Peter Sutcliffe – L’Éventreur du Yorkshire

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L’Angleterre et ses Anglais : tellement propres sur eux, so british dans les formes et si flegmatiques dans le fond… Perfide Albion ouais, puisque l’île vit naître aussi quelques-uns des tueurs en série les plus célèbres de la galaxie : de Jack L’Eventreur à Dennis Nilsen, en passant par ce bon Docteur Shipman… et Peter Sutcliffe, barjot qui nous occupe ici. Qui occupa du moins Corinne Philippe, car on n’ose imaginer les heures de boulot pour réunir et exploiter une telle documentation : au final, ce sont près de 500 pages sacrifiées à l’affaire et une somme d’infos hors-norme, enchâssée dans une récit alerte, « vivant », qu’on ne peut lâcher dès lors qu’on entrouvre les portes de l’Enfer… Il faut dire que l’auteure était déjà partie à Gloucester en 2017, dans La Maison de l’Horreur pour être précis : oui, celle des abominables Frederick et Rosemary West, ces détraqués du slip qui aimaient aussi le jardinage à leurs heures perdues… Cette année, Corinne continuait donc son périple dans les régions du Nord, du côté cette fois de Bradford et de Leeds : le West Yorkshire en un mot, au-delà du Black Country, et au-delà de l’indicible…

 

 

 

Contexte : nous sommes au cœur des années 70, dans l’Angleterre des petites gens et de la middle class laborieuse, bien loin du cœur battant londonien qui bouillonne de culture et de contre-culture. Né en 1946, Peter Sutcliffe, eut une enfance à peu près normale et une vie « d’avant » à peu près banale. Bien sûr, quelques accidents de parcours, mais pas plus qu’un autre, pas plus que vous et moi pour tout dire. Eh oui, tous les tueurs en série n’ont pas été battus et abusés par leur môman ou leur papa. Ce serait trop facile… Le mec avait une épouse a priori aimante, des parents lambda et des beaux-parents très sérieux. N’empêche : quelque chose bouffait l’âme de Sutcliffe et le mec mua en prédateur pur jus : malin comme un singe et prudent comme un chat de surcroît, ce qui explique que le monstre put sévir pendant au moins 5 ans, de 1975 à 1980, sans se faire chopper par la police. Bilan : une vingtaine de victimes, dont 13 mortellement touchées, jusqu’à l’arrestation de l’assassin au début de l’année 1981. Verdict du procès : l’enfermement à vie bien sûr, à l’hôpital psychiatrique de Broadmoor, puis à la prison de Frankland depuis 2016.
Comme dans son livre précédent, Corinne adopte le point de vue du monstre pour raconter cette histoire : un mari bien sous tout rapport certes, mais un type totalement déglingué du bistoquet au point de vouer la Femme aux gémonies et de haïr la Donzelle comme pas permis. La gent féminine goûterait ainsi à son marteau et à son couteau… à son tournevis aussi. Le récit conté par Corinne prend alors la forme d’un effroyable inventaire, celui de chapitres qui défilent au rythme des nombreuses victimes tombées sous les coups du tueur : soucieuse de parler de ces pauvres filles, l’auteure rapporte à chaque fois une tranche de ces (petites) vies et explore la misérable existence de ces malheureuses, jusqu’aux conséquences post-traumatiques qui touchèrent leurs familles, leurs enfants, ou les rescapées bien amochées du cinglé. Manière de rendre hommage aux victimes quelque part, et manière aussi de remettre les points sur les i dans la tronche de ceux qui triperaient bêtement aux crimes de l’Éventreur…
Peter Sutcliffe : tueur de femmes ou tueur de prostituées ? Certes, le mec ne s’acharna pas seulement sur les asphalteuses de la zone, mais les « infortunées » du coin payèrent tout de même un lourd tribut aux pulsions féminicides de Peter : the Yorkshire Ripper n’est pas Jack the Ripper, mais il s’en approche quand même si l’on considère le profil de ses proies favorites. Bref, les fantômes de Mary Ann Nichols, de Catherine Eddowes et des autres planent aussi sur Leeds et sur Bradford, d’autant que l’affaire Sutcliffe se compliqua encore de lettres prétendument envoyées par l’Éventreur à George Oldfield (responsable de l’enquête), et d’une cassette audio soi-disant enregistrée par le tueur lui-même : autant de « faux » qui entraînèrent d’ailleurs l’enquête dans des impasses mortelles, car au même moment, Peter pouvait poursuivre ses frasques presque tranquillement…
A la lecture du livre, on en apprendra évidemment bien plus, et c’est peu de le dire : tous les prolongements et tous les interstices du fait divers sont ici fourragés, en particulier les faux-pas d’une enquête policière parfois menée en dépit du bon sens, malgré les moyens énormes qui furent déployés (jusqu’à la création d’une « Ripper Squad » !). Outre les « très riches heures » du procès – relatées ici dans le détail -, on lira en fin de volume les expertises du Professeur Jack Windsor Lewis à propos des lettres et de la cassette qu’avait reçues feu George Oldfield en 1979 : passionnant. Comme ces réflexions toutes personnelles de l’auteure qui scandent le récit des faits : ses hypothèses sur une affaire qui a encore sa part d’ombre, ou ses commentaires sur le profil psychologique du tueur… Plus que cela, Corinne nous fait humer l’atmosphère de ces années, l’univers 70’s d’une Angleterre populo et tristounette économiquement : c’est aussi ça l’art du livre, celui d’entrer par la « petite » porte d’un horrible fait divers pour dessiner le paysage de toute une contrée et de toute une époque. Dresser la part d’ombre d’un pays et d’une période, la faire revivre sous nos yeux stupéfaits. En cela, Peter Sutcliffe – L’Éventreur du Yorkshire est un livre qui s’impose dans nos bibliothèques : indispensable aux maniaques de la tuerie en série, immanquable à ceux qui aiment la littérature criminelle, mais de celle très bien écrite.

David Didelot

 

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  • Auteur: Corinne Philippe
  • Editeur: Book Edition
  • Pays: France
  • Année: 2017

2 comments to Peter Sutcliffe – L’Éventreur du Yorkshire

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas cette histoire, mais le livre semble très intéressant. Merci David pour la découverte.

  • David DIDELOT  says:

    De rien Roggy, je te le conseille oui !

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