Blood Frenzy

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L’amour et les papouilles sous la couette, ça va cinq minutes. On comprend donc fort bien que le réalisateur de pornos Hal Freeman ait un beau jour décidé de faire couler plus de sang que de jus de coucougnettes avec ce Blood Frenzy, passé sous les radars d’à peu près tout le monde mais plus méritant qu’il n’y paraît.

Attention, spoilers dans la chro !

Rien de tel pour se remettre les idées en place qu’une bonne ballade sous le soleil, à l’écart de toute civilisation, avec quelques lézards pour seuls compagnons. C’est probablement ce qu’a pensé le Dr. Barbara Shelley (Wendy MacDonald, le Mayhem de 1986), en charge d’aider une poignée d’adultes tourmentés par des soucis mentaux plus ou moins graves, et qui emmène donc sa petite troupe dans le désert. C’est vrai, pourquoi aller planter son transat au bord de l’océan quand on peut aller se faire mordiller les orteils par des serpents à sonnette au milieu de nulle-part ? Pas franchement de quoi ravir la fine équipe, composée d’un vétéran du vietnam totalement parano (Tony Montero du Murphy’s Law avec Bronson), d’un insupportable macho (Hank Garrett, lui aussi passé chez Bronson via le premier Death Wish) d’une grande timide qui se refuse à tout contact physique avec autrui, d’une nymphomane cherchant au contraire à se faire peloter par tout le monde, d’un gros alcoolo que l’on retrouve toujours à moitié à poil dans les chiottes et d’une emmerdeuse constamment de mauvais poil (Lisa Loring, alias la petite Mercredi dans la série originale La Famille Addams, aussi dans le plutôt agréable mais mollasson slasher Iced a la même période). Et tout ce beau monde va carrément criser lorsqu’ils se rendront compte qu’un assassin rôde, s’amusant à trancher des gorges en loucedé et à foutre en l’air le moteur du camping-car nos tristes vacanciers, dès lors coincés entre les rochers et une mine abandonnée…

 

 

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Blood Frenzy ne prend de toute évidence pas son bain dans un puits d’originalité, et c’est rien de le dire. Outre un pitch que l’on aurait pu trouver au dos de n’importe quelle VHS du rayon slasher 80’s, il paraît évident que Freeman et son scénariste Ted Newsom (le Evil Spawn de Fred Olen Ray) sont partis s’abreuver à des sources reconnues, peut-être en vue de s’asperger de leurs propres succès. Cette frénésie sanguinaire est donc la fusion parfaite entre La Colline à des Yeux (le décor, évidemment), Vendredi 13 (l’aspect cru des meurtres, de nombreux plans en vue subjective) et même Massacre à la Tronçonneuse au détour d’une scène ou l’autre. Après tout, lorsqu’il s’agit d’éradiquer tout un casting, autant s’en référer à Craven, Hooper et Cunningham plutôt qu’à Jean-Marie Poiré ; mais force est aussi de reconnaître que grappiller les restes des grands faiseurs de la décennie précédente revient aussi à rentrer dans le même rang que 95 % des réalisateurs de slasher/survival. D’autant qu’au petit jeu des citations, pas grand-monde ne manque dans Blood Frenzy, et certainement pas un John Carpenter auquel on emprunte une introduction où une gamine réduit en purée la gorge de son aviné daron avec un outil de jardin. Certes, c’est pas tout à le petit Myers qui s’acharne sur sa soeurette, mais on reste tout de même dans le giron de l’enfance meurtrière, du psychopathe en culottes courtes de retour une fois adulte, en vue de faire monter le bodycount jusqu’au plafond. Pourquoi pas après tout, personne ne cherchant une originalité de fer dans un petit psychokiller de la fin des eighties, et encore moins dans une Série B au titre aussi passe-partout que Blood Frenzy. Et pourtant, alors qu’il semble avoir tous les éléments contre lui – comme un budget dérisoire et une équipe technique pas forcément très au point, le perchiste se faisant remarquer au détour d’un plan -, Freeman fait preuve d’un talent qu’on n’aurait pas soupçonné chez le réalisateur de la série Caught from Behind (prise par derrière, quoi!).

 

 

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C’est net, Blood Frenzy ne paie pas de mine avec sa photographie (de Richard Pepin, futur réal. des Cyber Tracker avec Don Wilson) commune à tous les pique-niques d’assassins tournés en toute indépendance dans les mêmes eaux, c’est à dire avec cette patine un peu cracra et trahissant son statut de banal DTV. Pour ne rien arranger, les plus pressés seront chagrinés d’apprendre qu’il faille attendre 35 minutes avant que le maniaque se mette en marche et fasse pleuvoir les morts. Et même pas de manière inventive qui plus est, le salopiaud (ou plutôt les salopiauds, oui on vend la mèche…) se contentant de trancher dans des glottes ou lacérer des nombrils. C’est pas tout à fait l’explosion d’estomac dans Slaughter High ou l’atterrissage sur un matelas de pics dans Graduation Day quoi, mais ce côté back to basics n’a pas que des inconvénients. Mais comme on vient de le dire, le réalisateur a de la suite dans les idées et se révèle être plus doué que prévu. Ainsi, pour compenser à la misère de l’ensemble, Freeman mise sur un côté dérangeant plus appuyé, l’un des assassins, un vieux crado ricanant sans cesse, et sa sœur totalement foldingue, nous ramenant pendant un temps dans le salon dégueulasse de la tribu du vieux Leatherface. Voire cette séquence sadique en fin de parcours, montrant une jolie blonde torturée par le frangin débile, ravi de passer et repasser sa lame sur les plaies de la cocotte, tandis que son rire ininterrompu (et pour cause : c’est un sample passé en boucle) rajoute à la folie de l’ensemble. Un souci de l’atmosphère, voulue étouffante, s’échappe d’ailleurs du boulot de Freeman, parvenu à ne pas verser dans le slasher en pilotage automatique à la Sorority House Massacre, pour n’en citer qu’un.

 

 

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Un certain soin est par exemple apporté aux personnages, plus intéressants que l’ordinaire troupe de jeunes glandus venus vider des bières et jouer à touche-pipi sous la tente. Plus adultes, plus différenciés, moins clichés (mais un peu cartoonesque quand même), ils apportent un réel « plus » à un Blood Frenzy dès lors autorisé à prendre son temps puisqu’il peut se reposer sur des protagonistes forts. Pas forcément très attachants – n’exagérons rien, d’autant que les acteurs ne sont pas toujours au summum de leur art… -, ils ont le mérite d’avoir des interactions amusantes à suivre (ils s’engueulent constamment) et d’apporter un peu de rythme au tout. C’est pas de la grande psychologie, c’est certain, mais on ne va pas se moucher dans nos caleçons non plus : ça fait du bien d’avoir autre-chose à reluquer que des sportifs agaçants et des greluches sans cervelle. Certes, cela reste ultra cheesy aux entournures, surtout lorsque l’on remarque que la docteur censée surveiller ses névrosés ne gère absolument rien et les laissent picoler ou copuler toute la journée. Ou quand le barbu obsédé par la bière se fait poignarder et y va de ses grimaces ridicules, belle manière de rappeler que l’on nage toujours dans la mare aux mini-budgets campy, avec ce que cela implique de comédiens pas tout à fait au point. N’empêche qu’on ne s’est pas emmerdé devant Blood Frenzy, plus malsain et mieux structuré que ce qu’on pouvait imaginer, et qui aurait sans doute mérité autre-chose que l’oubli dans lequel il s’enfonce un peu plus chaque jour. Sorti dix ans auparavant, il aurait sans doute pu devenir un B-Movie mineur mais mémorable. Mais en déboulant en 87, alors que le slasher accusait un sérieux coup de pompe depuis quelques années et que le public estimait en avoir fait le tour, ce petit carnage sous le cagnard ne pouvait que trébucher dans la fosse aux cassettes négligées. Et c’est bien dommage.

Rigs Mordo

 

 

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L’avis du Dr. Didelot

Personne ne se souvient d’Hal Freeman, pornocrate fasciné par Sodome et ses joies (la série des Caught from Behind de 1982 à 1997 : on vous fait pas un dessin, vous connaissez le chemin…), qui fit tout de même tourner des biches comme Ginger Lynn et des sangliers comme Ron Jeremy. Entre deux paires de fesses et trois galipettes “contre nature”, Freeman signait donc son unique essai dans le cinéma d’horreur, rayon slasher plus précisément : un peu en retard sur ses concurrents quand même, puisque nous sommes alors en 1987. L’âge d’or du genre est devenu bronze à cette période, et les heures glorieuses du whodunit qu’on aime sont passées… Mais Freeman est un homme libre et tourne son petit film quand il veut, et comme il peut surtout : impécunieux bien sûr, maladroit parfois (micro du perchiste dans le champ…) mais inventif à plein, et plutôt astucieux dans sa narration.
Le film démarre fort, un peu comme Le Sadique à la Tronçonneuse au jeu des comparaisons : un trauma lié à l’enfance, le meurtre afférent, et un objet fétichisé (une espèce de boîte à musique ici, dont les notes étranges annonceront plus tard le danger qui rôde). Puis le récit saute les années – on est habitués -, et l’on se retrouve alors dans un road trip très marqué 70’s finalement : en effet, les us et coutumes du slasher / survival sont ici exploités à fond, au point que la colline a des yeux dans Blood Frenzy, film situé dans les déserts hostiles de l’Ouest américain, dont le rythme languide colle assez bien à la chaleur ambiante et à la désolation de paysages arides qui enclosent les personnages. En d’autres termes, le danger est multiforme dans le film, géographique et psychopathique… Alors ça traîne un peu des santiags certes, mais ça permet au moins d’installer un lieu et un cadre, un air et un ton qui rappelleront forcément de beaux souvenirs. De même, Blood Frenzy respecte son quota d’envolées sanglantes (égorgements, lacérations, empalement, main coupée…), comme il emprunte aussi à Massacre à la Tronçonneuse dans sa conclusion, avec ce débilos sadique qui joue du coutelas sur le ventre nu de la mignonne Cassie… Assez glauque.
Les codes sont donc connus et reconnus, mais la caractérisation des personnages change un peu du tout-venant : exit les jeunes cons en vadrouille, dégagez la famille lambda en vacances… Ici, la psychothérapeute Barbara Shelley (sic) mène son lots de patients bivouaquer dans le désert : des paumés et des réprouvés, des amochés de la vie névrosés à mort (blondinette nympho, ancien combattant traumatisé, alcoolo invétéré…). Un cheptel de victimes inattendu pour tout dire, ce qui nous vaut d’intéressantes interactions et un suspense mieux entretenu qu’à l’accoutumée. Le dernier quart est d’ailleurs au diapason, singulièrement enragé et relativement surprenant dans son épilogue. Dommage alors que Blood Frenzy soit si timide en boobs (étrange pour un spécialiste du hardcore), mais l’absence de nibards est signifiante pour le coup : le film est une respiration franche dans l’univers très hot d’Hal Freeman, un bol d’air au milieu des culs et des bites, que le mec ne s’accordera qu’une fois. On peut le regretter n’empêche, car à la vue de ce très agréable Blood Frenzy, on aurait aimé que Freeman persévérât dans la franche saignée et le coup de piolet meurtrier. Las, l’appel de la chair était trop fort…

David Didelot

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  • Réalisation : Hal Freeman
  • Scénarisation : Ted Newson
  • Production : John Penington
  • Pays : USA
  • Acteurs : Wendy MacDonald, Lisa Loring, Tony Montero, Lisa Savage
  • Année : 1987

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