Manuel de Survie à l’Apocalypse Zombie

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On est comme ça dans la crypte toxique : quand un mec nous fait bonne impression malgré un C.V. pas forcément bandant (aligner quatre Paranormal Activity, ça ne plaide en faveur de personne…), on retourne le voir pour tailler un bout de gras autour de quelques sucreries. Ainsi, puisque le gâteau à l’ananas de Christopher B. Landon qu’est Happy Death Day nous avait bien goûté, on a remonté le temps pour griller quelques marshmallows au coin du feu via ce Manuel de Survie à l’Apocalypse Zombie, sorti voilà trois ans…

 

 

Selon Landon, ce qui l’a poussé à partir en forêt pour construire des radeaux avec trois branches d’érable et deux tonneaux rouillés, c’est avant toute chose l’opportunité de s’éloigner un peu du sérieux de la série Paranormal Activity, à laquelle il a offert trois scénarios (les opus 2 à 4) et une réalisation (The Marked Ones). On ne le comprend que trop bien… Ainsi, lorsqu’il pose ses mirettes sur le script d’un projet alors encore nommé Scouts VS Zombies, trimballé de mains en mains depuis de nombreuses années, il voit l’opportunité de changer son fusil d’épaule tout en rendant hommage au cinoche qu’il chérit, celui des années 80. « En lisant le script, je me suis dit ‘Wow, je pourrais faire une version R-rated bien gore des Goonies, de Gremlins ou même de The Monster Squad » raconte le bon Christopher, néanmoins pressé d’ajouter qu’il ne veut pas faire de Scouts Guide to the Zombie Apocalypse (titre final pour sa sortie en 2015) un véritable retour en arrière et compte bien moderniser le propos. Reste que les bases eighties sont là, avec son trio de héros scouts tourmentés par deux drames : tout d’abord leur amitié en train de s’effriter, Ben (Tye Sheridan, l’actuel Cyclops des nouveaux films X-Men) et Carter (Logan Miller, vu dans The Walking Dead dans le rôle de l’un des jeunes gardes du rasta au tigre) désirant quitter le club des louveteaux alors que leur ami d’enfance Augie (Joey Morgan) aspire à dormir dans une tente pour le restant de ses jours. Ensuite une sinistre invasion de zombies, l’un des laboratoires situé non loin laissant s’échapper un cadavre ambulant qui, en deux morsures, aura tôt fait de contaminer toute la ville… A nos amis de la nature de sortir leurs petits canifs pour ramener la paix dans le monde des vivants, et peut-être même sauver d’une mort certaine les lycéens les plus in du coin, en train de s’éclater lors d’une rave-party endiablée.

 

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Plus de dix ans après sa sortie, Shaun of the Dead continue donc de faire des petits, et tels les living dead imaginés par Romero dans une autre vie, la zombedy (fusion de zombie et comedy) n’a depuis eu de cesse de répandre ses mauvaises odeurs dans nos salons. Et au vu de la prolifération des avatars de ce genre aux cimetières rigolards, on peut fort légitimement se demander ce que Scouts Guide… peut bien apporter de neuf alors que sont déjà sortis de tombe les Warm Bodies, Undead or Alive, Bienvenue à Zombieland, Burying the Ex, Fido, Dead Heads et autres Cooties. Et ce avec plus ou moins de réussite selon les cas… La réponse est cependant très simple : rien et même moins que ça. Pour Landon, il n’est à aucun moment question de renouveler quoique ce soit, et comme ses précédentes déclarations en attestent, le bonhomme a surtout enfourché sa caméra pour retourner en enfance et payer son tribut à ses pelloches fondatrices. Outre les efforts les plus populaires de Dante ou les productions Spielberg, on aura donc droit à quelques clins d’oeil lancés en direction de Piège de Cristal, et les gamers les plus anciens apprécieront le coup de coude qui leur est donné via une scène en trampoline, sortie de l’excellent jeu Zombies ate my Neighbors jadis disponible sur Super Nintendo et Megadrive. Bien sûr, histoire de ne pas se priver d’un public ignorant toute œuvre ayant le malheur d’avoir plus de dix ans d’âge, on ne se privera pas de références moins poussiéreuses (Borat par ici, les jeux Left 4 Dead par-là), mais le propos ne s’en trouve pas modifié : Manuel de Survie à l’Apocalypse Zombie se veut old-school des chaussettes à la casquette.

 

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Pas très étonnant de la part d’un auteur qui, deux ans plus tard, tricotera à nouveau du neuf avec du vieux via le très bon slasher temporel Happy Birthdead, pendant meurtrier du culte Un Jour sans Fin avec Bill Murray. Seulement voilà, à trop tenter de mettre ses petits petons dans les énormes traces de pas de ses modèles, Landon ne fait jamais que marcher dans leurs pas et en oublie de tracer son propre chemin, finissant par nous livrer un Manuel certes bien foutu (on ne s’ennuie pas, c’est techniquement costaud et généreux niveau violence) mais un peu trop dans les clous. Habité par les fantômes d’oeuvres plus grandes et pour le moins mythiques, cette descente de morts-vivants au sourire en coin ne s’affranchit jamais de rien et cite plus qu’elle ne crée. Le final, très gore et tout en CGI (c’est mieux que rien), nous ramène donc dans les pénates de Braindead, tandis que les interactions entre ces gosses un peu (beaucoup et même passionnément) losers tente désespérément de retrouver la magie Amblin sans jamais l’effleurer. Sans doute trop attachés à une recette, à de savants calculs, Landon et son équipe de scénaristes ne font jamais qu’empiler les passages obligés et omettent le principal : mettre du coeur à l’ouvrage et créer de bons personnages. Car dans ce campement, on ne trouve malheureusement que des stéréotypes archi-rabattus et dénués de véritables personnalités. Le héros tient donc de la bonté absolue mais est si timide qu’il n’en arrive pas à aligner deux mots devant la gent féminine (mais emballera la plus jolie biche du patelin, vous en faites pas pour lui), son meilleur pote est un petit pervers tout en vannes sacrément épuisant, leur gros copain rouquin est un freak collectionnant les crottes de cerfs, et la barmaid blonde (la très belle Sarah Dumon) aux airs de strip-teaseuse se révélera en fait être une cocotte badass prête à dégommer du zomblard au fusil à pompe. Pour la nouveauté on repassera quoi, et on ne s’étonnera pas non plus de retrouver David Koechner (Cheap Thrills, Krampus, les deux Anchorman) dans le rôle du grand dadais de service et la vétérante Cloris Leachman (Frankenstein Jr.) dans la robe à fleurs de l’indispensable mémé de mauvais poil.

 

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Si Happy Death Day nous avait franchement séduits voilà quelques semaines, Scouts Guide nous noie dans la perplexité : si c’est pour se retrouver avec un simple best-of des années 80, pourquoi ne pas carrément retourner s’asseoir en compagnie de Gizmo ou de Choco pour foutre des tartes à ces punks de gremlins ou chercher les linge sale de Willy le Borgne dans des grottes ? Pourquoi ne pas rejoindre les petits potes de Fred Dekker pour aider quelques fans de films d’horreur à remonter les bretelles de Dracula and friends ? Et c’est bien là tout le problème du revival eighties glissé dans nos lecteurs depuis quelques années maintenant : si ce n’est quelques rares élus comme Final Girls, le gros des troupes peine à marquer les esprit, la faute à une absence totale d’âme et un esprit plus commercial que créatif. Difficile en effet d’extirper autre-chose qu’une aimable compote de zombies et d’adolescents obsédés ici, Landon étant visiblement incapable de trouver ce foutu « petit plus » après lequel tout le monde court, ce « je ne sais quoi » qui change un divertissement correct en un bâton de dynamite. Manuel de Survie… reste donc coincé dans la catégorie « sympa mais sans plus », et tout juste pouvons-nous en ressortir la critique que fait fréquemment le réalisateur (on la retrouve dans Happy Birthdead) envers les teenagers les plus superficiels, trop attachés à la beauté et à la réputation, qu’il décrit toujours comme des tas de merde tout juste bons à se coller devant les téléréalités de MTV (dans les deux films, une jeune fille regarde Teen Mom, émission bien connue voyant des connasses enchaîner les grossesses pour se faire un max de flouze). Un message qui porterait éventuellement dans cette apocalypse zombie si ses protagonistes principaux étaient véritablement attachants – ce n’est jamais le cas -, et si Landon ne souffrait pas lui-même d’un dédoublement de personnalité. Car s’il semble cracher sur MTV, il en reprend tout de même les codes, usant de gags très Jackassiens (un des gus s’accroche au zob d’un revenant, une flic zombie dévoile ses gros boobs). Pas un défaut pour les habitants de la Toxic Crypt, car on est un peu cons et qu’une paire de burnes purulentes nous fera toujours nous gausser grassement, mais force est de reconnaître que cette tendance à user de la culture MTV (même si c’est la bonne, celle de Mike Judge et Jeff Tremaine pour faire simple) pour cogner sur MTV et ses dérives a tendance à rendre le tout un peu schizophrénique. Alors on ne va pas tirer à boulets rouges sur cette virée entre scouts, car si on ne s’en souviendra plus dans deux ou trois ans et qu’elle semble être un brouillon du mieux formé et plus tendre Happy Death Day à venir, elle nous aura occupé l’esprit durant une soirée. Reste que l’on était en droit d’espérer plus qu’un tel déballage désincarné.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Christopher Landon
  • Scénarisation : Christopher Landon, Carrie Evans, Emi Mochizuki
  • Production : Todd Garner, Andy Fickman
  • Titres : Scouts Guide to the Zombie Apocalypse
  • Pays : USA
  • Acteurs : Tye Sheridan, Logan Miller, Joey Morgan, Sarah Dumont
  • Année : 2015

 

5 comments to Manuel de Survie à l’Apocalypse Zombie

  • Roggy  says:

    Encore une très bonne chro pour un film qui l’est moins. Dommage pour le gars derrière « Happy Death Day » même si on peut se dire qu’il progresse de film en film…

  • Nazku Nazku  says:

    Ça fait déjà 3 ans que j’ai vu ce film au cinéma près de chez moi? Le temps passe vite! o_O J’avoue ne pas me souvenir de grand chose, à part le pénis du zombie. Et que j’avais plutôt aimé. Le film, pas le pénis hein! 😉

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