Critters 3

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Les Critters, c’est un peu comme les poils de chats sur le tapis : on a beau passer l’aspirateur en forçant comme Hulk Hogan, on ne s’en débarrasse jamais totalement. Ainsi, les dératiseurs de l’espace ont beau avoir fait du bon boulot à la fin de Critters 2 en dézinguant 90 % de la race de ces porcs-épics galactiques, les 10 % restants n’en sont pas moins décidés à prendre leur revanche.

 

 

On le sait, il n’est guère aisé de tenir une franchise horrifique en dehors de la dimension du Direct-to-Video, et il ne fut dès lors pas très étonnant de voir Critters y sombrer à son tour pour son troisième opus, sorti en 1991. Faut bien dire qu’à la base, cette saga velue n’était déjà qu’un ersatz vaguement plus méchant des Gremlins et que la messe semblait dite dès le deuxième opus, sympathique boxon voyant les Krites retourner une petite bourgade et fusionner en un énorme ballon ne laissant derrière lui que des squelettes ensanglantés. Alors pour continuer à délirer sur les grands écrans, les petites touffes dentées se devaient de continuer leur course dans le bigger and louder, ce qui coûte bien évidemment un certain pactole que la New Line Cinema ne semblait plus prête à injecter dans ses monstres, populaires mais pas au point de devenir une source de revenus assurée comme peut l’être le vieux Freddy. Logique finalement que l’option du DTV soit finalement retenue : ça permet de presser encore un peu le citron tant qu’il y a quelque-chose à en tirer tout en minimisant les risques financiers. Pas la peine non plus de faire appel à un jeune talent voué à une incroyable carrière, une Kristine Rose ayant déjà donné dans le B Movie (Deadly Dreams, Body Chemistery) et gagnant sa croûte comme réalisatrice de seconde équipe (pour Chopping Mall, The Exterminator 2, Tremors ou Freddy, l’enfant du cauchemar) faisant bien l’affaire pour mettre en images un script d’ailleurs on ne peut plus basique.

 

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Alors qu’elle prenait une pause bien méritée sur un parking en revenant de vacances, une petite famille transporte sans le savoir quelques Krites, qui vont se faire une joie d’aller croquer quelques culs dans l’immeuble où vit la tribu. Voilà, c’est tout pour le scénar’, que son auteur David J. Schow (Leatherface : The Texas Chainsaw Massacre III, The Crow, The Hills Runs Red) sait purement utilitaire. Pourquoi se fouler et chercher à faire dans le métaphysique alors que le but de l’opération est de trouver une excuse pour que la vermine venue des étoiles becte dans tout ce qui bouge ? Schow a visiblement conscience que ce n’est pas pour un Critters qu’il rentrera dans l’histoire et rend sans doute sa copie en une après-midi, ne cherchant même pas à trouver une raison valable quant à la présence de Krites dans les parages : ils sont juste là et il faudra faire avec. Pas ambitieux pour un sou, il ne fait pas grand-chose non plus des quelques bribes de thématiques qu’il met en place, comme le fait que l’immeuble où séjourne une dizaine de personnes est censé être démoli, son propriétaire souhaitant raser le tout pour se faire des pépètes en construisant un centre commercial à la place. S’il lance quelques pistes intéressantes, comme le fait que le beau-fils de ce salaud souhaite sa mort et souffrira de culpabilité lorsque celle-ci surviendra, il n’en fait pour ainsi dire rien, se recentrant bien vite vers de confortables archétypes de la Série B. Comme le bon père catholique chantant avec ses enfants lorsqu’ils sont en voiture, le garçon manqué capable de réparer votre grille-pain avec deux morceaux de sparadrap, la brave fillette qui dépassera sa peur du vide ou la vieille rombière aux bigoudis.

 

 

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Alors tant pis pour la figure à priori séduisante du jeune garnement lassé de voir son beau-père faire des saloperies à tout-va, elle sera sacrifiée sans plus de ménagement et restera une partie du décor. C’est qu’il ne faut pas que tout ce beau monde se leurre et vienne à penser qu’il pourrait être la star du show, que ces acteurs prennent plus d’importance que les gloumoutes, toutes les lumières étant bien évidemment dirigées vers les Critters. Au point qu’ils en effacent même leur habituel ennemi, un Charlie MacFadden toujours interprété par Don Keith Opper, ici dans un grand numéro d’auto-parodie. Déjà un peu simplet à la base, il devient ici un type totalement dingue, une figure cartoonesque à laquelle il est devenu difficile de s’attacher, le gentil benêt ne trouvant pas sa place dans notre monde devenant un Goofy fait de chairs et de sang mais dénué d’épaisseur. Critters 3 ne serait-il pas, en fin de compte, en train de se délester des quelques pointes d’identité qui avaient fait le sel des deux premiers volets, pour se contenter de son statut de copie délavée de Gremlins ? On peut se le demander, d’autant que Kristine Rose, si elle honore le tout d’un filmage compétent, semble un peu trop se prendre pour Joe Dante en se complaisant dans les séquences voyant les monstres s’amuser en saccageant une cuisine. On peut d’ailleurs pousser la comparaison plus loin : en défigurant un Krites et en lui donnant quelques poils blancs, la réalisatrice tente d’avoir un pendant low budget du célèbre gremlin à la crête imaginé par Dante. Alors copier sur un voisin talentueux a pour avantage de refiler à Critters 3 un rythme jamais pris en défaut, le tout filant sans que l’idée de vérifier l’heure ne nous traverse le cortex. Mais ça a aussi comme sérieux désavantage de priver l’entreprise de la moindre personnalité.

 

 

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Mais qui s’en soucie ? D’une part, le boulot fait par Rose attirera toujours quelques curieux puisqu’il mit le pied à l’étrier à Leonardo Di Caprio, alors encore bien loin de se prendre un iceberg dans le fion. D’une autre, personne n’attend de pareil creature feature qu’il nous réapprenne l’algèbre, le principe d’un Critters étant d’être un popcorn movie qui s’assume. En cela, difficile de reprocher à ce troisième tour de piste de se contenter du minimum syndical puisque, de toute évidence, nous savons nous-même nous en contenter. Ou presque, car le fidèle à la saga reprochera tout de même un bodycount plus que léger, une absence de gore, voire même un côté family friendly trop affirmé puisque seules les crapules se transformeront en repas de nos duvets vivants. En exagérant un brin, on pourrait presque dire que sans quelques jurons, Critters 3 pourrait fort bien être diffusable un samedi aprem’ sur TF1… Reste que le charme opère toujours pour plusieurs raisons : ces poils pubiens voraces sont toujours attachants grâce au bon boulot des frères Chiodo, fidèles au poste, et c’est toujours un plaisir de les voir périr de manière variées (explosés, coupés en deux, écrasés…). Bien sûr, voir une jeune Aimee Brooks donnera surtout envie de revoir Monster Man, excellente pelloche dans laquelle elle se retrouvera une quinzaine d’années plus tard, et il est évident que ce volet, tourné en simultané avec le quatrième, qu’il annonce lors de son générique, ne rentrera jamais au panthéon. Mais pour se vider la caboche durant 80 minutes, c’est plus que suffisant…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Kristine Rose
  • Scénarisation: David J. Schow
  • Production: Barry Opper, Rupert Harvey
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don Keith Opper, Aimee Brooks, John Calvin, Leonardo DiCaprio
  • Année: 1991

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