Eyeball

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Le regretté Umberto Lenzi ne savait vraiment pas le dire avec des fleurs. Ainsi, lorsqu’il tombe d’amour au premier regard pour de jolies juilletistes, il ne peut s’empêcher de leur arracher les mirettes. Eyeball ou une conception des vacances à l’exact opposé de celle de Patrice Leconte et ses Bronzés

 

 

 

Il n’était décidément pas bon d’être une jolie jeune fille dans l’Italie des seventies, tant la possession d’un corps de rêve entraînait irrémédiablement une morte brutale. Ouais, c’était l’heure du giallo, période où le cinéma d’exploitation transalpin voyait la vie en jaune… et un peu en rouge aussi. Pas la peine de demander deux fois à Umberto Lenzi si ça le tente de partir en Espagne pour y décimer tout un car de vacanciers, le bonhomme derrière ces belles poussées de violence que sont Cannibal Ferox ou L’Avion de l’Apocalypse n’étant jamais le dernier sortir la lame du fourreau pour trancher dans le lard. Et dans Eyeball – alias Gatti rossi in un labirinto di vetro, soit Des Chats Rouges dans un Labyrinthe de Verre, titre perpétuant la tradition du blase aussi animalier qu’incompréhensible – ce sont plus précisément quelques jeunes filles qui se verront arracher les pupilles par un psychopathe portant le ciré rouge. On compatit : il n’y a rien de plus énervant que d’attendre l’été pour enfin s’extirper de nos satanés bureaux pour finalement croiser la route d’un casseur d’ambiance, venu liquider le casting à la dague. Du pur giallo ? De prime abord seulement, car si l’ensemble profite bien entendu d’un climat tout européen et que le poto Umberto n’oublie jamais de pointer son objectif sur la lame de l’assassin, via des gros plans typiques du genre et le plus souvent considérés comme du fétichisme de l’arme blanche, le réalisateur participe sans le savoir à l’avènement du slasher…

 

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Car contrairement à ses petits camarades sortis à la même époque, Eyeball ne joue pas franchement la carte de la finesse. Oubliez les meurtres longs, ces ballets meurtriers voyant la victime danser avec son égorgeur dans une tornade de couleurs et de plans aussi iconiques que compliqués : Lenzi frappe vite, fort et à la gorge, sans chercher à faire durer le plaisir. A la manière d’un Jason Voorhees ou d’un Michael Myers, le scélérat faisant une fixation sur les globes oculaires fait figure de menace immédiate, tombant d’un coup d’un seul sur des suppliciées n’ayant que le temps de crier avant de se voir offrir une rude épilation des sourcils… et une morte certaine. Secs et brusques, les meurtres ne s’éternisent jamais dans ce The Devil’s Eye (l’un des nombreux titres d’exploitation), tout du moins si le maniaque parvient à ses fins, quelques nénettes se montrant bien évidemment plus retorses que d’autres et se défendant avec plus ou moins d’efficacité. Reste que même dans ces instants, on est bien loin des montées de suspense progressives d’un Argento : aux longues et sanglantes étreintes, Lenzi préfère les éjaculations précoces mais qui visent toujours juste. Pas forcément le plus gore de sa division, Eyeball propose tout de même quelques orbites rougeauds et vides, ainsi qu’une gorge tranchée nette et une autre poinçonnée, au fil d’un bodycount confortable affichant 7 morts. Soit à peu près la moyenne du slasher des seventies ou du début des eighties, avant que la frénésie l’emporte et qu’on passe rapidement à quelques 20 ou 22 morts par pelloche au sadique masqué…

 

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Les décès non-naturels s’entassent donc et le rythme ne faiblit bien évidemment pas : pas trop le genre de Lenzi de concentrer ses efforts sur les apitoiements d’une héroïne psychologiquement instable comme peut le faire son confrère Sergio Martino, et il n’a pas non plus l’intention de trop miser sur un climat poisseux comme Fulci ou sur une intrigue policière mieux sculptée que la moyenne à la Dario. Non, ce qui intéresse véritablement notre homme, c’est de courir à toute berzingue et donner des coups de couteau dans tous les sens, taillant les cils de son beau casting (Martine Mannaja Brochard, John Le Masque du Démon Richardson, Daniele The Arena Vargas, George Terreur dans le Shanghaï-Express Rigaud) en espérant que le temps ne semble jamais long pour son spectateur, certainement pas enfouis sous les décombres de tunnels de dialogues trop longs. Impossible de réellement s’ennuyer d’ailleurs, car les parties faisant avancer l’intrigue ont la bonne idée de lorgner du côté de Dix Petits Nègres, misant sur un groupe d’individus plus que sur un protagoniste principal, dans une structure là encore très slasher finalement. On retrouvera donc une foule de suspects potentiels, allant du bellâtre trompant sa femme avec ce qu’il présente être une banale secrétaire, un couple de lesbiennes, quelques petites familles, un curé louche (pléonasme) doté du don de téléportation et un guide touristique prenant la place du blagueur un peu lourdingue. Sans oublier évidemment le bon flic à la retraite et dont cette série de meurtres sera la dernière affaire, incarné par un Andrés Mejuto faisant office de croisement entre Donald Trump et Brice Horteffeux. Une vraie gueule de gauchiste, quoi !

 

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De toute évidence, Eyeball fait partie de ces potages coulant tout seul dans la gorge, sans morceaux dedans. Mais aussi sans réelle saveur, il faut bien l’admettre. Bien qu’étant le fruit d’un travail besogneux, il manque cet éternel « je ne sais quoi » qui aurait pu élever le tout, un soupçon d’âme impossible à dénicher dans cet abattage bien sûr agréable, mais aussi trop mécanique. Une plus grande rigueur scénaristique aurait sans doute aidé, car outre quelques incohérences difficiles à gober (tout le monde sait que les gonzesses sont l’unique cible du tueur et pourtant les hommes les laissent constamment seules), on regrettera des personnages un peu creux. Pas de quoi gâcher la fête, d’autant que Lenzi balance ici une paire de belles scènes (le train fantôme, le final dans un vieux château) et que le côté moins « précieux » de son giallo lui permet de se blottir dans un tempo plutôt enlevé. Pas un indispensable, et même plutôt anecdotique pour tout dire, mais fort agréable à l’arrivée.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Félix Tusell
  • Titre original: Gatti rossi in un labirinto di vetro
  • Production: Joseph Brenner, José María Cunillés
  • Pays: Italie, Espagne
  • Acteurs: Martine Brochard, John Richardson, Ines Pellegrini, Andrés Mejuto
  • Année: 1975

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