Octaman

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Non les enfants, Octaman n’est pas le nouveau stagiaire des Avengers et ne viendra pas sauver votre grande sœur lorsque celle-ci se retrouvera prisonnière d’un terrible incendie. A moins que ce soit pour la ramener dans son bassin et lui montrer à quel point il a le tentacule bien dur, évidemment…

 

 

Question monstres, Harry Essex n’était pas un poussin tout juste sorti de sa coquille lors du passage aux seventies. Arme secrète de la Universal dans les fifties, il offrit au célèbre studio quelques scénarios depuis entrés dans la légende, comme ceux des Survivants de l’Infini ou L’Etrange Créature du Lac Noir, qu’il ne fait qu’imaginer et mettre en mots pour le compte d’autres réalisateurs. On peut dès lors comprendre qu’à force, la tentation de donner vie à sa vision soit forte au point qu’il passe derrière la caméra pour le bien d’Octaman (1971). Pas vraiment une première à vrai dire, Hessex ayant déjà offert à l’humanité I, The Jury (1953) et Mad at the World (1955), deux films noirs qu’il shoota près de deux décennies plus tôt. Et deux entités cinématographiques bien éloignées de l’univers dépeint dans son troisième essai (sur seulement quatre, sa pelloche d’invasion extra-terrestre The Cremators déboulant en 72), sans criminels et malfrats mais avec le genre d’atrocités que seule une Dame Nature délurée et une pollution envahissante peuvent enfanter. The Octaman donc, pieuvre à l’énorme melon montée sur gambettes, après laquelle courent l’assemblée habituelle des Creatures Features, soit des savants pressés de la disséquer, un tenancier de cirque se voyant déjà millionnaire avec cette découverte, des cowboys courageux et les obligatoires indigènes venus avec des légendes plein les poches. La faune habituelle pour un pur B-Movie qui n’aurait pas dépareillé dans l’écurie AIP, tant on a la sensation de patauger dans les vieux marais de Corman, avec tout ce que cela induit de bestioles un peu mal foutues et de scripts basiques. Etonnant d’ailleurs de voir un gaillard comme Essex, généralement dispensateur de récits plus malins que la moyenne, plonger les pieds joints dans un conte aussi simpliste qu’Octaman, dont le rôle titre est tenu par un Read Morgan bientôt second rôle de plusieurs films fantastiques (Enfer Mécanique, La Plage Sanglante et même Retour vers le Futur).

 

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Car ici, c’est la routine à tous les étages, le traditionalisme à toutes les étapes, et du poncif au kilo, jusque dans la création de la grosse bébête, soumise comme toujours à une croissance éclair depuis son bain de radiations. Et avec ses centimètres, le poulpe gagne une agressivité jamais prise en défaut et bien pratique pour justifier la décimation de rangs entiers de seconds rôles, les premiers (dont Essex en Indien) étant comme de coutume immunisés à une mort certaine et aux blessures graves. Bref, c’est du film de gloumoute typique et le copain Harry a tellement conscience qu’il ne réinvente pas la roue avec Octaman qu’il se sent obligé de citer ses influences toutes les 20 minutes, ses personnages parlant de King Kong ou La Belle et la Bête, le monstre tombant comme de juste sous le charme du premier (et unique) rôle féminin. Un aveu de faiblesse ? Plutôt la confession d’un créateur admettant qu’il est fermement décidé à ne pas se triturer la cervelle, et sachant fort bien que le fort de ce type de films se trouve rarement dans leur dramaturgie. C’est de cinoche grindhouse dont on cause ici, et si le public s’agglutine en masse dans les salles crasseuses des cinémas de quartier, ce n’est certainement pas pour voir des scientifiques disserter sur la notion de bien et de mal ou compter des globules rouges au microscope, mais bien pour se blottir dans les appendices d’une ignominie tout juste sortie de la vase. Pas contraire à l’idée de satisfaire son public et peut-être même ravi de coller aux basques de son phénomène de foire, Essex joue donc le jeu à fond : l’Octaman sera donc, c’est logique, la star d’Octaman ! Contrairement à ces nombreux Monster Movies qui rechignent d’un bout à l’autre à dévoiler ne serait-ce qu’une griffe de leurs chimères, la présente bande ne se fait ainsi jamais prier pour cracher à l’écran son tas de gomme, par ailleurs le premier job de Rick Baker.

 

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Ainsi, à peine le bouton « play » enfoncé dans la télécommande, le père Octo déboule, marchant dans la pénombre pour servir de fond d’écran au générique de début. Au moins le message est clair : on ne va pas manquer de pieuvre mutante et Essex n’aura jamais peur de la montrer sous tous les angles. Et dès qu’il le peut, surtout, la bête apparaissant dès les premières minutes, tapie dans les buissons à observer ses futures proies, dont une Pier Angeli décédée sur le tournage des suites d’une overdose, dont il ferait pourtant bien son épouse pour faire plein de bébés poulpes. Réglé comme une horloge, le salopiaud vient passer le bonjour toutes les cinq minutes environ, histoire de filer des trempes occasionnant quelques effets légèrement gore (œil sorti de son orbite, torse troué par un tentacule perçant). Les autres monstres lacèrent les chairs ou mordent les nuques, Octaman se contente de distribuer des roustes titanesques. Une méthode à l’image du métrage finalement, c’est à dire gras, basique, direct et dénué de toutes fioritures. Bien sûr, ça jacte un peu entre savants et cascadeurs venus capturer cette mocheté (façon de parler, car bien que caoutchouteux de partout et aussi crédible qu’une créature de sentaï, notre énervé bestiau a un charme indéniable), mais ça ne s’éternise jamais en débat, et si Essex est coupable de meublage inutile, ce n’est que le temps d’une interminable ballade dans une grotte dont il ne ressort pas grand-chose.

 

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Sans être le coup de boule des seventies, ni même la bobine indispensable de sa décennie en matière de gros streum furibard, Octaman compile donc les bons points et a le courage, finalement rare, de mettre sa beast à l’avant-plan constamment. Ce n’est certes pas sans déséquilibre, et on pourra regretter un manque criant de suspense et d’originalité, et l’accoutumance au monstre finit peut-être par jouer en sa défaveur. N’empêche qu’on ne nous a pas menti sur la marchandise et qu’on s’est bien retrouvé avec une version modernisée des petits budgets horrifiques des années 50, caméo de Jeff Morrow (The Giant Claw, Les Survivants de l’Infini, Kronos, La Créature est parmi nous…) et présence dans le premier rôle de Kerwin Mathews (Sinbad dans Le 7ème Voyage de Sinbad) à l’appui. De quoi satisfaire un public qui sait ce qu’il cherche, en somme.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Harry Essex
  • Scénarisation : Harry Essex
  • Production : Michael Kraike
  • Pays : USA
  • Acteurs : The Octaman (Read Morgan), Kerwin Mathews, Pier Angeli
  • Année : 1971

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