The Bloody Judge

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L’histoire de l’Angleterre est semée de cadavres et de tortures, ce qui en fait un thème parfait pour le cinéma d’horreur de Jess Franco, bien heureux de pouvoir filmer de jeunes filles se faire injustement fouetter. Coquin de Jess…

 

La filmographie de Jess Franco tient plus du jeu de piste qu’autre-chose. C’est qu’en tournant pas loin de cinq films par an, l’espagnol a eu vite fait de se constituer un CV long comme un parchemin égyptien. Voir tous ses films tient donc du travail d’archéologie et le fait que la plupart de ses œuvres ont parfois deux ou trois titres différents dans un seul et même pays n’arrange rien. Prenons The Bloody Judge, par exemple. Une production entamée en 1969 et visiblement sortie en 1970 (là encore, le doute persiste) et qui raconte l’injuste règne du juge Jeffrey qui envoyait les gens à l’échafaud comme d’autres enfilent leurs chaussettes. Le titre est donc plutôt bien choisis puisque, dans les fais (historiques, en plus), le personnage était effectivement un juge sanglant. Mais c’était trop simple et les américains ont décidé de changer le titre en Night of the Blood Monster, un patronyme qui n’a bien entendu aucun sens puisque le film ne contient pas l’ombre d’un monstre et ne se déroule pas spécialement la nuit. L’Allemagne ne fait pas mieux avec son Der Hexentöter von Blackmoor, soit « la sorcière tueuse de Blackmoor ». Bon, il y a bien une supposée sorcière dans le film, mais elle ne tue personne, et encore moins à Blackmoor ! La France n’est pas en reste avec son Le Trône de Feu qui ne veut absolument rien dire et qui n’a été utilisé que pour la sortie salle, le DVD édité chez nous (et qui reprend un bonus de la version sortie par Blue Underground) affichant le titre d’origine.

 

 

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Jess Franco et Christopher Lee c’est une longue mais petite histoire. Longue car elle s’étale sur sept films mais petite car les films en question sont pour la plupart oubliés. Peu se souviennent des Fu Manchu ou du Les Nuits de Dracula dans lesquels Lee tenait les rôles-titres et il ne doit pas y en avoir beaucoup plus à connaître The Bloody Judge. Et vu la réputation de sinistre tâcheron qui aura collé à la semelle de Franco durant toute sa vie, il est peu probable que beaucoup s’aventurent dans le tribunal du juge Jeffrey, encore une fois incarné par Monsieur Lee. A raison ? Oui et non, le film qui fit entrer l’espagnol dans les années 70 ayant ses bons et ses mauvais cotés… On ne pourra en tout cas pas lui reprocher d’avoir choisi un sujet simpliste comme les slashers ou les films de cannibales qu’il allait tourner (un peu à contrecœur, il est vrai) quelques années plus tard. Après avoir revisité l’horreur gothique en noir et blanc avec L’Horrible Docteur Orlof, Le Sadique Baron Van Klaus et Les Maitresses du Dr Jekyll, Franco s’attaque aux « Assises Sanglantes », soit une série de procès des années 1600 qui firent des centaines et des centaines de victimes, la plupart étant des rebelles ou des jeunes femmes considérées comme des sorcières. Des faits historiques qui lui permettent de faire un clin d’œil à un film qu’il avait beaucoup apprécié, La Tour de Londres version 1939 (et chroniqué en ces pages numériques) en offrant un rôle de bourreau à son fidèle acolyte Howard Vernon qui tente donc de singer Boris Karloff, qui tenait la hache dans les années 30.

 

 

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Difficile également de ne pas penser à un film au scénario similaire: Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves avec Vincent Price, sorti deux ans avant The Bloody Judge. Il est en effet question ici de rébellion contre le roi du moment et d’affiliés à ce dernier dont les grades leur permettent tous les sévices, dont le viol et la torture. On est donc en pleine période d’inquisition et entre Matthew Hopkins et le juge Jeffrey, il n’y a pas de grandes différences. Tous deux se retrouvent à capturer la jeune fille qu’il ne fallait pas, créant le courroux de son bien-aimé, qui va dès lors faire tout son possible pour la récupérer et se venger. Un film qui tente de rester aussi proche des faits réels que possible mais qui se permet quelques incartades, Franco préférant privilégier le rythme à la rigueur historique, au grand dam d’un Christopher Lee très à cheval sur la fidélité au personnage. Il tente donc de se rapprocher autant qu’il peut du véritable Jeffrey et fournit une performance très convaincante, bien que sans génie. Reste que l’acteur britannique est parfait dans les habits d’un juge sec et autoritaire, l’homme n’étant lui-même pas très éloigné de ces adjectifs… Ce qui ne l’empêche pas de rester courtois et d’apprécier le travail de Franco, qu’il juge comme un réalisateur plus doué que la moyenne mais qui n’a malheureusement jamais pu avoir de budgets lui permettant de faire des films pleinement satisfaisants. Par contre là où Lee n’est pas content du tout, c’est lorsqu’il apprend que le film contient des séquences de tortures et d’érotisme, selon lui tournées à son insu, lui faisant même penser pendant un temps qu’il devrait peut-être nier sa participation au film. Bon en même temps, à part en inventant un clone ou un frère jumeau, on ne voit pas comment il aurait fait pour dire qu’il n’était pas dans le film… Jess Franco assure de son coté que Lee était au courant de l’existence de ces scènes mais ne voulait tout simplement pas y participer. Qui croire ? Franco a souvent menti mais d’un autre coté, difficile de penser que Lee ne savait pas où il mettait les pieds, la réputation de l’espagnol n’étant plus à faire en matière de fesse…

 

 

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Car nous sommes bien face à un pur film de Franco, avec ses scènes érotiques qui apparaissent à intervalle régulier, dont une assez longue scène de léchage lesbien devant les yeux malicieux d’un Howard Vernon complice. Niveau effets sanglants, le réalisateur y va aussi franco (ah ah ah !), avec des mains coupées, d’autres broyées, des coups de fouets ou des visages brulés. Malheureusement, le tout est un peu noyé dans les intrigues de rébellions, pas toujours bien expliquées par ailleurs, le rythme du film s’en faisant ressentir. Il n’est d’ailleurs pas interdit de s’ennuyer un peu lors des batailles, pas mal foutues et même plutôt friquées pour du Jess Franco (il prétend les avoir faites pour 5000 dollars seulement). Le film semble d’ailleurs tenaillé entre ses velléités historiques et son envie de tomber dans l’exploitation pure et dure. Tenaillé, Franco l’était aussi, lui qui devait suivre les envies de plusieurs producteurs, The Bloody Judge étant une co-production entre l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Le film en souffre pas mal et aucun des camps ne sera totalement satisfaits, les amoureux de films historiques n’apprécieront peut-être pas le coté un brin « vulgaire » des scènes dans la salle des tortures, qui plairont par contre aux bisseux qui se feront un peu chier durant les passages sur les rebelles…

 

 

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Par contre, on ne pourra pas dire que Franco signe là un film esthétiquement raté. Bon réalisateur quand il le veut bien, Jess sait composer de beaux plans et utiliser la nature qui s’offre à lui, dans ce cas-ci celle du Portugal et d’Espagne. Dommage que les intérieurs n’ont pas autant de gueule que les extérieurs, le tribunal ou la salle du juge étant assez vides… Mais globalement, on a là un film solide techniquement parlant et qui jouit de la très bonne musique composée par Bruno Nicolai, qui s’occupa également de celle du Caligula de Tinto Brass. A qui conseiller ce Bloody Judge inégal mais pas dégueu tout de même, finalement ? Aux fans de Franco tout d’abord, à ceux qui aiment les films d’inquisition ensuite et aux bisseux tolérants pour finir. Car ce n’est peut-être pas le meilleur long-métrage de son auteur, mais ce n’est certainement pas le pire non plus !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Jess Franco, Enrico Colombo,
  • Producteurs: Arturo Marcos, Harry Alan Towers
  • Titres alternatifs: Le trône de feu (FR), Il Trono di fuoco (ITA)
  • Pays: Espagne, Italie, Allemagne
  • Acteurs: Christopher Lee, Howard Vernon, Leo Genn, Maria Schell, Diana Lorys
  • Année: 1970

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