Phone

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Don’t answer the phone, qu’on nous disait il y a bien longtemps, sans penser que des types dans nos genres ne refusent jamais de taper la discut’ avec un bon petit thriller horrifique venu de Corée du Sud On a tôt fait de décrocher le combiné quoi, et on fait plutôt bien puisque Phone, c’est de la came de première qualité.

 

 

Ah ça c’est sûr, c’est pas en nommant son deuxième film Phone (2002) que le Coréen Byeong-ki Ahn allait donner l’impression qu’il vise l’originalité. C’est qu’en ce début de deuxième millénaire, on avait encore les oreilles qui sifflent suite aux coups de téléphone de Ring (1997), tandis que nos magnétoscopes tremblaient toujours à l’idée d’avaler un jour la sextape de Sadako, petite gamine ronflant au fond de son puits et bientôt superstar de l’épouvante, de ces demoiselles capables de devenir une véritable bergère de l’horreur. Et qui dit bergère dit armada de moutons. Leader, not follower, pour faire simple. Et du groupe des followers, on a vite fait de penser que Phone, sorti sans grands tremblements par HK Video voilà bien quinze ans, fait partie. Il y a de quoi d’ailleurs, car comme son titre l’indique, il est bien évidemment question de coups de fil maudits, dans la grande tradition d’un genre alors naissant, auquel Takashi Miike se frottait dans les mêmes eaux via La Mort en Ligne. On comprend d’ailleurs la volonté de toute cete clique de sortir le bottin pour suivre les traces du bon Hideo Nakata (Ring, donc) : si avec l’aide du Scream de papy Craven, le Japonais avait redonné au combiné ses contours flippants, oubliés depuis la bonne époque des Black Christmas et consorts, il en restait accroché aux bons vieux appareils à l’ancienne. Alors pourquoi ne pas jouer le jeu de la modernisation et dégainer la carte du portable ? Ce que fait bien évidemment un Phone qui, du reste, n’a rien du clone bête et méchant auquel on s’attendait…

 

 

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Faisant office de Caroline Fourrest asiatique (mais en moins agaçante et en plus mignonne), Ji-won est une reporter cherchant la petite bête auprès des puissants et vient tout juste de dévoiler que de nombreuses stars et hommes politiques font partie d’un réseau de pervers enchaînant les abus sexuels. Evidemment, ces VIP ne comptent pas en rester là et mettent un point d’honneur à pourrir la boîte mail de la demoiselle, quand ils ne la suivent pas en voiture ou ne la harcèlent pas au téléphone. A un point tel que la pauvre se voit forcée de déménager un temps, se retrouvant dans la maison en construction de sa sœur, épouse d’un riche PDG, et qu’elle se voit contrainte de changer de ligne si elle ne veut plus crouler sous les menaces. Mais comme les emmerdes ça vole en escadron, voilà que son nouveau numéro semble être maudit, les malheureux l’ayant précédemment possédé étant tous décédés dans des conditions étranges, de la crise cardiaque à l’accident de bagnole… D’ailleurs, alors que sa nièce répond à un appel, seul un cri féminin, pétri de douleur, sort de l’engin, changeant le comportement de la gamine, qui perd ses ailes de petit ange et se transforme progressivement en un diablotin un peu trop intéressé par son papa. Enquêtrice dans l’âme, Ji-won va tout faire pour résoudre ce mystère et découvrir à qui appartenait la ligne en premier lieu.

 

 

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Pour sûr qu’au premier abord, c’est pas l’originalité que l’on verra étouffer Phone, par ailleurs très bon élève lorsqu’il s’agit de dérouler tout ce que le cinoche flippos connaît de séquences frissonnantes. Silhouettes de cauchemar, lumière qui s’éteint et se rallume, hurlements dans le téléphone, gosse au comportement soudainement dingue et meurtrier, apparitions favorisant le sursaut, hallucinations infernales, yeux maléfiques observant leur proie dans la pénombre, reflets horribles dans la glace… Point de doute, Byeong-ki Ahn a bien révisé ses classiques et fait presque de Pon (nom d’origine, vous l’aurez compris) un petit best-of du genre. Et un bon d’ailleurs : si cela commence plutôt mal avec une intro tout sauf excitante dans un ascenseur, l’ensemble prend son envol assez rapidement et s’assure que le spectateur n’ait même pas le temps de songer à bailler. On pourrait même considérer que le réalisateur en fait un poil trop, avec cette impression que chaque scène se sent obligée de dégainer ses quelques secondes de trouille, au risque de nous vacciner quant aux arrivées de l’ectoplasme. Il n’en est pourtant rien et, peut-être par miracle, on continue d’avoir la chair de poule devant une méthode pourtant usée jusqu’à la corde. Le savoir-faire de Byeong-ki Ahn n’y est de toute évidence pas pour rien, le bonhomme (depuis passé à la tête de la saga Bushinsaba) dévoilant ici une maîtrise technique assez bluffante.

 

 

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Car c’est peu dire que le gazier offre ici l’un des films d’horreur les plus chatoyants de son époque, profitant d’une photographie parfaite, de jeux de couleurs à tomber et d’une mise-en-scène on ne peut plus élégante. Et le tout sans jamais sonner prétentieux, sans jamais oublier qu’on est là pour donner dans le cinéma populaire et que cette maîtrise technique se doit d’être un outil à disposition de l’histoire, et non l’inverse (le duo Cattet-Forzani peut bien prendre des notes…). Il y a du métier derrière Phone, et l’auteur sait emballer de belles scènes, par lesquelles passent de nombreuses émotions sans qu’il soit nécessaire que les comédiens ouvrent la bouche pour paraphraser l’intrigue. Voir à cet effet une certaine rencontre dans un parc, à la tension palpable, ou cette macabre séquence, que Poe lui-même n’aurait certainement pas reniée. Malin, Byeong-ki utilise même les clichés du genre à des fins non pas bassement visuelles, mais bien narratives, les cheveux aussi noirs que longs, dont on se moque généralement en parlant de « petites filles aux cheveux sales », justifiant ici le pitch lorsque l’on découvre que la tignasse de la morte s’est enroulée autour d’un fil de téléphone. Pas bête, et une belle preuve que le cinéaste savait fort bien qu’il s’attaquait à un genre déjà bien implanté et dont les lieux communs ont déjà été foulés du pied par le public. Déjouer ses attentes est donc une nécessité, pari ici tenu puisque le dernier acte apportera son lot de surprises.

 

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Il est donc de bon ton de miser sur ce Phone plus que bien foutu lorsqu’il s’agit de faire frémir, techniquement irréprochable et ne manquant pas de fond et de thématiques. Ahn semble en effet désireux de décrire une société malade, où les puissants écrasent la liberté de la presse et se servent des petites écolières comme de vulgaires mouchoirs, que l’on jette après usage. Et où les mères de famille semblent devenir folles sous le poids des apparences, sous la pression demandée à des femmes parfois dans l’incapacité d’offrir des enfants à leur conjoint. Riche en sujets, Pon l’est tellement que Byeong-ki semble même forcé d’abandonner derrière lui certaines sous-intrigues, au risque de rendre son entreprise trop confuse. On s’y perd en effet parfois lorsque les personnages évoluent entre des rêves crédibles et des réalités impossibles ; ou que certains évènements, à priori de première importance, n’ont absolument aucune incidence sur le reste du métrage et sont balayés d’un revers de la main. De maigres frustrations cependant, ce coup de fil de l’au-delà étant bien trop réussi pour que l’on en vienne à lui reprocher ses petites interférences, d’autant qu’avec son final esquivant autant que faire se peut le happy end, Ahn s’assure que son Phone fera entendre sa sonnerie encore un bon moment après la vision. Autant dire qu’il est fortement recommandé de vous enfermer dans une cabine téléphonique avec cette petite pelloche méritant mieux que l’oubli poli qu’elle subit chez nous… Laissez tomber le répondeur et donnez suite à son appel, vous ne le regretterez probablement pas.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ahn Byeong-ki
  • Scénarisation : Lee Yu-jin et Ahn Byeong-gi
  • Production : Kim Yeong-dae et Ahn Byeong-gi
  • Titre original : Pon
  • Pays : Corée du sud
  • Acteurs : Ha Ji-Won, Kim Yu-Mi, Choi Woo-Jae, Choi Ji-Yeon
  • Année : 2002

 

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