Murderock

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Le train du slasher, si on ne le prend pas à temps, on reste à quai éternellement ! Peut-être lassé de ses cadavres séjournant dans des caves ou des morgues mal balayées, et possiblement nostalgique de son époque giallesque, Lucio Fulci décida d’y aller de son petit carnage estudiantin via le dansant Murderock… que l’on ne risque pas de monter en épingle.

 

Rien de plus éphémère qu’un âge d’or, et ça le pauvre Lucio Fulci s’en rendit bien compte, lui qui venait d’enfiler des produits de commande comme le sous-estimé Conquest et le franchement pénible 2072, Les Mercenaires du Futur. L’action aux gros biscotos n’étant pas nécessairement son fort, le bonhomme s’est dit qu’il valait encore mieux regarder vers le passé, se souvenant que le succès vint un premier temps avec quelques gialli pas piqués des vers. Pourquoi ne pas retrouver tueurs mystérieux et demoiselles en peine, dès lors ? Et pourquoi ne pas mettre les bouchées triples en imaginant carrément une trilogie mélangeant meurtres morbides et musicalité ? Etaient donc prévus le présent Murderock (1984) puis Killer Samba et Thrilling Blues, tous deux restés au stade d’illusoires projets suite aux importants problèmes de santé du réalisateur. Est-ce à dire qu’il faut regretter que ces massacres aux rythmiques endiablées soient partis séjourner au fin fond d’une corbeille ? Pas vraiment, car le seul rescapé du trio est déjà suffisamment raté pour nous passer l’envie d’en ingurgiter deux autres…

 

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Oubliez donc les vieux cimetières sous les palmiers, les curés pendus et les coups de lame de rasoir dans les pupilles, Murderock est plus proche d’un vieux clip de Kylie Minogue que du Fulci tel que nous l’avons toujours connu. Cette fois, c’est dans les salles de répétitions toutes proprettes qu’il trimballe son objectif, histoire d’enquêter avec un inspecteur barbu sur les meurtres de danseuses, toutes tuées d’un coup d’épingle à chapeau dans le cœur. Comme toujours, whodunit oblige, les suspects ne manquent pas : rivaux en amour, jaloux de ces jeunes talents, professeur évincés et donc possiblement revanchards, producteurs louches et on en passe ! Alors quel odieux personnage vient faucher nos ballerines avant la maturité ? Pour tout dire, on s’en fout un peu, la faute à un script incapable d’impliquer son audience et tenant plus du sous-sous-sous-Columbo, voire même de l’épisode de Derrick, que du palpitant thriller débordant de suspense. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir réuni quelques plumes connaissant bien le métier, puisque outre Fulci on retrouve près des rubans encreurs ses amis Roberto Gianviti (L’Emmurée Vivante), Vincenzo Mannino (L’Eventreur de New York, Apocalypse dans l’Océan Rouge) et Gianfranco Clerici (Cannibal Holocaust, La Longue Nuit de l’Exorcisme). Pas des Shane Black en puissance, c’est sûr, mais des gaillards capables de donner forme à une structure commode, dotées d’un début, d’un milieu et d’une fin. Pas de ça dans Murderock – qui jouit bien d’un final en forme de twist pas trop mauvais bien qu’incohérent – mais n’a pas de réel début ni de progression évidente. Le tout prend ainsi la forme d’un métronome ne cessant de faire le trajet entre un meurtre et une enquête, entre une tuerie et de nouvelles investigations, sans qu’aucune véritable avancée ne se fasse sentir.

 

 

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Pas très grave me direz-vous, puisque tout cela n’est qu’un slasher et que, de toute façon, on n’a jamais été chercher dans le genre des exposés de physique quantique. En somme, plus c’est con, mieux ce sera. Oui mais… S’il est clair que c’est au slasher que tente de se raccrocher cette production Augusto Caminito (Nosferatu à Venise) en concentrant ses attaques sur de jolies blondes, que l’assassin ne manquera jamais de dénuder (viser la poitrine est d’ailleurs plus que pratique pour multiplier les plans nichons), il est également évident que nos auteurs tentaient ici de sortir le giallo de son tombeau. En misant sur une certaine élégance, sur une certaine recherche dans le suspense (au contraire du slasher, plus typé « une hache dans ta gueule direct ») et en renforçant le côté policier au détriment du rythme. Problème : Lucio Fulci se retrouve dès lors le cul entre deux chaises et finit par ses casser l’anus au sol. Trop mongolo pour être un giallo, trop coquet pour le slasher, Murderock n’arrive à rien, si ce n’est à plonger le spectateur dans un ennui profond. Fulci lui-même ne semble d’ailleurs guère y croire, et si notre homme emballe quelques magnifiques séquences d’homicide volontaire, il passe en mode automatique lorsque vient le moment de filmer les questionnements de la police. C’est que tout cela sent un peu trop le parfum Dior et pas assez la cervelle en putréfaction pour notre réalisateur, qui distille ça et là quelques belles idées visuelles, mais n’est sans doute pas à sa place entre ces murs blancs et froids, dévitalisés. Et il ne l’est pas plus lorsqu’il trempe dans cette joie apparente, symbolisée par la kitschissime musique de Keith Emmerson, qui ne lui sied guère. Certes, le propos reste sombre et se base sur l’hypocrisie d’un milieu où tous se prétendent amis mais n’ont de cesse de se balancer des hachoirs dans le dos, mais visuellement rien n’est fait pour coller au style Fulci. Murderock tient d’ailleurs du ringard le plus total la plupart du temps, sentant un peu trop le bis tous publics pour convaincre, meurtres généreux en tétons mais tristement soft à l’appui. Reste un joli casting composé de Ray Lovelock (Le Massacre des Morts-Vivants), Geretta Geretta (Demons), Olga Karlatos (Keoma), Claudio Cassinelli (Hercules selon Cozzi), Cosimo Cinieri (L’Eventreur de New York), Al Cliver (Zombi 2) ou encore de Christian Borromeo (La Maison au Fond du Parc). Une belle réunion de malfaiteurs, mais dont les mitraillettes sont malheureusement chargées à blanc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lucio Fulci
  • Scénarisation : Lucio Fulci, Gianfranco Clerici, Vincenzo Mannino, Roberto Gianviti
  • Production : Augusto Caminito
  • Titre original : Murderock – Uccide a passo di danza
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Olga Karlatos, Ray Lovelock, Geretta Geretta, Claudio Cassinelli,
  • Année : 1984

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