Faust : Love of the Damned

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Après deux décennies bien remplies le voyant réaliser ou produire bon nombre de Monster Movies souvent bien barjos, Brian Yuzna semble avoir pris le pli de la glandouille depuis son sous-estimé Deep Water. Ce qui fait tout de même huit années d’inactivité (et cela fait un petit moment que l’on attend son The Plastic Surgeon, visiblement abandonné) et nous pousse à nous rabattre sur son travail passé. Pour l’heure, c’est sur Faust : Love of the Damned que nous allons faire nos griffes. A moins que ce ne soit l’inverse ?

Attention, ça spoile dans le coin !

Ah qu’il nous manque, le label Fantastic Factory de Brian Yuzna et du producteur hispanique Julio Fernandez ([REC] et ses suites, La Secte Sans Nom, Darkness) ! Certes, tout n’était pas rose au sein de ce seal of quality tentant d’être à la Série B gore ce que la Hammer était à l’épouvante gothique, et il faut bien reconnaître que si ce n’est un excellent Dagon, aucun classique intemporel n’est sorti de cette fantastique usine. Peu de prétendants au panthéon du genre à l’arrivée, c’est vrai, mais néanmoins une jolie poignée de petits budgets parfaits pour la location : généralement correctement foutus, les différents films de la firme (en fait un sous-label de Filmax) assumaient pleinement leur statut de petit divertissement d’un soir, délivrant ni plus ni moins que ce que l’on attendait d’eux. D’ailleurs, pour son trio de pelloches lançant en 2001 cette petite boutique des horreurs, Yuzna et Fernandez n’étaient pas partis bien loin pour trouver trois faiseurs dont les noms raisonnaient encore dans les coeurs des fans. Soit le vieux copain du Brian qu’est Stuart Gordon pour Dagon, Jack Sholder (Dément, La Revanche de Freddy, Hidden) pour Arachnid et, tant qu’à faire, Yuzna lui-même pour Faust : Love of the Damned. Un line-up plutôt varié constitué d’un démon vengeur, de vilaines bestioles tisseuses de toiles et d’un surimi à la mode Lovecraftienne, et dont Faust fait d’ailleurs l’ouverture. Si la potée d’araignées de Sholder est des plus basiques et peu mémorable, et que l’hommage aux Grands Anciens de Gordon reste une valeur sûre, qu’en est-il de de cette virée sur les terres du vigilante sentant bon les cornes de boucs ? Disons que c’est compliqué, très compliqué…

 

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Alors qu’il coule des jours heureux à peindre des femmes à poil dans son atelier en compagnie de sa copine Blue, John Jaspers (Mark Frost, à l’affiche du récent Mayhem) reçoit un jour la visite d’un gang de mafieux venus liquider sa chère et tendre. Déprimé et à un orteil de sauter dans le vide pour mettre fin à sa misérable existence, John reçoit comme de par hasard la visite de M (Andrew Divoff, le Wishmaster himself) qui lui propose, l’air de rien, de pactiser avec lui pour obtenir un pouvoir lui permettant d’acquérir une vengeance bien méritée. Désormais muni de griffes à faire pâlir d’envie Wolverine, John devient Faust, diablotin répandant mort et désolation sur son passage, et ce pour son propre compte… mais aussi pour celui de M, qui le missionne ici et là. Après avoir fait un carnage dans une ambassade, John finit par refuser d’obéir à M et son bras droit Claire (la bandante Mònica Van Campen) lorsque vient le moment de liquider Dan Margolies (Jeffrey Combs), brave flic qui n’a fait de mal à personne. Arrêté et balancé dans un hôpital psychiatrique, John reçoit la visite de la jolie doctoresse Jade (Isabel Brook), de laquelle il s’éprend. Comprenant que M va s’en prendre à sa nouvelle amoureuse, Faust n’a plus d’autre choix que de partir en croisade contre Méphistophélès en personne.

 

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Brian Yuzna ne fait pas de grands mystères quant à son choix de porter Faust sur les écrans comme premier méfait de la Fantastic Factory qu’il vient de fonder : le but était de tirer le coup d’envoi avec un long-métrage aussi commercial que possible. En cela, il est vrai que le projet Love of the Damned a sur le papier tout ce qu’il faut pour devenir un véritable cult classic, surtout en cette période où les adaptations de comics commencent à fleurir (Barb Wire, Blade, The Crow et ses suites sont encore frais). Car oui, Faust est avant tout une bande-dessinée, et plutôt de celles capables de tirer vers elles un public en quête de provocation et de choc. Pas de doute, avec ses couvertures montrant le héro ténébreux découper et décapiter qui se trouve à portée de lame, ou en dévoilant ce satané M en train de pisser sur les boobs d’une brune visiblement consentante, le Faust fait d’encre attirera plus vite à lui les garnements hypnotisés par les artworks de Cannibal Corpse que le lectorat de Picsou Magazine. Pile ce qu’il faut à Yuzna, qui espère ici contenter ses supporters de la première heure pas encore remis de Society, tout en tirant à lui la fanbase du comic. Et pour ne pas perdre en cours de route une jeune audience ne connaissant peut-être ni la revue d’origine, ni le réalisateur, on s’assure que le film sera bien vendu sur son action, son côté underground et sur une bande-son métallique. Sont ainsi réquisitionnés Machine Head, Fear Factory ou encore Soulfly, soit les groupes les plus vendeurs de Roadrunner Records, alors le label le plus en vue auprès des graines de metalheads. Promesse d’avoir du gros son, du cul comme s’il pleuvait des pornstars (ça nique toutes les dix minutes et il y a du sein dénudé par pack de six), de la baston avec un super-héro plus dark que Batman quand il se lève du pied gauche et du gore offert par un expert du genre, Faust avait donc tout pour attirer sous sa cape tous les férus de trash culture. C’était sans compter sur un résultat final loin d’être satisfaisant…

 

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Car notre ami à la petite moustache a beau jouer les jeunes, il restera toujours un honnête artisan surgi des années 80, et a du coup un peu de mal à se mettre à un rythme plus actuel, plus nerveux. Pas loin d’être inexpérimenté question séquences où tout le monde se fout des coups de genoux dans les dents, Yuzna loupe affreusement le coche pour ce qui est de la partie la plus mouvementée de son récit, et semble d’ailleurs s’en rendre compte puisqu’il limite les rixes autant qu’il peut. Oubliez les galipettes de Black Panther et compagnie, Faust a tout le mal du monde à donner l’impression qu’il est un terrifiant combattant sorti des dojos de l’Enfer. Sautillant sans raison, frappant ses adversaires sans vitalité et ne pouvant compter sur un montage faussement dynamique, notre antihéros a l’air de ce qu’il est réellement : un pauvre type ne s’étant jamais battu de sa vie enfoncé dans un costume l’empêchant de se mouvoir comme il le voudrait. Et si l’ami Yuyu comptait sur les accords tranchants des métalleux conviés pour booster la bande-son, c’est loupé tant l’énergie de la musique crée un paradoxe avec l’image et souligne à quel point la castagne est pataude… Pas bien grave, vous me direz, puisque le père Brian s’en est rendu compte et n’offre en tout et pour tout que dix malfrats à dégommer à son Faust. Oui mais si ça ne colle pas des claques, ça jacte, et c’est là qu’un nouveau problème, encore plus embarrassant que le premier, fait son apparition : ça joue atrocement mal dans le coin.

 

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Evidemment, ce n’est ni sur Jeffrey Combs ni sur Andrew Divoff que nous poseront notre doigt inquisiteur. Les deux comédiens ont suffisamment de bouteille pour s’en sortir à peu près, Divoff faisant un badguy plutôt charismatique tandis que Combs, s’il se coltine un rôle de policier comme il en existe des milliers, ne ressort pas honteux de l’affaire. Même constat pour Mònica Van Campen, visiblement très à son aise en mante pas très religieuse ne cherchant qu’à chevaucher des zobs et chauffer tous les mâles du périmètre. Une tâche dont elle s’acquitte avec une grande facilité… Difficile par contre d’afficher la moindre clémence envers Mark Frost, si mauvais qu’il nous en ferait reconsidérer les prestations de Clavier et Reno dans Les Visiteurs 3. Ceinture noire de grimace d’abruti, il passe la première moitié du film à faire les gros yeux et regarder sa psychiatre comme un déficient mental qui viendrait de retrouver deux Smarties dans son calbar. Et ça ne s’arrange pas forcément lorsqu’il devient Faust, car malgré son costard plutôt sympa, le gaillard ne semble bon qu’à balancer des vannes qui n’auraient même pas pu trouver place dans un sketch de Ruquier, le tout en cabotinant comme un Joker de seconde zone. Autant dire que ce n’est pas le charme qui risque d’étouffer ce désespérant premier rôle. Et ce n’est guère mieux du côté de sa copine Isabel Brook, éteinte durant toute la première partie du film et pas loin de sombrer dans le ridicule dans la seconde, où elle se révèle être une cochonne affamée de sexe. Le scénario respecte-t-il le comic, d’ailleurs ? Il en préserve en tout cas le climat de violence et de débauche, même s’il se sent également obligé de noyer le spectateur dans des tunnels de dialogues pompeux, philosophant dans le vide à base de « la volonté transcende la mort », « la vie n’est qu’un cauchemar » et autres banalités du même ordre tentant de se donner de grands airs pour finalement déboucher sur rien ou pas grand-chose.

 

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Rien à sauver dans ce marasme infernal, alors ? Heureusement, Yuzna se réveille durant le dernier acte et redevient alors celui qu’on aime tant, soit ce joyeux artiste aimant déverser des seaux entiers de peinture rouge sur la fresque qu’il avait mis tant de temps à dessiner jusque-là. Certes, Faust tapait déjà dans l’exploitation pure et dure, montrant son premier rôle crever des yeux avec ses pointes ou baiser à couilles rabattues dans une douche, mais le tout restait globalement bon enfant, voire pensé pour brosser le teenager dans le sens du poil. Rien à voir avec ce parfum de scandale trouvable dans les dernières minutes, où Jade est torturée par Claire, au point que ses vieux démons la rattrapent : violée à 11 ans par son père, qui dans son esprit a un visage étrange rappelant le Freudstein de Fulci, la demoiselle tombe les pieds joints dans la folie pure et décide de se donner à M pour une cérémonie satanique mémorable. Car en plus d’extraire un énorme serpent du nombril d’une Claire crucifiée et de le faire avaler à un Jeffrey Combs passé du côté obscure de la force, tous les adorateurs de Satan présents se mettent à copuler et s’égorger dans une ambiance de sinistre débauche. Et lorsque John déboule pour sauver sa promise, il découvre avec horreur qu’elle est en train de se faire prendre par M et y trouve bien du plaisir, alors qu’elle avait écourté ses ébats avec son preux chevalier la nuit d’avant. De quoi couper l’envie de rire à un banc de dauphins et transformer les adaptations de BD noires comme Spawn et The Crow en de simples bombecs à la framboise. Le Yuzna auteur reprendrait-il les commandes, délaissant le Yuzna producteur ? Pas pour longtemps malheureusement, car soucieux de proposer un final dantesque (c’est le cas de le dire), le réalisateur du Dentiste se sent obligé de convier à la fête Lucifer en personne. Pas de bol, le fric manquant, ce dernier fait peine à voir. Pas tant sur le plan physique – Screaming Mad George (maquilleur/créateur de SFX à l’œuvre sur les troisième et quatrième Freddy, Guiver, Predator et collaborateur fréquent de Yuzna) se fendant d’un monstre plutôt bien foutu, bien qu’il fasse penser à un étron sortant de la cuvette des enfers – mais plutôt au niveau de son incrustation dans le décor, Jeff Leroy style. Et ne parlons même pas de ses lasers et flammes, qui feraient honte à une Nintendo 64 ; ni du ridicule de son combat avec Faust, ce dernier faisant des petits bons en battant des bras pour tenter de toucher la Bête. Une certaine idée de ce que donnerait un match de basket entre Michael Jordan et Mimie Mathy…

 

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Tout comme son protagoniste central, Yuzna semble donc souffrir de schizophrénie, tiraillé qu’il est entre son besoin de faire un premier film estampillé Fantastic Factory capable de récolter des liasses aussi aisément que faire se peut, et ses velléités artistiques aux antipodes des nécessités d’un film commercial (sexe déviant, pas de happy end, méchant presque plus important que le héro). Se côtoient donc les passages obligés (scènes d’action peu inventives dans le métro ou une ruelle) et séquences plus cavalières et originales, comme toujours inscrite dans l’obsession qu’à notre auteur pour la chair déformée. Ici, c’est la pauvre Claire qui voit ses seins et fesses grossir encore et encore sous la magie de M, jusqu’à n’être qu’une grosse flaque de viande, gélatineuse et dont les gigantesques tétons crachent des litres de lait. Pas vraiment ce à quoi s’attendrait un acheteur potentiel pensant trouver ici un sous-Batman… Un côté sale gosse qui vient donc sauver Faust du naufrage, et rend attachante une petite bande de rien du tout, du reste maladroitement façonnée. A réserver aux curieux, qui seront dès lors servis question bizarreries…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Brian Yuzna
  • Scénarisation : David Quinn, Miguel Tejada-Flores
  • Production : Julio Fernández, Brian Yuzna, Carlos Fernández,…
  • Pays : Espagne
  • Acteurs : Andrew Divoff, Mark Frost, Jeffrey Combs, Isabel Brook
  • Année : 2000

2 comments to Faust : Love of the Damned

  • Roggy  says:

    Je ne garde pas un grand souvenir de ce film et je ne savais pas qu’il était tiré d’une bande-dessinée. Pas le meilleur de son auteur mais, comme tu dis, on s’en contentera grâce à quelques éléments.

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