Sorority Girls and the Creature from Hell

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Elles ont jamais de chance, ces braves nénettes des sororités, qui ne rêvent que de flirts, de soirées pyjamas et de journées entièrement dédiées au shopping, mais se retrouvent systématiquement avec un tueur ou une vilaine bête aux basques. Pour le coup, avec Sorority Girls and the Creature from Hell, le ton est donné dès le titre et c’est les Enfers que l’on verra se déchaîner sur nos joyeuses cocottes. Du moins si le budget le permet, et là c’est pas gagné…

 

 

 

On ne le sait que trop bien : la Série B des années 80 était en grande partie créée par des faiseurs disparus du métier aussi vite qu’ils y étaient entrés. Des Monsieur-Tout-Le-Monde jamais passés par les bancs d’une école de cinéma, mais qui se sont un jour dit qu’entre cuire les frites dans le McDo du coin de la rue ou tourner filmer des bimbos en train de se faire arracher le bikini par un gros mutant, il n’y avait finalement pas matière à hésiter. Sauf que sans une distribution digne de ce nom, sans de gros noms à plaquer sur une jaquette de toute façon bien trop moche pour attirer l’oeil, et peut-être même sans une foi suffisamment forte pour continuer contre vents et marées, il est bien difficile de perdurer. Pas étonnant dès lors que le gros des troupes retourna éplucher des patates sous le regard aimant du clown Ronald, livrant une VHS, deux dans le meilleur des cas, avant de repartir se blottir dans les bras de l’anonymat. John McBrearty est bien évidemment de cette trempe, le bonhomme s’éclipsant des radars après Sorority Girls and the Creature from Hell, qu’il torche en 1990 avec pour seule autre expérience cinématographique un petit rôle dans le Taps avec Tom Cruise, Sean Penn et George C. Scott, sorti en 81. Soit neuf ans plus tôt quand même, preuve que McBrearty aura tourné en rond dans son salon avant de se décider à enfourcher sa caméra, qu’il ne ressortira visiblement plus. Sauf peut-être, si l’on se fie à quelques rumeurs collectées sur la toile, pour un psychokiller movie sur le tueur du lac Elsinore, coupable d’avoir envoyé au paradis une quinzaine de femmes. S’il se dit que le Johnny utilisa le même casting que pour Sorority Girls…, aucune preuve de l’existence du film n’est tombée sur notre bureau, ce qui nous permet d’imaginer que le bidule n’est jamais sorti. Est-ce à dire qu’il faut le regretter ? Au vu du premier essaie du mecton, on n’en est pas très sûrs…

 

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Allergiques aux DTV ultra cheesy de l’époque, tournez vos talons hauts et retournez dans des contrées plus nanties, McBrearty n’a rien pour vous dans son panier. A sa décharge, la messe était dite dès le titre de son premier (et donc possiblement unique) film, ainsi que sur sa jaquette dévoilant un sale streum en train d’agresser une belle blonde en petite tenue. Une carte d’identité bien incapable de mentir sur la teneur des propos trouvables dans ce Monster Movie sans le sou. Et conscient de ce qu’il est par ailleurs, puisque son auteur prend un malin plaisir à tourner au ridicule ses différents personnages, qu’il rend si stupides que cela ne peut être que volontaire. Faut dire qu’il était difficile de se prendre au sérieux et de croire pour le gazier qu’il venait de pondre un nouveau Le Nom de la Rose, son mince récit voulant qu’un archéologue soit changé en être démoniaque et course ensuite des jeunes gens se mariant plus que bien avec un second degré de chaque instant. Alors on crée des protagonistes loufoques comme ce pêcheur incapable de causer d’autre chose que de la poiscaille et la manière dont on l’hameçonne, ou cette brunette dont le seul mot « party » glisse des lèvres (« I’m ready to party ! Party ! » dit-elle tout du long). On délire un peu quoi, car on sait fort bien que c’est pas avec cette fameuse créature, au masque toujours un peu trop flottant, que l’on va aller narguer les xénomorphes, Pinhead et autres loups-garous selon Rob Bottin sur leur propre terrain. Pas plus con qu’un autre et bien au jus que son gloumoute a plus l’air d’un rejeté du casting de Spookies que d’une menace à faire hurler les masses, il ne le filme que dans la pénombre, ou alors à dix mètres en la cachant dans des buissons… Plutôt problématique, car il n’y a rien de pire qu’un film de monstre où l’on ne voit jamais le monstre en question.

 

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A vrai dire, ce n’est pas la plus grosse bévue du pauvre McBrearty, condamné à la réclusion perpétuelle pour avoir beaucoup trop misé sur le meublage sans intérêt, et ce dans le but d’atteindre les habituelles 85 minutes. Il est vrai que les histoires de vieux chercheur découvrant dans une caverne une grosse tête de squelette en pierre au rire sardonique (ce qui fait très dessin-animé à la Mighty Max) qui s’empresse d’en faire son serviteur et l’oblige à aligner les sacrifices sanguinaires, ça ne bouche que peu de trous. Et une fois qu’il a filmé ses jolies donzelles courir d’un bout à l’autre de la forêt ou leurs compagnons râler pour tout et n’importe quoi (mention spéciale à l’insupportable blondinet qui peste de la première à la dernière minute), John McBrearty se rend compte qu’il n’a que 40 minutes de pelloche maxi et qu’il va lui falloir traîner de la patte s’il veut avoir dans les pognes un long métrage en bonne et due forme. S’il gagne quelques secondes par-ci par-là en fixant son objectif sur un lapin sortant de son terrier ou des ratons laveurs occupés à passer leurs jolies frimousses à travers un plancher, il met aussi en branle une sous-intrigue voyant un taulard s’échapper de sa prison. Alors qu’on les sortait lui et ses compagnons de cellule pour qu’ils creusent des trous dans un bosquet, ils décident en effet de plutôt donner des coups de pelle à leurs gardiens et se faire la malle. Après quelques coups de mitraillettes (dont ne sort ni fumée ni feu, parce que chez McBrearty on a pas toujours accès aux balles à blanc), les autorités font appel à un hélico de l’armée (bien réel, sans doute le seul « accessoire » montant un peu la production value de Sorority Girls and the Creature from Hell) puis se rendent à l’évidence : ils ont laissé s’échapper pour de bon un ennemi public numéro 1. Ennemi public peut-être, mais plus grand ami du réalisateur surtout, puisqu’il va lui servir à gagner un peu de temps à toutes les étapes du film, le montrant faire du stop à deux reprises ou errant dans les bois pour menacer campeurs et étudiantes. Les liens entre cette évasion et le reste du métrage ? Il n’y en a bien évidemment aucun, et McBrearty n’en a certainement pas honte.

 

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Tout comme il n’est pas gêné de prendre 30 minutes pour montrer l’archéologue en train de dépoussiérer le fameux crâne de roche. C’est bien simple, durant le temps que ce vieil homme a pris pour donner trois ou quatre coups de brosses pour lustrer la caboche infernale, Indiana Jones a revendu le Graal aux enchères sur eBay, a redécoré tout le temple maudit avec des papiers peints de tournesol et a joué au volley avec le crâne de cristal. D’ailleurs, cette grosse face de mort à la voix grandiloquente recevra la visite de son servant purulent à chaque nouveau meurtre commis, manière là encore de jouer la montre… Et bien évidemment, lorsque les ambulanciers déboulent lors des ultimes minutes pour secourir les survivants, on va les voir conduire, se garer, transporter un blessé, l’installer dans l’ambulance, faire de même avec un autre,… Oui c’est à ce point, mais il faut aussi avouer qu’au bout d’un moment on finit par en rire, la première bobine de Sorority Girls étant entièrement constituée de scènes dont l’intérêt et l’importance frôlent le zéro pointé. Bref, heureusement qu’on se marre un peu devant ce spectacle, certes campy au possible, mais pas totalement sympathique pour autant. La faute à un manque d’énergie très handicapant et une absence totale de gore, le seul passage légèrement corsé étant un arrachage de tête… dont on ne voit quasiment rien puisque tourné dans le noir. Pas avec ça que l’on regrettera la disparition de John McBrearty de notre horizon…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : John McBrearty
  • Scénarisation : John McBrearty
  • Production : John McBrearty
  • Pays : USA
  • Acteurs : Len Lesser, Deborah Dutch, Eric Clark, Carl Johnson
  • Année : 1990
Tags:  , ,

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