scénario : si le bon Kent travaille la psychologie du pauvre type qu’il va suivre à la trace, il oublie de rendre crédible l’environnement l’entourant, la plupart des personnages agissant de manière totalement irraisonnée. Voir pour s’en convaincre les premières victimes, qui passent devant la boutique de Malcolm et se moquent de lui à travers sa vitre. Bien évidemment vexé, notre zig’ les suit plus ou moins discrètement (surtout moins, d’ailleurs) et vient sonner à leur porte. « Oh, c’est le boutiquier de tout à l’heure, chéri ! Venez donc prendre un verre ! » disent les futurs suppliciés à ce visiteur ne pipant mot, qu’ils invitent sans se poser la moindre question alors qu’il paraît évident que l’homme est des plus louches. En voilà deux qui mériteraient presque les coups de marteau qu’ils se prennent sur le front dix secondes plus tard… Tout comme le flic traquant l’assassin appelle à la mort, lui qui prend en flagrant délit Malcolm, en train d’arracher des yeux à un cadavre dans une tombe. Et que fait notre enquêteur ? Il tend la main à sa cible pour l’aider à sortir de la fosse, pourtant peu profonde, permettant au meurtrier de le tirer à lui et le passer à tabac. Police Academy style… Et que dire de cette belle blonde qui, bien que sur ses gardes pour avoir déjà repéré Malcolm par le passé, décide de s’engouffrer dans une ruelle déserte alors qu’elle se sait suivie ? Bref, tout ce beau monde semble chercher la mort et la trouvera bien évidemment, tombant sans peine dans les pattes du borgne brutal, qui fracasse des crânes, étrangle, égorge et triture bien évidemment les orbites de ses souffre-douleurs.

 

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Un peu gauche donc, cet Headless Eyes néanmoins envoûtant dans ses meilleurs instants. On se souviendra par exemple de ce jeu du chat affamé et de la souris terrifiée dans un abattoir, entre les carcasses pendues à leurs crochets. Ou cet instant voyant Malcolm partir pour un voyage sans retour dans le délire, alors qu’il se sent observé par les cadavres de vaches l’entourant. Il y a donc du bon dans ce psycho-killer minimaliste, malheureusement incapable de prendre pleinement son envol, faute de moyens et à cause d’un script un peu paresseux. Au point de lâcher en cours de route quelques éléments intéressants du récit, tel ce personnage d’étudiante intéressée par les travaux de Malcolm et désireuse de devenir son amie. Une bonne idée, devançant à sa manière la relation entre Caroline Munro et Spinell dans Maniac, mais dont Bateman ne fait rien, la cocotte n’ayant absolument aucune incidence sur l’histoire. Un peu frustrant, et plutôt que de courir sur le terrain pour marquer quelques points, Headless Eyes préfère rester sur le banc de touche à attendre que le temps passe. On n’ira cependant pas prétendre qu’elles sont longues, ces 75 minutes, car si ce n’est quelques ventres mous ici ou là, le quotidien morose d’un loser puissance 1000 ne parvenant pas à freiner ses pulsions destructrices se laisse gentiment suivre, à défaut de tout défoncer sur son passage. A réserver aux curieux et aux nostalgiques du low cost crapoteux des années 70, donc.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kent Bateman
  • Scénarisation : Kent Bateman
  • Production : Henri Pachard
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bo Brundin, Ramon Gordon, Ann Wells, Kelly Swartz
  • Année : 1971
Tags:  , ,

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