Fusée pour la Lune

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Pour quelques évadés coursés par le shérif et une poignée de scientifiques au regard tourné vers la Grande Ours, c’est objectif Lune ! Et contrairement à ce que Wallace et Gromit tentaient de nous faire avaler, on n’y trouve guère de fromage, mais bel et bien une araignée géante, des êtres rocailleux et des beautés très fatales…

 

 

On en parle moins que des autres studios branchés B-movies surgis (et disparus) à la même époque comme RKO Radio Pictures, la Monogram ou Republic Pictures, mais Astor Pictures eut droit à un joli petit parcours entre 1939, année de naissance, et 1963, date de sa faillite. Certes, peu voire aucun classiques véritables ne sortirent de leurs fabriques, mais ces petits gars avaient le don de répandre la bonne parole d’autrui, distribuant par exemple sur le sol américain les premiers forfaits de la Hammer, quelques films à mystères anglais et une poignée de bobines du copain Sam Katzman, autre grand habitué de la division B. Diantre, ils participèrent même à diffuser le classique Le Voyeur de Michael Powell ! Mais voilà, le commerce de films branchés low budget ou les œuvres plus artistiques, c’est d’autant moins aisé quand on se tient à l’écart des grandes villes et que l’on distille plutôt ses petits monsters movies dans le milieu rural. Pensant sans doute qu’il vaut mieux être un gros poisson dans un aquarium qu’un minuscule goujon dans l’océan, Astor Pictures évitait en effet les gros cinémas citadins pour concentrer ses efforts sur les petites villes et les campagnes, balançant quelques bandes d’exploitation reliées par le principe du double-programme. Des trucs empruntés ailleurs comme le culte Robot Monster, mais aussi des productions maison comme Fusée pour la Lune, alias Missile to the Moon (1958).

 

 

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Rien de bien neuf, à dire vrai, puisque cette virée dans les jupes de Séléné est un remake de  Cat-Women of the Moon (1953), dont il reprend certains ustensiles mais surtout le principe et les grandes lignes du script. Certes, il n’était point question de jeunes gens évadés de prison lors de cette rencontre avec les chattes lunaires, mais on y croisait déjà ces savants partis sur la planète blanche pour y trouver une civilisation féminine sur le déclin. La cause dans Fusée pour la Lune ? Le manque de mâles pour continuer à procréer bien sûr, mais aussi un soleil si chaud qu’il en réduit en cendres toute personne osant s’aventurer hors de l’ombre. On ne le saura que plus tard, mais le moustachu Dirk, chef d’expédition, était lui-même un Sélénite, l’un des rares mâles encore existant, et son vaisseau s’était retrouvé bloqué sur Terre tandis que toutes ses copines l’attendaient désespérément. En premier lieu Lido, cheftaine aveugle de nos cocottes, très amoureuse de cet homme qui mourra malheureusement lors du voyage menant jusqu’à la Lune. Comprenant qu’il est préférable de se faire passer pour Dirk pendant quelques temps, histoire de ne pas vexer Lido, le courageux Steve Dayton fait donc croire qu’il est l’amour perdu de la reine… Au grand désarroi de son épouse June mais aussi d’Alpha, vilaine Sélénite qui se verrait bien prendre la tête de la troupe et garder ce faux Dirk rien que pour elle…

 

 

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Aux grands discours et à une rigueur scientifique jamais prise en défaut, Missile to the Moon préfère de toute évidence l’aventure et la romance. Pas très étonnant de la part de Richard E. Cunha, mercenaire de la Série B qui emballa la même année trois autres films se contentant bien de leur statut de divertissements bébêtes… et forts en bébêtes justement. On parle ici de Femmes Démons, Giant from the Unknown et La Fille de Frankenstein, certainement pas des œuvres fantastiques prisées pour leur intelligence ou la finesse de leur propos. Si propos il y a ! Pareil pour Fusée pour la Lune donc, jamais désireux d’être plus qu’une petite ballade sous d’autres constellations. Tant mieux à vrai dire puisque cela nous épargne les sempiternelles causeries rationnelles de ces satanés chercheurs, beaucoup trop bavard comme chacun sait. La plausibilité, Cunha s’en tamponne et la laisse volontiers à d’autres, trop affairé qu’il est à tenter de donner du rythme à son exploration des cavités lunaires, enchaînant autant que faire se peut les passages mouvementés. La visite de cette boule de pétanque éclairant nos nuits n’aura donc rien de la gentille ballade : pluie de météorites sur le vaisseau (ce qui causera la mort du pauvre Dirk, qui se prendra une lourde batterie sur le coin de la gueule), rencontre avec des rochers vivants et même un affrontement avec une araignée géante. Sans oublier bien évidemment le jeu de dupes se déroulant entre les Terriens et les jolies Sélénites, dont les pouvoirs leur permettent de laver les cerveaux à leurs proies. De dangers, Fusée pour la Lune ne manque donc pas, et c’est avec joie que l’on découvrira que certains personnages, parfois présentés comme principaux, passent de vie à trépas. Poignard dans le dos ou la poitrine, pauvre demoiselle servant de petit déj’ à la grosse tarentule, pauvre gus réduit à l’état de squelette fumant à cause d’un vilain coup de soleil, éboulements causant quelques morts… Pas mal pour du B des fifties, il faut bien l’admettre.

 

 

moon2On voit mal mais c’est l’un des fameux hommes de roche.

 

 

 

Mais si Cunha s’assure d’avoir une jolie dose de violence à balancer à la gueule de son public, il met aussi un point d’honneur à le bercer dans les effluves de plusieurs romances. C’est que ça tombe facilement amoureux sur la Lune, untel tombant sous le charme de telle Sélénite, tandis que les humaines jalousent les baisers échangés entre leurs hommes et les séductrices spatiales. Pas très étonnant, au fond : en 1958, c’était un public jeune qu’Astor Pictures voulait se mettre en poche, il est donc logique de voir une partie du casting rajeunir par rapport à Cat-Women on the Moon (dont les protagonistes étaient tous de bons adultes), les deux évadés étant présents pour donner un point d’ancrage à la jeunesse. Via un tendre blondinet ayant malheureusement suivi un petit brun roublard dans ses mauvaises affaires (un braquage, tout de même), deux archétypes du teen movie de l’époque, ici téléportés entre les huit pattes d’une mygale maousse ou les doigts terreux de colosses de pierre. Ca fonctionne plutôt bien, dans tous les cas, l’ennui étant visiblement resté sur le plancher des vaches, permettant au spectateur de virevolter entre des drames de coeur plutôt rigolos et des monstres… ben plutôt rigolos aussi en fait. On s’en doutait un peu, les caillasses vivantes semblent être en mousse, tandis que l’arachnide ne touche jamais le sol, suspendue qu’elle est par des fils que deux ou trois assistants doivent tenir. Les habitués de l’exploitation de l’époque la connaissent d’ailleurs fort bien, la sale bête, puisqu’elle est tout simplement reprise de Cat Women on the Moon, la seule différence étant sa tronche, relookée. A tort d’ailleurs, car en lui flanquant un regard d’imbécile, ils l’empêchent de répandre la terreur tant espérée et créent plutôt le rire, tant on ne voit à l’écran qu’un tas de poils bougeant gauchement.

 

 

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On y croit pas quoi, pas plus qu’à ces paysages lunaires, en fait les célèbres Vasquez Rocks, dont on n’essaie même pas de cacher les quelques buissons ou coins de verdure. Pas grave, c’est l’énergie qui compte, celle d’une production on ne peut plus mineure, roublarde – elle annonce la présence de plusieurs gagnantes de concours de beauté, dont la Miss France de l’époque, mais ce ne sont bien souvent que de simples participantes ! – mais qui assume tellement sa bêtise qu’on ne peut qu’y adhérer. Un moment de simplicité à partager, en somme, que ce soit avec Artus Films (Missile to the Moon est disponible dans leur coffret Voyages vers la Lune) ou chez Bach Films (en combo avec La Martienne Diabolique).

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Richard E. Cunha
  • Scénarisation: H.E. Barrie, Vincent Fotre
  • Production: Marc Frederic
  • Titre original : Missile to the Moon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Richard Travis, K.T. Stevens, Cathy Downs, Tommy Cook
  • Année: 1958

2 comments to Fusée pour la Lune

  • Roggy  says:

    Super chro mec ! Un petit film de SF qui m’a l’air bien sympa malgré son manque de moyens.

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