Mad Foxes

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Qui a dit que le Suisse Erwin C. Dietrich ne produisait que des films de fesse ou des Jess Franco traînants ? Certainement pas une assemblée un beau jour installée devant Mad Foxes, coproduction avec l’Espagne datée 1981 et véritable concentré de folie furieuse. Attention, port du casque obligatoire.

 

 

L’un des évidents bons côtés du cinéma d’exploitation de la fin des seventies ou du début des eighties, c’est qu’il vous suffit bien souvent de vous pencher sur le cas d’une ou deux bisseries avec du poil sur les épaules pour rattraper dix ans de cinoche « classique » en 80 minutes bien trempées. Pas de raison que Mad Foxes déroge à la règle, et avec son scénario probablement écrit en moins de temps qu’il ne vous en faudra pour visionner le produit fini, cette petite bobine au culte grandissant vous résumera d’une traite tout ce qui fait le sel du rape and revenge, du vigilante et même de la nazisploitation. Soit les organes principaux du cinéma populaire des années 70 pour faire vite, auquel on a aussi transplanté quelques éléments piqués au célèbre Mad Max, dont les réalisateurs désargentés venus d’Europe ne cessent de suivre les trainées d’huile. Certes, Mel Gibson n’était pas libre ce week-end là, n’empêche que ça n’a pas posé problème au metteur en scène à la courte carrière Paul Grau, qui voit en José Gras (Conquest, Virus Cannibale) un bon émule du père Rockatansky. C’est vrai que comme Max le dingue, le pauvre Hal Walters doit faire face à une bande de motards dont le passe-temps favori est de tourmenter leur prochain. Et c’est tout naturellement qu’ils décident de provoquer et cracher à la gueule de notre nouveau copain Hal, dérangé par des barbus crasseux et nazillons alors qu’il voulait juste montrer à sa dernière conquête, une adolescente fêtant ce jour-là ses 18 ans, quel bonhomme il est une fois au volant de sa voiture de course. Histoire de montrer qu’il en a dans le short, il décide de courser les amis du Fürher montés sur deux roues et en envoie même un dans le décor, le tuant sur le coup. Ca leur apprendra à empêcher un brave gars approchant des 40 berges à saouler une gamine pour la déflorer, tiens !

 

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Mais vous savez ce qu’il en est du cinéma bis scrutant les méfaits de quelques blousons noirs (d’après IMDB, de véritables Hell’s Angels se sont prêtés au jeu) : ces loulous-là n’abandonnent jamais et ont à coeur de rendre coup pour coup. Et les voilà en train de tomber sur Hal et sa (très) jeune amie, qu’ils agressent sans plus de présentations, tabassant notre homme avant de doigter (!) la pauvre gamine, découvrant qu’elle est toujours vierge. Plus pour longtemps puisqu’ils proposent à Stileto, le grand con moustachu de la clique, de faire d’elle une vraie femme. Un viol plus tard, Hal retourne chez lui pour griller une ou deux clopes et passer un coup de fil à l’un de ses bons amis (le réalisateur Paul Grau en personne, pour la petite histoire), gérant d’un dojo rempli de judokas aux airs fatigués et peu motivés. Mais ne vous fiez pas à leurs mauvaises mines, ces adeptes des arts-martiaux étant nettement plus méchants qu’ils en ont l’air puisqu’ils tomberont et testeront leurs nouvelles prises sur les nazis, alors que ceux-ci brûlent le cadavre de leur pote décédé plus tôt. Très remontés, les ceintures noires (ou plutôt jaunes…) iront même jusqu’à trancher le zgeg de ce qui semble être le chef de la bande (une sorte de Gérard Jugnot dans Papy fait de la Résistance) avant de le lui faire bouffer. On passe la seconde, pour ainsi dire, et le cycle de la vengeance est enclenché pour de bon… Car vite remis de cette raclée monumentale, nos vilains zigouilleront tout l’entourage d’un Hal qui aurait mieux fait de rester au lit ce jour-là, balançant une grenade sur le tatami des karatékas, avant d’exploser le front de sa mère invalide d’une bastos bien placée. Son riche daron ? Exécuté à la mitraillette. Ses domestiques ? Éventrés sans ménagements. Le jardinier ? On lui fait goûter de la cisaille, enfoncée profondément dans sa gorge. Pas très sympa tout ça, dites donc, et on comprend que ce vieux beau de Hal décide de sortir le fusil de chasse, un peu pour se faire justice lui-même, beaucoup parce qu’il ne songe pas un instant à appeler la police.

 

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On ne va pas se le cacher, Mad Foxes est à la finesse ce que le Double Cheese de chez Quick est à la gastronomie : un majeur avec lequel on vient de se gratter le cul et que l’on tend fièrement au reste du monde ! Monument de vulgarité, symbole du bis le plus putassier, ce premier essai (sur seulement deux) pour Paul Grau fait partie de ces œuvres si bêtes qu’elles en osent tout. Et c’est bien évidemment pour ça qu’elles en deviennent aussi géniales qu’imprévisibles, ne se refusant aucune séquence de mauvais goût. La preuve : après avoir collé un index dans l’intimité de la pauvre gosse qui vient juste de souffler ses 18 bougies, la raclure en train de l’agresser essuie son doigt ensanglanté sur le visage de la malheureuse. Fallait oser… Tout comme il fallait en avoir une sacrée paire (ou être un peu taré) pour imaginer une scène de revanche prenant place aux gogues, Hal balançant une grenade dans la cuvette pour faire sauter le malotru qui y coulait tranquillement un bronze. Fou ? Totalement dingue même, au point que vous auriez plus de chance de trouver une copie du métrage dans un asile que chez vos revendeurs favoris. Sorte d’Orange Mécanique qui aurait été écrit en cinq minutes par un psychopathe aviné, Los Violadores (titre original signifiant, vous avez compris, les violeurs) est un concentré de violence pure… mais involontairement drôle. D’une part parce que chaque acteur est bien évidemment mauvais au dernier degré, et on nous dirait que la troupe est quelquefois livrée à elle-même que nous n’en serions pas surpris (voir le petit monologue que balance, sans raison, la mère paraplégique en regardant par la fenêtre). D’une autre parce que, dans la grande tradition de la Série B européenne, la bande-son est totalement inadaptée aux cruels méfaits visibles à l’écran, une musique aussi funky qu’insouciante accompagnant systématiquement les brutes épaisses. Et ce au point de les faire passer pour une simple bande de copains pas bien finauds, façon Les Musclés !

 

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Il faut d’ailleurs admettre que tout violeurs/assassins/agresseurs/néonazis/dangers publics (biffez les mentions inutiles) qu’ils soient, les badguys parviennent à être plus sympathiques que le héros lui-même. Et pas seulement parce qu’ils ont l’air de passer la majeure partie de leur temps la bite à l’air dans une décharge, à vider des bouteilles en riant à des vannes que l’on n’oserait même pas faire sur Facebook, leur donnant une image de mous du bulbe peut-être encore trop stupides pour se rendre compte du mal qu’ils font. Non, le problème vient de Hal lui-même, sérieux compétiteur au prix de pire protagoniste principal jamais imaginé. On l’a vu, ce fils à papa dont les journées semblent vouées à en mettre plein la vue à tout le monde a déjà la fâcheuse tendance à aller cueillir ses copines à la sortie des écoles, mais il a en plus la triste tendance à ne pas se soucier de ce qui leur arrive. Ainsi, il ne va jamais prendre de nouvelles de sa nouvelle girlfriend et part plutôt passer du bon temps avec une autre maîtresse, qu’il besogne dans la joie et la bonne humeur parce que cela permet à Grau de meubler un Mad Foxes ne durant pourtant que 76 minutes ; ensuite parce que ça fait monter le quota de culs à l’écran. Reste que même si tout cela est très utilitaire, ça donne une image assez peu valorisante de ce con de Hal, par ailleurs encore trop médiocre pour croquer sa vengeance lui-même, préférant plutôt mettre sur le coup ses potes, envoyé au turbin pour lui. Et lorsque ceux-ci bastonnent ses ennemis, il se contente d’observer le spectacle en fumant, prenant l’air supérieur de celui qui n’a même pas à se salir les mains pour arriver à ses fins. Un odieux pourri, que seules des cocottes sans cervelles (les filles ici présentées sont d’une bêtise affolante et se livrent au premier venu) et sa propre famille, pour qui il est un ange tombé du ciel, peuvent apprécier. Autant dire que l’on a bien du mal à pleurer à ses côtés lorsqu’une tuile lui tombe sur le coin de la gueule, tant il a bien cherché les emmerdes et semble même les mériter. Grau lui-même ne semble pas trop le porter dans son coeur d’ailleurs, en témoigne un final (attention, on va spoiler sévère) où l’un des nazis s’infiltre dans son appartement avec une bombe et fait sauter tout l’immeuble, emportant comme de juste Hal et sa troisième copine (oui, il n’a pas chômé en 75 minutes) (Fin des spoilers).

 

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Vous savez ce qu’on dit : les cons, ça ose tout. Mad Foxes doit dès lors avoir le QI d’un caillou… et c’est pour ça qu’on l’aime à vrai dire. Car même lorsque Grau se voit contraint de jouer la montre, il nous amuse de par ce repas étrange où Hal refuse un plat de homard aux champignons et aux anchois (on invente rien), ou grâce à ces raccourcis scénaristiques grossiers. Comment les motards trouvent le manoir des vieux de Hal, selon vous ? Ben en demandant l’adresse à un pompiste, pardi ! Et comment Hal déniche le repaire des salauds lorsque lui vient l’idée de faire parler la poudre ? Ben en demandant la même chose au même pompiste, évidemment ! Pratique, tout comme le fait que notre premier rôle masculin tombe sur une jolie auto-stoppeuse (qui batifolait avec un autre homme sur la plage quelques secondes auparavant) pile au moment où Grau et Dietrich souffraient d’une pénurie de formes féminines. Les ficelles sont ici des câbles, mais après tout, quel spectateur sain d’esprit se cale devant Mad Foxes avec l’espoir de siroter un script bien formé ? Personne, on rentre dans ce cirque totalement maboule pour voir des sales types se faire trancher la teub ou exploser en centaines de morceaux de bidoche parce qu’on leur a envoyé un explosif pendant la pause caca. Pas la peine d’en demander trop à ces renards tarés, mais ce qu’ils promettent, vous pouvez être certains qu’ils vous le donneront. Un classique… mais à sa manière.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Paul Grau
  • Scénarisation : Hans R. Walthard, Paul Grau, Jaime Jesús Balcázar
  • Production : Erwin C. Dietrich
  • Titre original : Los Violadores
  • Pays : Espagne, Suisse
  • Acteurs : José Gras, Laura Premica, Eric Falk, Andrea Albani
  • Année : 1981

 

2 comments to Mad Foxes

  • Roggy  says:

    Encore un film dingo passé sous mon radar avec une scène de toilette explosive avec pine apparente ! A voir si c’est possible de le trouver…

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