Blood Scarab

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Sorti en 2008, Blood Scarab est ce point de jonction entre les deux franchises de Don Glut – diptyque The Mummy’s Kiss et saga Countess Dracula : en d’autres termes, quand la Momie meets Dracula et ses vampirettes, au moment où Erzsébet Bàthory s’invite également au festin. Oui, nous ne sommes pas très loin de l’esprit crossover qui animait la production Universal des années 40, et nous sommes assez proches des premiers essais amateurs de Don Glut dans les années 50 et 60, lorsque le jeune homme filmait d’improbables rencontres entre Classic Monsters et héros Marvel… Un retour aux sources donc, en même temps qu’un film épilogue.

 

 

 

N’empêche, on ne manque pas d’humour dans les bureaux de la Frontline. Le film commence très sérieusement pourtant, via une voix off qui présente les exploits réels d’Erzsébet Bàthory au tournant du XVIIème siècle… Blood Scarab s’inscrirait-il dans un rayon plus dramatique, dans un registre plus « grave » que les opus précédents produits par la firme ? Que nenni, puisque le gros du récit sera spéculation indique très vite le narrateur : de l’art de l’euphémisme quoi, et de l’autodérision. Mais bon, le cinéma indépendant est bien cet espace de liberté narrative, où l’à-peu-près et le n’importe-quoi ont toute leur place, et tous leurs charmes. Nous sommes donc toujours dans la Cité des Anges. A l’entame du film, le Comte Dracula est pulvérisé, victime du soleil et de la négligence de ce bon Renfield, facétieux factotum du vampire. Mordue il y a quelques siècles par le Prince des Ténèbres, la Comtesse Bàthory débarque à Los Angeles dans un but bien précis : l’éternelle jeunesse ne lui suffit plus, car la cruelle nana veut maintenant jouir de sa liberté… en plein jour, comme une simple mortelle. Difficile quand on est vampire. Mais Renfield va chercher un moyen de satisfaire sa nouvelle maîtresse. Et devinez quoi ? Il découvre que la solution est dans la momie ! Quelle momie ? La momie d’Hor-Shep-Sut bien sûr, de la collection Harwa. Egyptologue avisée, la professeure Foran explique donc à notre bouffeur de blattes l’histoire d’Hor-Shep-Sut : « Make history live ! » s’exclame Renfield… pour ceux qui n’auraient pas vu The Mummy’s Kiss. OK, mais fais surtout des économies, en balançant à l’écran les séquences de flashback déjà utilisées dans les deux volets précédents. C’est donc reparti, et ça fera trois fois au total : Mia Zottoli et Sasha Peralto à poil, l’arrestation de la sorcière, l’embaumement sanglant et le sarcophage bien planqué. Renfield met donc la main sur ladite momie, et Bàthory invoque cette fois la Déesse Hathor, sœur du Dieu Râ, qui lui explique comment procéder : la Comtesse devra vampiriser trois jeunes femmes et donner un peu de son sang à la momie pour espérer bronzer tranquille, sans craindre le coup de soleil fatal. Mieux, elle pourra même s’ébattre seins à l’air dans les jardins de son château, un peu comme Brick Randall dans The Erotic Rites of Countess Dracula. Sauf que Renfield en a plus qu’assez des caprices de sa maîtresse : excédé, il libère alors la colère de la momie et de la déesse Hathor. Inutile de dire que c’est mal barré pour Bàthory…

 

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Ouais, ça délire bien dans Blood Scarab. Evidemment, le film réutilise les plats qui firent le menu des deux The Mummy’s Kiss, notamment cette apparition d’une divinité égyptienne en plein XXème siècle : Hathor succède ici à Isis et à Nephtys, mais le deus ex machina prend les mêmes atours, celui d’une blonde dépoitraillée entourée de ses deux servantes dépoilées. Mine de rien, c’est cool la mythologie égyptienne avec Don Glut. Bien sûr encore, nous aurons droit aux même décors étiques, et à des effets visuels hypra cheap (au rang desquels ce plan hommage au Cauchemar de Dracula, quand le Comte se désagrège à la lumière naturelle et qu’il ne reste plus que sa bague au milieu de la cendre…). Et puis la momie est toujours la même, usinée par John Carl Buelchler. Mention spéciale d’ailleurs au combat final entre Bàthory et Hort-Shep-Sut, sous un ciel rougeoyant zébré par d’improbables éclairs… Enfin, Don Glut ne se départit jamais de cet « esprit de famille », qui adresse clins d’œil et tapes dans le dos à un spectateur complice. Ainsi, l’une des nanas s’appelle Mina, fan de film de vampires qui s’en va louer quelques bonnes séries B au Rocket Video : un vidéoclub d’Hollywood qui ferait pâlir un mort, surtout quand on y trouve le DVD d’I Was a Teenage Movie Maker : Don Glut’s Amateur Movies. Bref, de la référence autocentrée, qui prouve que nous sommes entre gens de bonne compagnie, tous sensibles aux mêmes citations (le mag Scary Monsters, avec Horror of Dracula en couv’), et tous contents de retrouver de vieux copains : Tony Clay (peut-être le Dracula le moins crédible de la galaxie !) et Del Howison bien sûr, en Renfield sympatoche et gouailleur, déférent certes, mais futé comme un valet de comédie. C’est encore lui qui fait le spectacle, prolixe en répliques définitives et à l’aise dans le geste rigolo, comme celui de ramasser les cendres de son Maître défunt à la balayette… C’est pas sérieux quoi, mais c’est toujours un peu chaud, car Don Glut n’en oublie pas l’essentiel : la sublime lesbienne, qui se décline ici en Cindy Pucci (seins refaits en avant), Christina Morris ou Natasha Diakova. De belles inconnues… qui le resteront hélas.

 

 

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Non, l’attraction principale s’appelle ici Monique Parent, B-star des âges « anciens » dans la peau de la Comtesse sanglante. Toujours mignonne la Monique, qui porte fière la robe rouge et porte haut le joli sein, surtout dans ce flashback terrible renvoyant l’action au XVIIème siècle : dans les souterrains de son château, les vierges enchaînées sont fringuées comme des caved women (voir Dinosaur Valley Girls), un bourreau encagoulé fait la police, des pucelles éplorées gémissent de douleur, et Monique prend son bain de sang totalement à poil, éclairée seulement au chandelier… On atteint là ce que la série B peut offrir de plus cool et de plus beau, petit moment de grâce à peine gâché par une mise en scène un peut statique. Mais ne crachons pas dans la soupe : Monique fait son numéro, hyper à l’aise en vampire MILF qui chasse la toute jeune vierge. « Who are you ? » s’écrie la donzelle paniquée. « The answer of your deepest desires » répond la Parent déchaînée. Tu m’étonnes…

 

 

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Si Blood Scarab est peut-être la plus excitante des productions Frontline, le film est aussi le plus « sobre » question fesse : les seins sont un peu moins gros d’ailleurs, les séquences érotiques moins longues et les plans afférents moins explicites. Tant pis, car ce que le film perd en sex-appeal, il le gagne en extravagances scénaristiques et en dynamisme narratif. On ne demandait pas plus finalement, si ce n’est Brinke Stevens (la professeure Foran) un peu plus présente à l’écran… On ne peut pas tout avoir non plus.

 

 

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Blood Scarab était donc le dernier film de la Frontline, petite boîte californienne qui n’aura pas produit grand-chose certes (une sixaine de titres en douze ans, plus quelques documentaires), mais qui aura permis à Don Glut de faire revivre ses chers Monstres de l’âge d’or… en mode gros seins et belles fesses. The end ? Ce serait mal connaître le Glut qui, même à 70 ans, tenait encore belle forme : en  2014, le mec fondait Pecosborn Productions, du nom de son village natal au Texas (Pecos), une « société indépendante et spécialisée dans la production de films de qualité à petit budget. Nos productions se concentrent principalement sur les films d’horreur, en particulier ceux mettant en vedette des «créatures classiques» telles que les loups-garous, les vampires et le monstre de Frankenstein. » Oui, la même ligne que Frontline finalement, mais la ménagerie au complet cette fois puisque Don Glut coréalisait Dances with the Werewolves en 2016 (avec Angus Scrimm dans son dernier rôle). Un Tales of Frankenstein est d’ailleurs en postproduction à l’heure où l’on écrit, omnibus sacrifié à la créature de Mary Shelley : manière comme une autre de commémorer dignement le bicentenaire du mythe. En ligne depuis quelque temps, la bande annonce fait frémir d’envie… Nous en reparlerons forcément, d’autant qu’un Tales of Frankenstein, Book 2 est déjà annoncé !

David Didelot

 

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  • Réalisation : Don Glut
  • Scénarisation : Don Glut
  • Production : Dan Golden
  • Pays : USA
  • Acteurs : Monique Parent, Brinke Stevens, Del Howison, Tony Clay
  • Année : 2008

 

2 comments to Blood Scarab

  • Djoule  says:

    Salut David,

    Petite question, hormis en import est-ce que ces différents films chroniqués de Don Glut sont disponible en DVD sur le marché français ?
    Et merci pour le boulot de passionnés que vous faîtes sur ce site les gars.

    Djoule

  • David DIDELOT  says:

    Salut Djoule,
    Merci d’abord pour ton retour sympathique à propos du site de l’ami Rigs !
    Alors écoute, à ma connaissance non pour répondre à ta question. Imports tout ça…

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