Creepies

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Nouvelle (et certainement pas dernière) virée dans le petit monde de l’ami Jeff Leroy, que l’on apprécie tout particulièrement par chez nous. Et pour cause : bien que son frigo soit vide, le bonhomme nous invite toujours à des buffets 4 étoiles, tel ce Creepies qui mérite bien que l’on se fasse une toile.

 

 

 

 

On prend les paris : quand sa maîtresse demandait au petit Jeff Leroy et à ses camarades de classe qui ils aimeraient devenir plus tard, l’intéressé, sans doute encastré au dernier rang à lire des Monster Magazines en cachette, ne répondait certainement pas Thomas Jefferson ou Neil Armstrong mais plutôt Bert I. Gordon, Ishirō Honda ou peut-être même Bruno Mattei. D’ailleurs, alors que ses voisins de bancs ne se sont sans doute jamais changés en reine de beauté, en sénateur ou en star de la zikmu, Leroy est parvenu à fusionner ses idoles dans sa seule carcasse. Preuve en est le présent Creepies, septième film qu’il tourne en 2004 avec le concours de sa bande habituelle : David Sterling, roi des rois de la Série Z la plus chiche, à la production et pour l’aider à confectionner les effets pratiques ; la goth Phoebe Dollar pour gérer le casting et incarner le premier rôle ; le toujours cool Ron Jeremy pour un petit rôle ; le chauve Jed Rowen pour jouer une bidasse… Les tronches habituelles de la galaxie Leroy pour faire bref, notre auteur s’entourant le plus souvent, et à peu de choses près, des mêmes coquins, de la même bande de potes toujours ravis de venir dans la cave du bon Jeff pour l’aider à coller des feux d’artifices dans le cul d’hélicoptères en carton et faire comme si ils tournaient la fin du monde.

 

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Ou en tout cas la fin d’Hollywood, envahi par des araignées maousses (et en mousse) depuis que deux militaires un peu cons ont pété un petit réservoir en verre, libérant dès lors ces horreurs imaginées par une armée qui en a bien évidemment perdu le contrôle. Ca sera d’ailleurs tout pour le scénario imaginé par Eric Spudic, mecton auquel on doit le script d’Aquanoids (2003) et qui est régulièrement passé devant la caméra pour des micro-budgets à la Supercroc (2007) ou le Land Shark (2017) de Mark Polonia. Un Spudic bien décidé à se la jouer à l’ancienne derrière son clavier puisque son pitch semble sortir des années 50 et ne s’éloigne jamais trop des longues gambettes de Tarantula (1955) ou Earth vs. The Spider (1958), ne cherchant jamais à revisiter le principe de l’insecte pris de gigantisme, et se montrant même encore plus bas du front qu’auparavant. Creepies est donc un hommage avéré et assumé aux bandes d’antan, celles où l’armée perdait un temps dingue à envoyer des obus dans les mandibules de mygales de la taille d’un gros paquebot. D’ailleurs, Jeff Leroy ne tente jamais de paraître old-school : il EST old-school ! Certes, le réalisateur du bien fun Giantess Attack (2017) a recours à des effets spéciaux sortis de programmes à la Photoshop ; et les mauvaises langues hurleront, un peu à raison, que lorsqu’elles sont en CGI, ses araignées sont moins convaincantes que celles du premier jeu Resident Evil sur Sega Saturn. Mais si ce n’est quelques explosions bien pixelisées aux entournures et une armada d’acariens générés par ordinateur (et avançant aussi lentement que des chenilles qui auraient passé la nuit dernière à abuser de la Heineken), le reste sent bon le fait main et la débrouille.

 

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Ainsi, les tanks sont de toute évidence confectionnés par Leroy lui-même, tandis que les différents immeubles sont comme de juste en carton. Les bagnoles que piétinent les monstres ou que l’on voit virevolter d’un bout à l’autre de l’écran lors des déflagrations ? Certainement pas des BMW ou des Opel louées pour l’occasion, mais plutôt des joujous Majorette achetés au Toys “R” Us local. Les débris de bâtiments, les morceaux de trottoirs arrachés ? A tous les coups de la frigolite peinte en gris. Et pris de la frénésie du bricoleur, le réalisateur ne se contente pas de ses veuves noires torchées en une après-midi par un stagiaire en infographie et sort ses ciseaux et son tournevis pour confectionner lui-même ses bébêtes. Qui ressemblent par ailleurs à des grosses peluches que vous pourriez gagner à la fête foraine en jouant du grappin, mais on n’est pas à ça près. On s’en branle total même, car le principal est ailleurs, dans cet esprit bon-enfant, dans cette volonté de toujours proposer le maximum alors qu’on n’a strictement rien dans le caddie. Et sans temps-mort qui plus est, pas une minute ne passant sans qu’un pauvre gars se fasse arracher la gueule (Creepies ne manque bien évidemment pas de scènes gore), sans qu’un pétard ne nous donne l’illusion que toute une avenue vient d’être propulsée sur Mars, sans qu’un jet de toile ne vienne emprisonner un béret vert, bientôt changé en cocon dont sortiront les venimeux insectes. Ca avoine constamment, pour le dire autrement, et sans s’éterniser trop longtemps sur une situation, vite balayée d’un coup de patte lorsqu’elle a tendance à s’enliser.

 

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Loin d’être bêtes, Leroy et Spudic découpent leur affaire en deux actes, permettant de passer à un nouveau chapitre lorsqu’ils estiment avoir fait le tour du précédent. La première moitié de Creepies se concentre donc sur les efforts déployés par l’armée pour réduire en compote de poils la tarentule taille XXL, tandis que la seconde se focalisera sur la survie d’un groupe de punkettes (mené par Phoebe Dollar en Johnny Rotten au féminin), piégées dans leur studio d’enregistrements avec les arachnides, cette fois aux mensurations plus « raisonnables » (taille chou-fleur, on va dire). Et là encore, une fois que ça tourne un peu en rond, Leroy rebondit et sort de son chapeau un gros mutant, l’un des pauvres gus mordu par les araignées se changeant en une abomination sans nom. Le final ? Un gros doigt d’honneur fièrement tendu, punk attitude oblige, l’héroïne tirant dans le macbook apporté par un gradé pour faire sauter tout Hollywood, devenu un gigantesque champignon de feu… mais auquel survit tout de même les insectes, sinon ça serait pas drôle. Aucune chance de s’emmerder un quart de seconde quoi, comme toujours avec Jeff Leroy, vieux roublard (quand un incendie prend non loin de chez lui, il va filmer l’arrivée des pompiers pour ensuite inclure le plan dans son film!) sachant fort bien comment divertir l’assemblée.

 

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Alors c’est acté, les réfractaires au Système D et au bricolage pleureront que le tout n’a pas la patine d’une superproduction à la Spielberg, et les nostalgiques des fifties gueuleront que l’on ne trouve jamais dans ce nid de bestioles toxiques la même poésie que chez Jack Arnold. Sans doute, mais on parie notre collection d’Epeire des bois que Leroy s’en fout complètement, trop content qu’il est de revenir au bon vieux temps, celui le voyant chérubin en train de jouer avec ses dinosaures et foutre des coups de pieds dans ses chars d’assaut en plastoc. Creepies est une récréation, ni plus ni moins, et une belle preuve que les âmes d’enfants restent les meilleures boussoles pour tout réalisateur en herbe. Et dire que cette salade d’arachnides n’est qu’un brouillon à côté de l’apocalyptique Rat Scratch Fever

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Jeff Leroy
  • Scénarisation : Eric Spudic
  • Production : David Sterling
  • Pays : USA
  • Acteurs : Phoebe Dollar, Lisa Jay, Jeff Ryan, Garret Clancy
  • Année : 2004

A lire aussi, la chro de l’ami Roggy en cliquant ici !

2 comments to Creepies

  • Roggy  says:

    Comme tu sais, j’aime bien le film qui a la bonne idée de ne pas se prendre au séieux. Vivement le 2 ! Et merci pour le lien 🙂

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