Le Spectre du Chat

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La Hammer met les pieds dans la litière pour le bien du Spectre du Chat, production restée méconnue au sein du pied-à-terre anglais de Dracula et Frankenstein. On en miaule de plaisir ? Ca reste bien évidemment à voir…

 

 

 

 

De toute évidence, le pacte passé entre l’éditeur Elephant Films et le dieu Hammer ne sert pas qu’à dépoussiérer quelques vieux classiques comme Les Maîtresses de Dracula, utile qu’il est aussi pour exhumer une poignée de bobines généralement passées sous les radars. Plutôt logique concernant Le Spectre du Chat (1961), lequel ne montre aucun signe de son appartenance à la maison des monstres lors de son générique introductif. Un mystère bien mystérieux que crève Nicolas Stanzick dans les suppléments du Blu-Ray sorti voilà quelques mois, l’auteur du livre Dans les Griffes de la Hammer nous expliquant que cette production en mode sous-marin pour la Hammer découle de ses obligations envers la Paramount. C’est que le géant américain possède la moitié des studios Bray, où la firme marteau shootait ses gothiques orgies entre vampires, momies et hommes velus, et la major ne tient dès lors pas à voir ses british associés proposer des films à ses concurrents. Comme la Universal, avec laquelle la Hammer fricote de temps à autres, et à laquelle elle doit encore un film d’épouvante. Pour le moins problématique… Pour contourner cet ennui, la société derrière Le Cauchemar de Dracula décide de s’effacer au profit des studios BHP, co-producteurs fournissant le mur derrière se cache la Hammer pour créer The Shadow of the Cat. Car si ce n’est ces histoires de crédit, tout transpire le travail fourni par notre entreprise chérie, que ce soit lorsque l’on se penche sur les équipes techniques, que l’on reluque le casting (André Morell du Chien des Baskerville, Barbara Shelley de La Gorgone, Freda Jackson des Maîtresses de Dracula, Richard Warner de Dans les Griffes de la Momie, … ) et bien évidemment le poste de réalisateur, tenu par John Gilling. C’est sûr, la présence du gaillard derrière La Femme Reptile et L’Invasion des Morts-Vivants ne trompera personne quant à la teneur de cet horror/mystery movie des plus félins… Et pas toujours très apprécié par les fantasticophiles.

 

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Cela commence pourtant on ne peut mieux : alors qu’elle est en train de lire quelques vers tirés de l’oeuvre de l’ami Poe à son matou tigré, une vieille bique s’apprête à recevoir la visite d’un domestique, passant lentement d’une pièce à l’autre, dans une pénombre totale. Muni d’un objet contondant, il s’acharne sur la vielle femme, tabassée à mort à la demande de son époux Walter Venable (André Morell), lequel compte bien mettre la main sur l’héritage et réécrire quelques lignes du testament rédigé par sa désormais défunte moitié. En complicité avec sa cuisinière, son valet de chambre et plusieurs membres de sa triste famille, Walter a néanmoins un gros problème sur les bras : le chat est témoin du meurtre et il leur faut l’arrêter sous peine qu’il puisse diriger la police vers la vérité. C’est vrai que les enquêtes résolues par les témoignages de minets sont on ne peut plus courantes, et il est toujours conseillé aux assassins de vérifier qu’aucun matou ne se pose pour fixer leurs méfaits, ces sales bêtes étant des balances de première. Vous l’aurez compris, par chez nous on trouve le pitch du Spectre du Chat assez tiré par les cheveux, presque digne d’un sketch de Benny Hill, et il sera ardu de prendre au sérieux cette histoire voyant de bons adultes courir après deux paires de coussinets pour masquer leurs crimes… Un peu grotesque, et d’ailleurs le premier rôle féminin, l’héroïne Beth (seul personnage sympathique de la tribu, campé par Shelley), ne manque jamais de rappeler que les siens se ridiculisent en pensant que cette gentille bête est un danger. Non pas qu’ils aient tort, la chatte finissant même par causer la mort de plusieurs d’entre eux (chute mortelle d’un toit, bain de boue meurtrier dans les marais, dégringolade dans les escaliers,…), mais force est de reconnaître que l’on a du mal à gober que six personnes puissent galoper d’un bout à l’autre d’un manoir sans jamais attraper l’animal.

 

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La faute à John Gilling a priori, le metteur en scène n’aimant pas trop le scénario originel, plus psychologique et où l’on ne voyait jamais le félin en chair et en os mais seulement son ombre (d’où le titre original), tel un symbole de la culpabilité et la paranoïa des criminels. De toute évidence, cela aurait été un peu moins absurde, un peu moins concon aux entournures… mais cela aurait sans doute signifié également que le rythme n’aurait pas été aussi confortable qu’ici. Ainsi, Le Spectre du Chat est aussi bêta qu’il est agréable à visionner, cette tentative de plongée dans l’univers de Poe pour la Hammer bénéficiant d’un déroulé des évènements ne tolérant aucun ramollissement. Tout s’enchaîne parfaitement, tenant l’ennui bien à l’écart, et si certains regretteront que cela ronronne presque trop en se contentant d’une structure scénaristique passant toujours de la griffure sanglante aux plans machiavéliques pour mettre le lynx en cage, d’autres seront ravis d’avoir dans les pattes un no brainer sans temps mort. En prime, The Shadow of the Cat a la politesse de ne pas s’éterniser inutilement, se contentant de 78 petites minutes pour distiller son drôle de bazar gothique. Car si le tout prête un peu à rire, sans trop que l’on sache si c’est volontaire ou non, la Hammer nous envoie dans les mirettes tout ce qui fait le sel de son art : une vieille bâtisse isolée que la foudre semble frapper sans répit, des virées nocturnes dont on ne sort jamais indemne, des secrets cachés derrière les murs de briques, des cadavres planqués dans la forêt, des menaces tapies dans la pénombre… Le bagage qu’on aime tant du studio, et qui continue de faire mouche même au sein d’un essai on ne peut plus mineur, mais amusant et aussi apaisant que d’avoir des chatons endormis sur les genoux.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : John Gilling
  • Scénarisation : George Baxt
  • Production : John Penington
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Titre original : The Shadow of the Cat
  • Acteurs : Barbara Shelley, Andre Morell, William Lucas, Freda Jackson
  • Année : 1961

2 comments to Le Spectre du Chat

  • Roggy  says:

    Et en matière de chat, tu t’y connais 😉

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