Werewolf in a Women Prison

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Jeff Leroy n’a peut-être pas des millions de dollars planqués sous son matelas, mais il a des idées et un sens inné de ce qui va faire frémir le fan. Avec Werewolf in a Women Prison, il fusionne deux genres n’ayant a priori rien en commun, soit le film de loup-garou et la descente dans de cruels pénitenciers. Un nouveau classique du cinoche carcéral à ranger dans la même cellule que Les Evadés et Le Prisonnier d’Alcatraz ? Un peu mon neveu !

 

 

Qu’est-ce qui fait encore avancer Jeff Leroy, faiseur de no budget disposant déjà d’une vingtaine de longs-métrages à son actif, sans que ceux-ci ne soient parvenus à le nourrir correctement ? Car si c’est à demi-mot et en blaguant à moitié qu’il le dit en interview, il ne manque pas de préciser qu’il est aussi fauché que ses œuvres et qu’il se voit forcé de dormir sur la banquette arrière de sa bagnole, y rêvant qu’un mécène aux mains garnies de bagouzes dorées sorte de nulle-part pour lui refiler un gros chèque pour qu’il tourne un gros budget. Peut-être du second degré, mais possiblement ce qui fait toujours courir le gazier : l’espoir qu’un jour il pourra accéder à la division supérieure. Ca et une passion jamais démentie pour le cinéma d’exploitation qui, couplée à la nécessité de manger, le pousse d’ailleurs à accumuler tous les postes sur des dizaines de petites bandes, fréquemment produites par son poto David Sterling. Ainsi, quand il ne tient pas la perche sur Demonicus, il se charge de la photographie et du montage sur le slasher miséreux Camp Blood, tricote quelques effets spéciaux pour Charles Band (sur Killjoy goes to Hell et Gingerdead Man vs. Evil Bong), gère les caméras et l’équipement pour le Terror Toons de l’ami Joe Catsro et se mue en figurant ou acteur pour de petits rôles, dans Trancers 6, Blood Gnome ou le Jurassic Attack avec Vernon Wells. Bref, Jeff Leroy est un peu partout si ce n’est sur les grands écrans, bloqué qu’il est sur le banc au bois craquant du B Movie à tendance Z. Mais alors que bon nombre de ses collègues se contenteraient d’emballer sans motivation des films de succubes plus soft qu’un épisode de Julie Lescaut ou des psychokiller movies quasi-amateurs entièrement shootés dans un cagibi, le Jeff a à coeur de toujours proposer un spectacle digne de ce nom à ses fidèles. Ce que vient rappeler à merveille ce Werewolf in a Women Prison (2006), premier pas d’une trilogie complétée par Frankenstein in a Women Prison et Dracula in a Women Prison (tous deux tournés back to back en 2017).

 

 

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Alors qu’ils sont en train de passer du bon temps dans leur tente à se léchouiller les parties intimes et taper dans leur réserve de beuh, la rousse Sarah et son bonhomme Juan sont attaqués par un lycanthrope. Si le mecton décède de sa vilaine morsure, Sarah parvient à survivre à la sienne, parvenant même à foutre le feu à la bête affamée et la faire tomber dans ravin. Jusque-là, rien que du très banal, avec ses protagonistes jeunes et beaux se réchauffant au coin du feu en mode drugs & rock’n’roll, et on imaginerait bien la pauvre Sarah prendre du duvet et s’attaquer à tous les promeneurs égarés et gardes forestiers de la région. Ce qui serait mal connaître Jeff Leroy, certes pas forcément le meilleur scénariste de sa génération, mais un bon gars prenant toujours la peine de réfléchir 15 minutes pour sortir des concepts un peu moins évidents que la moyenne. Ainsi, la biquette bientôt changée en louve se retrouve dans l’une des prisons pour femmes de Canpuna, pays imaginaire (mais largement inspiré du Mexique) sans foi ni loi, le directeur de la zonzon et la cheftaine des gardiens profitant des murs du pénitencier pour y cacher un sinistre commerce. C’est que les détenues sont ici considérées comme du bétail servant à alimenter un site porno en vidéos chaudes comme la braise, quand les demoiselles ne sont pas réquisitionnées pour devenir des strip-teaseuses ou des hôtesses lors de soirées bien arrosées organisées sur place. Evidemment, Sarah fera office de poil de canidé tombé dans la soupe aux courgettes, une menace aussi bien pour les matons pervers que pour les internées les plus violentes… Mais plutôt que de céder à la panique, le directeur choisit plutôt de tenter la capture de cette she-wolf, en laquelle il voit une manne financière sur laquelle il serait stupide de cracher.

 

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Vous savez ce qu’on dit : c’est toujours ceux qui en ont le moins qui vous donneront le plus. Il en va de même pour Jeff Leroy, forcé de tricoter toute une couverture avec trois bouts de laine, mais néanmoins fermement décidé à mettre du coeur à l’ouvrage et satisfaire une audience sachant fort bien ce qu’elle va trouver dans ce cachot humide : des geysers de gros rouge et de la fesse rebondie. Autant dire qu’elle sera servie dans les deux cas, Leroy ne comptant pas ses efforts. Ainsi, niveau cul, il n’hésitera pas à déverser des brouettes entières de captives dénudées et sexuellement très actives, toujours ravies de se tripoter le sein ferme et la vulve humide. L’auteur du délirant Rat Scratch Fever l’avoue d’ailleurs lui-même : il n’y a rien de plus emmerdant que de filmer des mecs en train de bavasser autour d’une table, donc autant tomber dans un saphisme autrement plus motivant pour tout metteur en scène branché exploitation qui se respecte. Son décor lui fournit d’ailleurs toutes les excuses du monde pour forcer tout ce beau monde à polir leurs zones érogènes, telle coquine acceptant de se laisser titiller le clitoris par la cheftaine pour obtenir un paquet de clopes, quand ce n’est pas carrément le médecin de l’établissement qui profitera qu’on lui amène une blessée pour la prendre par derrière. Bref, il ne se passe pas cinq minutes sans qu’un téton ne traverse le champ, et Sarah ne sera pas immunisée par son statut de premier rôle puisqu’elle tombera amoureuse de sa codétenue, la belle et badass Rachel, les deux cocottes se nourrissant de leur sueur pour survivre sous le cagnard. Une bonne occasion de s’adonner à quelques coups de langues sur les courbes de sa partenaire…

 

 

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Quant au gore, on sait depuis The Witch’s Sabbath que Jeff n’était pas contraire pour le mélanger à l’érotisme, et nous ne serons pas surpris de voir qu’il repeint les murs des geôles à la couleur du pinot. Physiquement impressionnant puisque doté d’une musculature à faire rougir un Lou Ferrigno, notre werewolf affiche une rage telle qu’il n’en finira plus de démembrer son prochain, d’arracher les nibards des malheureuses derrière les barreaux, de les déchirer en deux, de décapiter les clients venus profiter des incarcérées, de détacher des visages de leurs caboches. Ouais, ça y va franco et ça ne retient jamais ses coups, Leroy n’hésitant de son côté jamais à scruter les corps déchirés de toutes parts et traînant au sol comme de vieilles guenilles. D’ailleurs, si le réalisateur a souvent recourt à des effets Photoshop peu gracieux pour créer son décorum, il se garde bien de donner dans le banal morphing pour transformer son héroïne à la chevelure de feu en un duveteux culturiste. Dans Werewolf in a Women Prison, on mute dans la douleur, l’épiderme de Sarah étant labouré de toute part, la bête sommeillant véritablement dans ses entrailles et jetant son enveloppe charnelle sur un sol envahi par les rats, comme un vulgaire manteau dont on n’aurait plus besoin. On n’est finalement pas très loin des séquences imaginées par Neil Jordan pour son mémorable La Compagnie des Loups, le côté poétique en moins, l’aspect trashos en plus. Et puisqu’on en est à s’inspirer du travail des meilleurs question grosse peluche aux crocs tranchants, on n’oublie pas non plus les leçons enseignée par John Landis avec son Loup-Garou de Londres, reprenant l’idée du copain fantomatique venant avertir Sarah du terrible sort qui l’attend lors de cette aventure, celle d’un grand méchant loup perdu dans un bagne aux coins pas toujours bien finis…

 

 

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Jeff Leroy l’avoue d’ailleurs lui-même : « Je n’ai pas d’argent et je sais que mes films sont limites à plusieurs niveaux, mais je pense qu’ils sont fun et j’espère que les gens les trouveront tout de même divertissants. » Vrai que certaines carences sautent aux yeux et peuvent forcer le public à esquisser un sourire, et personne ne croira jamais que l’équipe tourna dans une véritable prison. On a plutôt l’impression que quelques barreaux sont venus décorer un garage repeint pour faire illusion, et la cour où les prisonnières sont censées se dégourdir les jambes ressemble un peu trop à une terrasse perdue entre deux bâtiments pour être honnête. Et comme toujours, avec le peu de billets dont dispose le Jeff, il n’est pas en mesure de se payer les services de comédiens chevronnés, la malheureuse Sarah étant incarnée par une Victoria de Mare (une habituée de la saga Killjoy) manquant nettement de charisme, au point qu’on se demande pourquoi le rôle ne fut pas refilé à la nettement plus convaincante Eva Derrek. Mais Leroy ne se trompe pas non plus lorsqu’il voit dans son art une bonne manière de repousser la morosité, l’ennui n’étant certainement pas niché dans les murs de la maison d’arrêt. Impossible de se faire chier ici, le rythme étant enlevé, aucun gras ne se retrouvant dans l’assiette et Werewolf in a Women Prison profite d’une durée idéale pour le genre: 80 minutes, soit ni trop long ni trop court. En prime, conscient qu’il n’est pas en train de tourner un remake de La Ligne Verte, le cinéaste n’oublie pas d’insérer un peu d’humour dans son carnage, montrant le directeur profiter de séances SM avec sa gardienne tout de cuir habillée. Ni de s’offrir quelques idées originales, comme la mort de ce militaire, dont l’une des grenades attachée à sa ceinture explose, faisant du coup partir toutes les balles accrochées à ses nombreuses cartouchières ! Ou cette course-poursuite entre une pauvre fifille et la louve dans la buanderie, chacun passant entre les draps. Et comme c’est souvent en famille ou entre amis que se tournent les no budget, quelques têtes connues de la galaxie Leroy viennent passer le bonjour, comme Al Burke (encore un coutumier de l’univers Killjoy), le chauve Jed Rowen et l’étrange Phoebe Dollar. En somme, alors que les trois-quarts de la production sans le sou se seraient contentés de filmer des nénettes en train de discutailler en petite tenue avec cinq minutes (maximum) de lupus affamé en fin de parcours, Leroy rappelle sa générosité et transcende son budget grâce à son inventivité et une énergie jamais démentie. Le constat est donc simple et rapide à faire : c’est volontiers qu’on se laissera enfermé à nouveau pour les deux « suites », tant on est ressortis ravis de la cage de la femme-louve. Jeff Leroy est grand, très grand, et Werewolf in a Women Prison est un chef d’oeuvre du genre. Point.

Rigs Mordo

 

 

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Qui a dit que le WIP film était un genre passé de mode depuis Jess Franco et Bruno Mattei ? Sûrement pas ce dingo de Jeff Leroy, zédard ricain buriné dans le meilleur bois puisqu’on lui doit notamment ces pépites de Rat Scratch Fever (2011) ou de The Witch’s Sabbath (2005) : dispo chez Uncut Movies celui-ci, alors jetez-vous dans cette foire aux sorcières et invitez-vous à cette vente aux nichons, ceux de Lisa Sparxxx par exemple… Leroy, c’est le sale gosse fait homme, qui s’en fout du qu’en dira-t-on chez les emmerdants de la place. Le mec s’amuse comme un enfant et il vous emmerde, enthousiaste en tout, sûr de son art naïf, de ses boobs à la douzaine et de ses SFX foireux… foireux quand on porte les mauvais lorgnons bien sûr. Il est libre Jeff, et il balance à tout-va dans le jeu de quilles du bon goût : c’est un Bruno Mattei moderne en quelque sorte, qui ressuscite ici le genre prison de (belles) femmes, mais à la mode lycanthrope et à la sauce très gore. Mariage improbable ? Oui, mais c’est bien ce qui fait la beauté du jeu et l’absolue liberté du film à zéro lingot, comme cette incroyable citation du Loup-garou de Londres qui sous-tend l’ensemble de la pelloche… Il fallait oser, et Leroy osa. Tenue correcte exigée en tout cas, short ras la moule et chemisiers bien ouverts je veux dire, car notre Mattei américain pousse à donf’ les potards du WIP, jusqu’aux dernières limites de la bienséance : la warden en chef est évidemment une grosse vicieuse SM qui fait mumuse avec le patron, les gardiens mâles sont des blaireaux qui pensent avec leur bite et les prisonnières elles-mêmes sont d’impensables cochonnes, toutes à leurs vices occupées pendant que Victoria De Mare joue les she-wolfs dans ce pénitencier en folie…  Une she-wolf déchaînée pour le coup, qui ne dédaigne pas mutiler, dépecer, couper en deux, décapiter ou éviscérer les malheureuses donzelles du lieu, non moins que ces gros cons de gardiens. Attention les yeux d’ailleurs, et même le reste : putain comme ça saigne dans Werewolf in a Womens Prison (et pas in The Girls’ Dormitory au rayon paronymies), Jeff Leroy ne reculant devant rien pour faire gicler le rouge en des effets spéciaux carrément crédibles. On ne s’emmerde jamais dans Werewolf…, film nerveux et généreux d’un bout à l’autre, de sa séquence d’intro en forêt jusqu’à l’évasion de l’héroïne dans la verte alentour : un film en forme de banane pour tout dire, celle qu’on arbore aux lèvres quand on a le cerveau en veille, mais les yeux écarquillés devant ce cartoon pour adultes. Et dire qu’en 2017, le gazier commit aussi un Dracula in a Women’s Prison… Ici, on a déjà aiguisé nos canines.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Jeff Leroy
  • Scénarisation: Vinnie Bilancio, Jeff Leroy
  • Production: Vinnie Bilancio
  • Pays: USA
  • Acteurs: Victoria de Marre, Eva Derrek, Vinnie Bilancio, Jackeline Olivier
  • Année: 2006

 

 

 

2 comments to Werewolf in a Women Prison

  • Roggy  says:

    Ah ! Jeff Leroy ! Quel bon souvenir de “Creepies”. Je remarque encore une chro d’un film “intello” par les queutards de la crypte 🙂

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